Du 10 janvier au 9 février 2007 - « Blastronautes », exposition de Sylvain Bouthillette , à la Galerie L'Œuvre de l'Autre, de l'U.Q.A.C. Chicoutimi (QC) Canada
Blastronautes
Chez toute personne initiée au langage du bouddhisme et je crois chez tout autre forme d'approche spirituelle centrée sur la méditation un terme est souvent employé, celui de « psychonaute ». Le sens de ce terme est« astronautes de la psyché » ou « voyageur de l'esprit ». Dans le domaine de l'art contemporain et chez toutes personnes non habitué à ce vocabulaire, il serait facile de se méprendre sur le sens de ce mot et de lui donner la connotation de psychotique.
Blastronaute est un mélange du mot astronaute et du mot anglais « blasted » qui veut dire foudroyé, sauté, explosé, ou dans un langage populaire, être saoul ou complètement « stone ». Il existe un côté de la pratique spirituelle avancé qui est très joueur, délinquant et presque effronté, le mot Blastronaute pour moi tend à personnifier cet aspect.

À propos du courage et de l'entre-deux
Depuis plusieurs années mes études et ma pratique de la voie spirituelle bouddhique m'ont amené à constater que l'individu tendait à baser sa vie sur la recherche du réconfort et à se former, par le biais de la construction de l'ego un cocon douillet et anesthésiant. Par le biais de nos habitudes, qu'il s'agisse de celles du corps, des émotions, des pensées ou de notre mode de comportement, notre cocon manipule le monde dans lequel nous vivons pour qu'il corresponde au fantasme de nous-mêmes. Dans une large mesure, nous percevons le monde conformément aux attentes que nous projetons sur lui. Autant qu'il le peut le cocon crée le monde qui lui convient le mieux et nous fait vivre une peur constante sous-jacente à son bon fonctionnement.

La peur existe biologiquement comme système d'avertissement qui alerte l'organisme de la présence de quelque chose d'étranger, de méconnaissable, d'inconnu. Psychologiquement, nous sommes enclins à déformer cette fonction biologique élémentaire et précieuse pour en faire un dispositif d'alarme au service du cocon. Dès que quelque chose d'inattendu se produit sans trouver sa place au creux du cocon bien chaud, on a peur. Cette peur peut se traduire aussi par la paresse, un refus de changer dû à l'inertie ou à l'irritation et même l'agression pure et simple. Dans un moment d'habitude, tout ce qu'on fait ou ne fait pas est issu de la peur. On craint la mort, mais on a aussi peur de vivre à fond. Nous déployons un arsenal de moyen d'éviter le contact avec notre propre énergie, parce qu'elle nous effraie et que nous n'avons pas la moindre idée de ce qui va se passer si nous la suivons. On cherche à être équilibré, droit intègre et sainS
Ce qui dresse une clôture entre nous et le monde, c'est notre tendance à éviter la frayeur, la peur de la peur. Reconnaître cette peur est une étape extrêmement positive. Elle est un message que quelque chose d'inconnu nous fait signe. C'est simplement la frontière à traverser pour nous ouvrir à un monde plus vaste. La peur est un prix à payer pour atteindre l'intrépidité. Loin d'être un problème, c'est une grâce. Sans elle nous serions à jamais coincé dans notre cocon.

Pour créer un lien avec l'énergie vivante de notre monde, il faut lâcher prise et quitter le monde moribond du cocon. Il faut consentir à dépasser toute préoccupation reliée à son bien-être et à sa survie, qui serait centré sur le moi. Ceci est la frontière où nous nous retrouvons sans cesse : éprouver la peur, sentir la possibilité d'y entrer, toucher la bonté primordiale et s'ouvrir au-delà de ça, au monde sacré. C'est le fil du rasoir, l'obstacle constant. S'ouvrir doucement à sa peur, faire l'expérience de chacune de nos frayeurs une à une c'est ce qu'on appelle dans le langage bouddhique « la voie du guerrier », le développement du courage. Il faut savoir toutefois que cela ne modifiera en rien la manière dont nous nous sentons en tant qu'individu, et ne réduira en rien le chaos du monde tel que nous en faisons l'expérience. Pour atteindre ce résultat, il faut apprendre à maîtriser la conscience elle-même.

Aujourd'hui, il n'est plus possible d'être innocent ou de rester dans l'ignorance de la nature des gouvernements actuels, de la politique et des ordres sociaux. Les régimes du monde maintiennent leur existence par une avidité et une peur délibérément entretenues. Le « monde libre » est devenu économiquement dépendant d'un système d'incitation à une avidité qui ne peut être comblée, à une sexualité qui ne peut être satisfaite et à une haine souvent retournée sur soi-même.
Il n'y a rien dans la nature humaine ou dans les conditions nécessaires des organisations sociales humaines qui exigent en son fond qu'une culture soit contradictoire, répressive et productrice d'une humanité violente et frustrée. La sagesse est la connaissance intuitive de l'esprit de bienveillance et de clarté qui gît sous les anxiétés et les agressions qu'opère l'ego. De cette sagesse et seulement de cette sagesse peut naître un courage altruiste prêt à bouger des montagnes.

Ce sentir rassuré est la base de la conception arbitraire de l'esprit. Un Blastronaute est quelqu'un qui a appris à vivre dans l'entre deux, il a compris que tout, absolument tout est constamment en mouvement et que l'individu est une partie intégrale de l'inexpressible, de l'impensable et de l'infini. Il a aussi compris que le ridicule, l'impermanence, la confusion, l'instabilité, l'ambiguïté, l'incertitude, l'embarrassant sont toutes des formes de libération si nous cessons de croire que la vie est quelque chose de stable et de définissable. Je vous propose de faire de ce livre une sorte de journal de bord d'un blastronaute, un journal de bord de l'entre-deux, du « groundlessness ».

Sylvain Bouthillette, né en 1963, vit et travaille à Montréal. Artiste multidisciplinaire, son travail vacille entre la musique, la danse, l'installation, la peinture et la photographie. Quel que soit le médium utilisé, ses oeuvres tendent à démontrer que le ridicule, l'impermanence, la confusion, l'instabilité, l'ambiguïté, l'incertitude, l'embarras sont toutes des formes de libération si nous cessons de croire que la vie est quelque chose de stable et de définissable. Son travail étant autant une recherche mystique qu'une poursuite esthétique, il tente de réconcilier les valeurs spirituelles avec l'intellectualisme cérébral du discours critique.

« La vie humaine est précieuse, nous pouvons apprécier et célébrer cela avec toutes les choses que nous faisons. Il y a tellement de souffrance, de confusion et d'incompréhension dans ce monde. Nous avons la possibilité de rayonner de l'inspiration. »

L'Œuvre de l'Autre est située au Pavillon des arts de l'UQAC
La galerie est ouverte du lundi au vendredi de 11 à 16 heures

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Source :
Mme Nathalie Villeneuve
Coordonnatrice
à la Galerie l'Oeuvre de l'Autre


555, boul. de l'Université, Chicoutimi
- Tél. : (418) 545-5011, poste 4718

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Dernière révision : 29 janvier 2007

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