COLLOQUE VIRTUEL

RÉSUMÉ N• 1

’état de l’infographie d’art

LES MOTS POUR LE DIRE :

Le tout premier questionnement sur lequel se penchera le Colloque virtuel sur l’état de l’infographie d’art est la question de sa propre dénomination en tant que champ de création artistique.  Comme il s’agit d’un nouveau médium, il est important qu’un consensus émane du milieu des arts visuels afin d’introduire dans la langue française une dénomination qui décrira simplement, efficacement et, si possible, de belle façon la création artistique bidimensionnelle utilisant les outils numériques de création.  Tout est donc sur la table de négociation, y compris le terme “ infographie d’art ” qui titre ce colloque.

 

INFOGRAPHIE D’ART : Le terme “ infographie d’art ” a été proposé par Denis Langlois, artiste de Jonquière et président de l’Atelier d’estampe Sagamie, en septembre 2000.  Infographie, selon le Petit Robert, décrit le procédé de création d’images assistée par ordinateur.  En ajoutant d’art au terme infographie, l’intention était de décrire plus spécifiquement le champ de la recherche bidimensionnelle en art contemporain utilisant les outils numériques de création.  Promu ensuite par l’Atelier d’estampe Sagamie, le terme a connu une expansion rapide dans le milieu des artistes au Québec en ce sens qu’il fut adopté aussitôt par les artistes.  Nul besoin d’expliquer de long en large, le terme tombant sous le sens.

L’avantage du terme infographie d’art est qu’il identifie le type d’utilisation que fait l’artiste des outils numériques dans son processus de création.  Ainsi, l’infographie d’art procède d’une manipulation du pixel qui la distingue de la photographie numérique et de la reproduction.  Lorsqu’une œuvre d’art existante est numérisée, que ses couleurs sont ajustées à l’aide d’un logiciel de traitement des images et qu’elle est imprimée à l’aide d’une imageuse numérique, nous sommes en présence d’une REPRODUCTION.  Le concept de “ reproduction ” d’une œuvre d’art n’est ni nouveau ni propre au domaine de l’impression numérique.  La reproduction en art a été largement utilisé à grand tirage en imprimerie par des artistes plus “ commerciaux ”, mais aussi en édition plus limitée avec les techniques traditionnelles de l’estampe : reproduction à la main en sérigraphie, gravure ou lithographie, mais reproduction quand même.

La PHOTOGRAPHIE NUMÉRIQUE pour sa part procède des mêmes outils de préhension, de modification et d’impression que l’infographie d’art mais les utilisent moins pour transformer l’image que pour contrôler précisément le processus d’impression, comme une chambre noire ou un agrandisseur numérique.  D’ailleurs, le logiciel Photoshop, maintenant largement utilisé en infographie d’art, n’est il pas calqué à l’origine sur les outils traditionnels mis à la disposition du photographe dans une chambre noire : le contrôle des contrastes, de la balance des couleurs, de la saturation des couleurs...  Nous proposons donc ici, au passage, une définition de la photographie numérique qui utilisera dans sa genèse, l’un ou l’autre de la caméra photo-numérique, du numériseur (scanner), de l’ordinateur, des logiciels de traitement des images et/ou de l’impression numérique tout en demeurant dans le champ de la photographie.  Lorsque l’artiste utilise l’ordinateur comme outil de création, il entre alors dans le champ de l’infographie d’art.

L’inconvénient du terme “ infographie d’art ” est qu’il fait un peu penser à “ métiers d’art ” ce qui, de fil en aiguille, évoque un “ retour à la terre des années 70 ” qui ne sied guère à ce domaine à la fine pointe des technologies numériques.  Le terme infographie est également très près d’“ infographiste ” qui décrit le métier d’une personne qui réalise une mise en page publicitaire ou commerciale à l’aide des mêmes outils numérique de travail, œuvre louable mais de laquelle l’infographie d’art voudra se distinguer en tant que recherche en art contemporain.  Donc, le terme “ infographie d’art ” est donc simple et efficace mais ne récolte pas beaucoup de points pour du côté esthétique de la dénomination.

ESTAMPE NUMÉRIQUE :  Le terme “ estampe numérique ” est basé sur une double analogie : la première entre la matrice d’estampe traditionnelle (par exemple une plaque de cuivre en gravure) et la “ matrice numérique ” qui définit l’image dans l’ordinateur; la seconde analogie se situe entre le transfert physique de l’encre, de la matrice traditionnelle à la feuille de papier et le transfert numérique de l’information permettant à une imprimante de grand format de “ transférer ” l’encre de la “ matrice numérique ” au papier.  Quoiqu’il trace des analogies intéressantes et poétiques, le terme estampe numérique ne fait aucune distinction entre une création originale utilisant les outils numériques, une photographie numérique et une reproduction.

