« SUBLIME ILLUSION »
Travail de recherche d'étudiants de la maîtrise en art de l'UQAC
Du 6 au 15 décembre 2006 - Vernissage le mercredi 6 décembre à 17 h.


La Galerie l'Œuvre de l'Autre,
Le centre d'exposition de l'UQAC,
les étudiants de la maîtrise en art
ainsi que leur professeur M. Marcel Marois,
vous invitent à l'exposition
« SUBLIME ILLUSION »

L'exposition présente le travail de recherche de Camille Abrahamse, Marie-Ève Aubé, Hélène Bassot, Stéphane Boivin, Martin Boudreault, Gaëlle Bouvier, Yann Dayde, Émilie Gilbert-Gagnon, Marie-Christine Girard, Valérie Lavoie, Annie Pilote, Boran Richard et Stéphanie Tremblay. Une présentation théâtrale et des projections vidéos feront suite au vernissage.

« Sublime illusion... » Est-ce une chanson entendue sur une plage à Cuba ? Ou plutôt un pléonasme philosophique : chacun de ces deux mots, « sublime » et « illusion », prétend qu'il contient l'autre, qu'ils partagent le même sens. Nous sommes prêts à concéder que le sublime est fondé sur une illusion, pourvu que le sublime ne perde rien de sa hauteur ! Or l'illusion n'est pas toujours sublime, elle est parfois soporifique et pathétique, affolante et mortelle.

L'esprit moderne a voulu pourfendre toutes les illusions, rétablir les faits et le vrai. Tandis que le postmoderne reconnaît le rôle de l'illusion en tant que composante essentielle d'une société conçue comme théâtralité : nous avons besoin de croire que notre fable du réel est le réel, que notre conscience est au centre de nos événements psychiques, que la fiction-de-soi est notre identité, que les autres ont les mêmes motivations que les nôtres, que nos valeurs sont absolues, que l'espèce humaine n'est pas en voie d'extinction, etc. Le postmoderne voit que nous avons besoin de ces illusions, qu'à les dissiper elles seront aussitôt remplacées par d'autres illusions, sinon par des réflexes et des conditionnements plus profonds qui ne requièrent aucune tromperie des sens.

Le moderne veut crier au feu, il veut nous faire sortir de notre stupeur. Il veut dissiper le spectacle de la marchandise, de la politique, S et finalement le spectacle du spectacle en tant qu'opium du peuple. Tandis que le postmoderne ne cherche pas à dissiper l'illusion, il veut plutôt comprendre l'efficacité de celle-ci et constater à quel point elle prend part à toutes nos expériences pour devenir une composante de la vie elle-même. L'erreur est un rouage important dans la fabrique du vrai. La vaine espérance est un minimum vital dont on ne peut plus se passer.

Le postmoderne a pris le parti de vivre avec l'illusion, cependant il n'a pas su freiner la prolifération de celle-ci. En effet, lorsque l'illusion est totale, nous sommes privés de repères pour départager le réel de ses fantômes. L'illusion totale devient réalité : la sensation fictive [car induite par des moyens biochimiques, électroniques, etc.] est néanmoins celle que nous avons éprouvée, la réalité hallucinée [car induite par des manipulations médiatiques, des immersions virtuelles, des implants bioniques, etc.] est néanmoins celle que nous aurons vécue. Il ne s'agit plus d'illusions puisque celles-ci ont pris corps dans la neurophysiologie humaine ou dans le scintillement électronique des machines. Alors, dans le monde de la simulation cybermoderne, qui a perdu toute origine tangible, où tout est copie de copie sans terme premier, le sublime serait l'avatar final de l'illusion [une nuée de nombres qui devient poussières rémanentes] ou encore serait l'origine obscure et lointaine de ce monde.

Parler aujourd'hui de « sublime illusion » serait peut-être aussi une façon d'accepter un état d'aliénation auquel on ne peut plus échapper. Enfermés dans la camera obscura de nos chimères, nous faisons de la danse des reflets une illusion nécessaire et consentie. Lorsque l'illusion est partout répandue, nous la trouvons bientôt exaltante. Nous cultivons notre inconscience, mieux encore : nous la portons à l'incandescence !

