« TACON-SITE DU PARTAGE »
Vingt-cinquième Tacon-Site
Chute-aux-Galets, Saint-David-de-Falardeau - 2009
Partenaires : - Municipalité de Lamarche
/ École Notre-Dame-du-Rosaire

Extrait du conte « LA GRANDE VISITE »
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Après le retour des oies et le réveil des ours et des marmottes, mai ramena un à un les fils d'Éleucippe Gauthier. Ce fut d'abord Simon qui frappa à la porte des Fortin par un frais matin au soleil rieur. Il n'était pas seul. Éleucippe réprima un sanglot dans sa gorge pour se donner un air digne. Mais ses gestes hésitants et maladroits ne trompèrent personne, au premier chef le fils revenu. Simon présenta Berthe Côté de l'Abitibi qu'Euphrasie reçut dans ses bras comme sa propre fille.

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On viendra me dire à moi, après ça, que le printemps n'est pas la saison des retours, soupira le père ému.
Le couple accompagna Éleucippe sur les lieux du désastre. Simon secoua la semelle de ses souliers sur l'emplacement de la maison incendiée pendant que sa femme déposa une pierre de son pays natal.

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ce que tu as semé en moi te reviens plus riche de ce que j'ai récolté ailleurs, dit Simon et ce furent les seules explications qu'il consentit à fournir.
Ces gestes, tous les fils revenus le reprirent sans pourtant s'être concertés, inaugurant un rituel que la famille Gauthier allait perpétuer avec les allers et retours de ses descendants.
Il fut convenu que la maison des Fortin, limitrophe de la terre des Gauthier, servirait de quartier général pendant la durée des travaux destinés à remettre le bien familial en état. Simon s'entendit avec Hormidas sur une somme d'argent qui couvrait les frais d'hébergement passés de sa famille et ceux engendrés par tous ses frères qui, l'espérait-il, reviendrait. Il paya en espèces sonnantes et trébuchantes. Éleucippe se rengorgea, car il venait de retrouver une partie de sa dignité perdue. Puis revinrent Pierre, Éloi, Joseph et Isidore, chacun ayant pris femme en terre étrangère à l'exception d'Isidore.

Avec le retour des fils, les habitants de Notre-Dame-du-Rosaire s'entendirent pour réunir une corvée après les semailles de mai. Entre-temps, Simon s'entendit avec Adrien Tremblay pour que sa scierie, sise sur les bords du Lac-des-Habitants, soit en mesure de recevoir les grumes qu'il irait abattre au trécarré du lot paternel. Ce dernier estima qu'il serait suffisamment rétribué avec le surplus du bois coupé.

Lecture du conte :
« LA GRANDE VISITE »

La forêt de Notre-Dame-du-Rosaire résonna sous les coups de cognée des frères Gauthier. Un convoi de charrettes fournies par des voisins transporta les troncs énormes à la Scierie Tremblay où ils furent débités en poutres, en madriers et en planches de toutes dimensions et dûment planées.

Le printemps hâtif avait débarrassé la terre des dernières plaques de neige qui donnaient aux champs l'aspect d'un corps lépreux. Le soleil dardait dru le ventre de la terre. Isidore, aidé de sa sur qui touchait les bufs avec les porcs, déchira les entrailles de la glèbe afin d'y déposer la semence du renouveau.

Pendant ce temps, sous la conduite de pierre, un convoi de charrettes se dirigea aux Chute-aux-Galets à Saint-David-de-Falardeau pour en ramener les pierres qui recouvriraient les murs extérieurs de la maison.

Tous ces travaux se faisaient à temps perdus entre le hersage de l'un et les semailles de l'autres. Lorsque les travaux de la terre firent relâche, toute la communauté vint prêter main forte pour ériger les bâtiments de ferme et la maison avant le début des fenaisons. Les brus d'Euphrasie se relayaient les unes les autres pour ravitailler en eau et en nourriture les travailleurs bénévoles. La grange-étable, le poulailler, la porcherie furent érigés en un rien de temps sous l'habile supervision de Joseph. Pierre se chargea d'autorité de la maison : il la voulait grande, robuste, capable de résister aux tornades s'il le fallait. Lorsque le toit fut lambrissé de bardeaux de cèdre, il alla couper dans la forêt un rejeton de sapin qu'il cloua au faîte : la maison était baptisée.

Extrait : de « LA GRANDE VISITE »
de la collection «
Contes du pays de la Ouananiche » - © Interaction QUI ltée

Monsieur Bertrand Bergeron, ethnologue et auteur des Contes du Pays de la Ouananiche a présenté le conte « La grande visite », spécialement écrit pour le « Tacon-Site du Partage ». Le récit rappelle une problématique vécue par notre région, soit la perte de sa population due à la migration des jeunes vers les grands centres urbains. Les municipalités rurales comme Lamarche sont les plus touchées par ce phénomène. Nous assistons dans le conte « La grande visite » au retour des enfants dans leur village natal.
« TACON-SITE DU PARTAGE »
Vingt-cinquième Tacon-Site
Chute-aux-Galets, Saint-David-de-Falardeau - 2009
Partenaires : - Municipalité de Lamarche
/ École Notre-Dame-du-Rosaire

Partenariat de Ville d'Alma

Partenariat avec www.sagamie.org