À ce sujet Richard Ste-Marie, un artiste de Québec nous écrit : “ Curieux que vous n’utilisiez pas le terme “ estampe numérique ” qui est pourtant accepté par la Bibliothèque nationale du Québec, la Bibliothèque nationale de France,  le Conseil québécois de l’estampe ainsi que de nombreux artistes et auteurs. ”.  Nous attendons plus ample argumentation à la défense du terme estampe numérique de la part de M. Ste Marie dans le cadre de ce colloque.

Par contre, il semble qu’au Conseil québécois de l’estampe on soit en pleine réflexion au sujet de la dénomination de cette nouvelle forme d’art et de la pertinence de l’inclure dans le champ de l’estampe alors que Monique Auger, Présidente du Conseil québécois de l’estampe nous écrit ceci : “ Bien qu’actuellement présidente du Conseil québécois de l’estampe, je ne peux malheureusement prendre position au nom de nos membres, enfin pas encore mais nous y travaillons!  Cependant à titre personnel, la question me préoccupe depuis un certain temps déjà.  J’ai donc proposé depuis ma nomination à ce poste, que notre association se questionne et se positionne sur la question.  Notre mandat en tant qu’organisme visant à promouvoir l’estampe au Québec, nous incite à participer le plus activement possible aux discussions traitant de l’estampe sous toutes ses formes.  J’entends bien que vous ne décrivez pas l’art numérique comme étant une forme d’estampe mais plutôt comme de : l’infographie d’art, de la photo numérique et de l’impression numérique.  Cette dernière distinction nous laisse croire que vous ne prétendez pas que l’impression numérique soit considérée comme une forme d’estampe.  L’évolution de cette pratique qui au départ fut encadrée par le code d’éthique de l’estampe *, a eu une progression qui avait peut-être été sous évaluée à ses débuts.  Maintenant, une discipline en pleine progression, l’infographie d’art me semble être, à juste titre, une oeuvre d’art à part entière ainsi qu’une discipline distincte. 

Je souhaiterais également vous transmettre l’information suivante qui m’apparaît pouvoir être d’un certain intérêt en regard de votre thématique.  Il s’agit d’un événement qui a eu lieu au Brooklyn Museum of Art du 22 juin au 2 septembre 2001, Digital : Printmaking Now.  À cette occasion, une table ronde traitant du digital s’est tenu et le texte se retrouve à l’adresse suivante:  http://www.artonpaper.com/roundtable/round_c.shtml ”

 *  La deuxième édition du “ Code d’éthique de l’estampe originale ” a été éditée par le Conseil québécois de l’estampe en 2000.  Le texte, co-écrit par Nicole Malenfant, artiste de Québec et Richard Ste-Marie, offre, à la suite des défénitions des différentes techniques d’estampe traditionnelles, une brève description de “ l’estampe numérique ” (en page 73).

De plus, Danielle Sabourin, Directrice générale du Conseil québécois de l’estampe, ajoute ceci : “ Votre projet de colloque arrive au bon moment et je désire m’y inscrire.  Au bon moment car le Conseil québécois de l’estampe est en plein questionnement.  En effet, depuis un peu plus de deux ans, étant donné le poste que j’occupe en tant que directrice du CQE,  j’écoute les estampiers d’ici et d’ailleurs, j’échange avec eux, je partage certaines opinions et depuis quelques temps je suis grandement préoccupée par l’estampe dite numérique.  Aujourd’hui, il m’apparaît inconcevable que l’infographie d’art, l’impression numérique ou la photo numérique se confondent et deviennent estampes bien que le Code d’éthique de l’estampe originale intègre ces disciplines.  Nul besoin de les nommer estampes, elles se distinguent et reflètent un domaine artistique qui se développe grandement. ”

