Louis-Pierre Bougie
« LE CORPS EST LA DEMEURE DU TEMPS »
Du 26 septembre au 20 octobre 2006 - Vernissage le mercredi 27 septembre à 17 h.


Ce qu'on appelle le « corps » est une représentation de l'esprit? Sans doute que cette image nous dit quelque chose du corps mais elle met en scène bien d'autres choses. Y compris comment l'esprit se représente à lui-même. Le corps, lorsqu'il paraît inachevé, larvaire, handicapé, etc., est sans doute l'expression d'un état de l'esprit, sinon d'une condition de l'être : comment celui-ci est ouvert sur le monde ou au contraire replié sur lui-même. Ainsi notre corps serait tantôt un puits d'émotion, dans lequel nous pouvons puiser des hurlements, ou plutôt une surface où nous jouons avec des sentiments empruntés : le corps prend à chaque fois la forme de ses affects. Chez Louis-Pierre Bougie il y a un mouvement tournant du corps qui entraîne une torsion de l'espace : nous avons la révélation de la relation du corps à l'espace, le corps se saisit de l'espace dans lequel il se produit et retrouve une indistinction du dedans et du dehors, du possible et de l'actuel. Nous avons appelé de telles figures des toponiries car elles refusent de disjoindre le subjectif de l'objet, l'imaginaire du concret, - sur le modèle de la coïncidence des contraires dans le rêve. Alors dessiner c'est une façon de se demander par quelle extrémité de soi-même, perdu dans quelque coma matériel, nous sommes aussi une image dans un rêve lointain.

Le travail récent de Bougie travaille aussi la matière du temps dans les corps. En premier lieu nous concevons le temps en tant que déroulement continu auquel nous prêtons une pureté géométrique. En fait le temps est fuseau d'univers où le début et la fin se touchent, où les répétitions laissent un tracé, les habitudes sont des plis et tout ce qui revient laisse un contour. Alors le temps n'est pas lisse, uni et symétrique, comme on le dit de l'espace - il semble cependant que le temps est un espace qui se souvient, que le temps - strié, rugueux, fissuré - est partout, dans la structure de nos pensées, la tension interne de notre vie, et aussi dans cette lecture que vous faites de ce texte, dans le moment pris à regarder un dessin.

Notre conception de la réalité s'est déplacée : celle-ci ne serait pas faite de particules matérielles mais plutôt de perceptions partagées selon nos capacités de communication et les probabilités sur lesquelles on s'accorde. Selon ce nouveau paradigme la réalité ne tire pas sa consistance d'une matière inerte mais de la durée de ceux qui vivent dans cette réalité et aussi des projections symboliques et organiques de ceux-ci. En fait, les formes, les sons, les couleurs, etc., ce qui résiste et ce qui jaillit dans le monde dit « extérieur », tout cela n'est que vide tant que le temps ne s'est pas inséré dans les objets. C'est lorsque le temps se laisse absorber dans les matières et concentrer dans les êtres, - alors les êtres et les formes, les objets et les matières acquièrent une densité. Inversement, lorsque le temps s'échappe des corps, ils perdent toute consistance. Les dessins et peintures de Louis-Pierre Bougie s'attardent à observer comment le temps se dissipe lentement hors des objets, et comment le fait même de décrire les choses a pour effet de compresser le temps pour les générations futures. Ici le dessin serait déjà une façon d'intervenir directement sur une réalité qui serait à la fois une description éphémère et un étau de souffrance.
Ici, en effet, le corps est la demeure du temps.
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Michaël La Chance

Louis-Pierre Bougie qui vit et travaille à Montréal a acquit sa formation de graveur grâce à de nombreux travaux et stages effectués dans des ateliers de peinture et gravure principalement en France où il y a passé sept années à maîtriser les techniques de lithographie à l'Atelier Champfleury et la gravure chez Lacourière et Frélault. Il a ensuite poursuivi sa carrière au Canada, en France, en Pologne et aux États-Unis notamment à New York. Récipiendaire de nombreux prix récompensant son talent de graveur, il a à son actif plus d'une cinquantaine d'expositions solo au Canada et à l'étranger. Ses oeuvres font partie de nombreuses collections privées et publiques au Canada et en France. Bougie est membre fondateur de l'Atelier Circulaire de Montréal.

L'Œuvre de l'Autre est située au Pavillon des arts de l'UQAC
La galerie est ouverte du lundi au vendredi de 11 à 16 heures

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Source :
Mme Nathalie Villeneuve
Coordonnatrice
à la Galerie l'Oeuvre de l'Autre

555, boul. de l'Université
Saguenay QC G7H 2B1 Canada
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Droit d'auteur
Dernière révision : 6 janvier 2007

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