« TACON-SITE DE L'EAU »
Vingt-septième Tacon-Site
Municipalité de Larouche, secteur Lac-Kénogami, 2009

Partenaire : - Municipalité de Saint-Gédéon de Grandmont

Extrait du conte « LE TRÉSOR DE VIRECAPOT ET LE DERNIER HOMME VOLANT »
[]
Le diable ne perd rien pour attendre. Je le poursuivrai de ma vengeance jusqu'à son repaire. Dussié-je fouiller le fond de l'enfer, je le retrouverai, je le ramènerai et il répondra devant vous de sa misérable action.
Inutile, je suis enclin à lui pardonner.
  Le diable est le seul être sans espoir de pardon, car sa haine des hommes est sans bornes. Entre-temps, il faut songer à vous soigner.
Ne te dépense pas en vains efforts. Ne m'interromps plus : le temps me presse pour te dire ce que j'ai à te confier. Je suis condamné de toute façon, non pas par un arrêt du diable, ce qui exagérerait son importance, mais parce que mon temps est parvenu au bout de sa course. Je suis le dernier représentant d'une race autrefois nombreuse qui vivait en bonne intelligence avec le peuple des oiseaux et les hommes d'autrefois. Nous étions ici bien avant les castors géants. Nous avons assisté à la naissance et au développement du royaume. Mais la fatalité bornait notre règne. Le temps des mythes est révolu. Le temps des contes achève sa carrière. Ce dernier cédera bientôt la place au temps des hommes. Et ceux-ci se souviendront des hommes volants comme des oiseaux fabuleux fendant les airs aux époques mythiques. Avec la succession des âges, ils nous transformeront en êtres de légendes. À la fin, comme ils ne découvriront aucun signe de notre passage sur terre, nous deviendrons à leurs yeux des personnages de contes. Nous serons alors passés de l'existence à l'inexistence. Mais les récits que les conteurs feront de nos exploits nous rendront plus présents et plus vivants que lorsque nous sillonnions les cieux. Les gens se représenteront notre âge comme une époque bénie dont ils conserveront une invincible nostalgie. Ils feront de nous des oiseaux de paradis, sans se douter qu'il n'y a de paradis que perdus. Comment faire autrement pour savoir que c'était le paradis, c'est-à-dire un lieu embelli par nos regrets. Je suis le dernier homme-oiseau, le marcheur de vent. Ma poussière est la vapeur des nuages, je monte et je descends les pentes des courants d'air. C'est le désir de voler qui me donne des ailes. Quand je m'élève, je tombe dans le ciel.
Comme l'espace n'a pas de bord et l'infini pas de frontière, ma chute ressemble à un élan. Je suis libre parce que j'accepte ce qui me contraint. Autrefois, à la saison des amours, je dessinais dans le ciel de folles arabesques qui écrivaient le nom de l'être aimé. J'ai regret Que tout prenne fin avec moi. Quand je mourrai, grimpe au sommet de cet arbre et défais mon nid. Avec ses débris, dresse un bûcher funéraire et incinère-moi. Rassemble mes cendres et disperse-les dans le vent d'est, car c'est le compagnon du soleil à son lever. Au creux de mon nid, tu découvriras un petit caillou blanc : c'est une pierre à eau. Glisse-la dans ta bouche : elle chassera ce goût de sang qui t'a attiré vers moi et elle apaisera ta soif. Efface toute trace de mon passage afin que je puisse renaître sans attaches dans l'imagination des conteurs, plus vivant que dans ma propre vie et, de surcroît, immortel. Je
L'homme-oiseau ne put terminer sa phrase, ce dernier mot expira sur ses lèvres.
Ti-jean ferma ses paupières et demeura un long moment silencieux, accroupi à côté du cadavre du dernier homme volant, formulant dans son cur une prière improvisée pour le repos de sa mémoire. Puis il se leva et entreprit d'escalader l'arbre qui abritait le nid à jamais déserté.
 

Lecture du conte :
« Le trésor de Virecapot
et le dernier homme volant
»

Présenté sous une forme théâtrale par la troupe « La randonnée du conteur sur scène ».

Extrait : de « LE TRÉSOR DE VIRECAPOT ET LE DERNIER HOMME VOLANT »
de la collection «
Contes du pays de la Ouananiche » - © Interaction QUI ltée

Monsieur Bertrand Bergeron, ethnologue et auteur des Contes du Pays de la Ouananiche a écrit le conte « Le trésor de Virecapot et le dernier homme volant » spécialement pour le Tacon-Site de l'Eau. Il a été présenté sous une forme théâtrale par la troupe « La randonnée du conteur sur scène ».
« TACON-SITE DE L'EAU »
Vingt-septième Tacon-Site
Municipalité de Larouche, secteur Lac-Kénogami, 2009

Partenaire : - Municipalité de Saint-Gédéon de Grandmont

Partenariat de Ville d'Alma
Partenariat avec www.sagamie.org

Droit d'auteur

Raymond-Marie Lavoie
Webmestre