Le sublime est fondamentalement un sursaut par lequel la machinerie des idées, lorsqu'elle n'est plus alimentée par des messages du monde (stimuli sensoriels) et tourne par conséquent à vide, parvient à faire de ses propres idées des messages sensoriels afin de s'auto-alimenter et d'assurer ainsi la continuité du processus mental. Ainsi l'esprit humain qui ne reçoit plus de messages de la planète se rehausse dans un sursaut sublime et fait de lui-même un monde. Bientôt ce que nous appelons le monde n'est que le décor que nous créons pour mettre en scène une continuité dans le mental. L'art et la poésie ont contribué à faire de la réalité une illusion qui saura nous convaincre que le fil de l'existence humaine ne peut être rompu. Plus récemment, n'ayant plus de nouvelles du monde, nous vivons néanmoins dans une « actualité » fictive continuellement alimenté de « nouvelles ».

Certes, lorsque le monde devient trop chaotique, nous ne parvenons plus à en extraire des messages. Lorsque le désordre est trop grand, tout verse dans l'irreprésentable. Les ignominies du siècle dernier, les désordres de notre nouveau millénaire révèlent une part plus grande de l'innommable. La science semble accroître sa capacité de rationaliser notre univers, mais le mal se révèle abyssal, l'horreur défie l'intelligible. Voilà pourquoi nous ne recevons-nous plus de messages directs de la planète et lui préférons la vitrine anesthétique et permanente d'une télé réalité.

Pourquoi nous préférons l'illusion : nous sommes de moins en moins capables de chaos, nos systèmes perceptuels et cognitifs s'effondrent avec le moindre heurt, aux premiers remous. Nous rejetons le monde dans une catastrophe perpétuelle et cultivons un monde artificiel façonné et calibré afin d'assurer nos continuités plus ou moins illusoires : mentales, existentielles, etc.

L'art saurait-il nous rendre capable du chaos, pour éviter le recours à l'illusion et la fuite dans le sublime ? Car c'est en partie grâce à l'illusion que l'art et la poésie parviennent à faire entrer le tumulte du monde dans notre univers mental, à faire passer les déchirements de la réalité dans les nerfs, à répercuter les séismes historiques et politiques dans le plan de l'émotion. C'est une voie exigeante, c'est un exercice difficile.

Nous devons apprendre à vivre près de la discontinuité, l'oreille collée sur les lignes de faille, le front appuyé sur la fragmentation, la poitrine effleurant la corne du taureau. Il en coûte quelque chose, c'est le danger de la création et de la pensée [il y a un danger plus grand de la non-pensée et de l'absence d'|uvre]. Par contre il en coûte davantage d'entretenir la continuité à tout prix : il faut substituer l'artificiel au naturel, l'hallucination à la sensation, l'instrument à la matière, la prothèse à la vie S

Telle est notre illusion sublime de croire que notre existence se perpétue dans la flèche d'une illusion. Que nous faisons partie du voyage où l'illusion génère d'autres illusions et se perpétue elle-même indéfiniment. Car l'illusion est devenue une machine autonome qui échange des molécules mais aussi des électrons, des photons, etc. Cette machinerie assure sa régulation interne et continue en créant une première illusion et aussi une première erreur : qu'elle ne parle pas seulement d'elle-même, qu'il y a un monde au-dehors et que nous avons accès à ce monde.

Comme nous venons de le voir, ce que nous appelons « le monde » est en premier lieu une illusion construite et sans cesse ajustée afin d'assurer un continuum (dans l'esprit, dans la société S ), cette fabrication est d'autant plus efficace qu'il semble que le monde est le siège même de la continuité : n'est-ce pas ce qui fait que le monde est le monde ? Alors le monde externe, façonné par les dispositifs de la culture et par les technologies de l'information, est la part d'erreur d'une vérité qui se construit comme système. Le monde est l'erreur dont la vérité a besoin, cette erreur structurelle est d'autant plus efficace que nous en avons fait du réel le lieu même de la vérité.

Dès lors que nous n'en recueillons plus les messages sinon dans des irruptions catastrophiques, nous voyons que le monde était notre sublime illusion. L'art peut créer des continuités d'expériences sans nécessairement « faire » monde.

Le sublime peut faire naître une illusion : par le seul fait d'approcher ce qui est très noble et très élevé, de côtoyer le sublime, nous serons nous-mêmes élevés et ennoblis. Je crois ainsi qu'à vivre dans l'intimité du monde, dans le sentiment profond que c'est un lieu noble et sacré, je serai moi-même ennobli et grandi. C'est une sublime illusion à laquelle je consens davantage.
Texte de Michaël La Chance

La galerie est ouverte du lundi au vendredi de 11 à 16 heures

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Source :
Mme Nathalie Villeneuve
Coordonnatrice
à la Galerie l'Oeuvre de l'Autre

555, boul. de l'Université
Saguenay QC G7H 2B1 Canada
- Tél. : (418) 545-5011, poste 4718

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Dernière révision : 6 janvier 2007

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