Sagamie Arts

Magazine virtuel des Arts, de la Culture
au Saguenay–Lac-Saint-Jean


LittératureCHRONIQUES

Septembre 2000

Livre du mois
« LE RUBAN DE LA LOUVE » d'Alain Gagnon
par Jacques Girard

« Entrez donc dans ce royaume où la peur fait parfois pâlir les étoiles. Chevauchez ces fantasmagories voluptueuses et froides qu’enfantent, au crépuscule, les houles du Grand Lac » (préambule du recueil)
Dans une entrevue accordée au Nouvel Observateur, l’écrivain américain Philip Roth affirmait que “la passion pour le lieu qui vous a fait est qu’il faut comprendre, explorer le plus méticuleusement possible, est la source de toute littérature en Amérique... Faulkner, c’est le Mississipi, Bellow, Chicago, Updike la Pennsylvanie, Malamud, Brooklyn, Styron, la Virginie.”
On pourrait appliquer son raisonnement aux lettres québécoises : Québec, c’est Anne Hébert et Jacques Poulin; Michel Tremblay cerne le Plateau Mont-Royal ; Jacques Ferron s’est attaché à l’arrière-pays. Notre collègue André Girard campe son œuvre à La Baie tandis que mon concitoyen Hugues Morin tire du fantastique de Roberval. Et n’est-ce pas ce que réalise avec succès le Félicinois Alain Gagnon dans son dernier ouvrage publié chez Lanctôt et intitulé Le Ruban de la Louve ? Si bien qu’en dévorant le manuscrit j’ai pensé aux contes de Gabriel Garcia Marquez qui déclarait récemment que “(sa) vocation consiste à écrire des histoires”. Alain Gagnon tient la comparaison : son dernier recueil démontre ses talents de conteur.
Son éditeur préfère l’appellation “nouvelles” à “contes”, ce qui agace l’auteur, mais ces textes s’inscrivent en tout cas dans la veine fantastique de son excellent roman Le Gardien des glaces. Après trois ouvrages de poids, Sud, Thomas K, Almazar dans la cité, qui nous faisaient transiter peu ou prou entre le Québec et ailleurs, Gagnon se tourne vers sa terre natale, entre les rivières à l’Ours et l’Ashuapmushuan qui alimentent le Grand Lac Bleu, le Lac Saint-Jean. Récits mystérieux et pourtant enracinés : je vois l’auteur, avec son frère Gilles, chasser ou pêcher dans cet espace empli de mots cachés : les roches parlent, les nuages tissent des paragraphes, les sentiers portent des histoires et les habitants y lont laissé bien des traces de leur passage.
Attention, ce n’est pas du régionalisme ! Le conteur sait atteindre l’universel soit par sa façon de traiter l’amour, la violence des passions, la quête d’identité, soit par les trames de fond de ses récits : humaine politique, guerre et nazisme, industries du bois... Et le tout dans un style limpide, fluide, épuré — dernière raison pour laquelle Alain Gagnon m’emporte : c’est un homme qui habite les mots. “On voit que vous vivez dans la littérature” disait un personnage de Roger Grenier dans Quelqu’un de ce temps-là. Finement, avec pertinence, Gagnon fait appel à ses compagnons : Carco, London, Dumas, Vigneault, Assiniwi, Steinbeck, Nietzche, Malraux, Mac Orlan... Et puis :

«
L’obscurité me force à la recréation. Yeux rivés à la fenêtre, je ne peux pas me détacher de ce paysage qui n’existe plus que pour la mémoire et par l’imaginaire ».

Vous ne vous en détacherez pas...
par Jacques Girard

« Le Ruban de la Louve » d'Alain Gagnon, octobre 2000 - Lanctôt Éditeur
Roman - ISBN 2-89485-142-1 - 144 pages
Source :
© Jacques Girard
Écrivain - membre de
l'APES-CN


publié dans le bulletin de l'APES
Le Lézard Automne 2000


Vers le haut

Partenariat avec www.sagamie.org

Droit d'auteur
Dernière révision : 30 mars 2004

Raymond-Marie Lavoie
Webmestre