ESTAMPE INFOGRAPHIQUE (estampe infographique originale) : Carol Dallaire, artiste de Jonquière utilise depuis 1989, “ date à laquelle, en tant qu’artiste, il a commencé à user de l’infographie comme moyen de création ”, le terme estampe infographique.  Dans un texte intitulé “ DE BIEN NOMMER, DU MÉTISSAGE ET DU SAVOIR FAIRE ” qu’il a écrit pour le catalogue de la dernière Biennale du dessin, de l’estampe et du papier-matière d’Alma qui, soit dit en passant, intègre depuis ses deux dernières éditions, la recherche numérique aux trois disciplines qui composent son appellation; le texte de Carol Dallaire donc, passe en revue différentes dénominations pour décrire la recherche numérique bidimensionnelle.  Il tire ces informations du Numéro spécial 1999-2000 du magazine Nouvelles de l’estampe (numéro 167-8, De l’estampe traditionnelle à l’estampe numérique, Revue publiée sous les auspices du Comité national de la gravure française, Cabinet des Estampes de la Bibliothèque nationale de France, Paris).  Nous les soumettons ici à votre jugement et à vos commentaires qui seront les bienvenus dans le cadre de ce colloque :

GRAVURE VIRTUELLE :  Annie Luciani, ingénieur de recherche du Ministère de la Culture et des Communication.

HYPER-ESTAMPE :  Jean-Louis Boissier, professeur d’arts plastiques à l’Université Paris VIII.

ESTAMPE CRITIQUE :  Dominique de Bardonèche, historienne, médiéviste et historienne de l’art, artiste multimédia et enseignante au Centre Européen de Technoculture à l’Université Paris-Dauphine.

ESTAMPE VIRTUELLE :  Richard Ste-Marie, professeur à l’école des arts visuels de l’Université Laval.

INFOGRAPHIE SUR PAPIER :  Plus loin dans son texte, Carol Dallaire nous indique, sans les nommer “ qu’au Québec, certains aimeraient voir utiliser le terme “ infographie sur papier ” et même le techniquement impossible terme “ estampe numérique ” avant de nous confirmer sa préférence pour le terme “ estampe infographique originale ” qui lui semble être “ le seul terme respectant l’éthique de l’estampe ” puisqu’on “ y retrace tout de suite, dans le domaine de l’art, la descendance, le champ et le statut ”, c’est à dire que ce terme rattache le champ de la création numérique bidimensionnelle à “ l’estampe originale née de l’aventure créatrice ” tout en mettant en évidence “ le lieu contemporain de l’innovation soit l’infographie ”.

ART ASSISTÉE PAR ORDINATEUR, CRÉATION ASSISTÉE PAR ORDINATEUR : Dans le vocabulaire associé au travail de manipulation artistique du pixel, on parle souvent de “ création assistée par ordinateur ”.  Ce vocable laisse toujours planer un certain doute chez le profane, quant au contrôle effectif de l’artiste sur la machine.  Cette expression donne l’impression que l’artiste-utilisateur n’a qu’a appuyer sur un bouton et que le “ dessin ” se réalise tout seul, “ assisté par l’ordinateur ”.

COMPUTER PRINT : du côté anglophone, Carol Dallaire, toujours dans le même texte, nous rapporte, sans en mentionner l’origine, que le terme “ computer print ” serait utilisé par “ le pratique-et-non-poétique Américain ”.  CONTEMPORARY COMPUTER ART, DIGITAL ART, DIGITAL PRINT, nous semblent aussi pouvoir être utilisés par ce même “ Américain ”.  Est ce qu’il y a un anglophone-artiste-du-pixel dans la salle qui pourrait nous éclairer sur le sujet ???

PROCÉDURALISME : Comme son nom l’indique, le terme “ procéduralisme ” décrit une forme de recherche artistique utilisant l’ordinateur qui est fondé sur la “ procédure ”.  L’artiste intervient sur l’image, non pas à l’aide d’une palette d’outils numériques interactifs et prédéterminés, imitant les outils traditionnels comme un pinceau ou un crayon, mais à l’aide de formules mathématiques, d’algorithmes.  L’intervention sur l’image n’est donc pas directe comme lorsque l’artiste dessine, elle est indirecte par la création d’une série de règles et de commandes qui détermineront le comportement d’un modèle conceptuel.  Donc, par sa définition même, le “ procéduralisme ” est une discipline tout à fait différente de l’infographie d’art qui pour sa part intervient directement sur le pixel de l’image à l’aide d’outils numériques prédéterminés dans un logiciel de traitement de l’image.

C’est Jean Cencig, artiste de Québec, qui a porté à notre attention le “ Manifeste du procéduralisme ” (traduction libre de : The Proceduralist Manifesto) en nous faisant parvenir un exemplaire et le courriel suivant : “ En 1989, j’ai eu le plaisir de trouver un point de vue proche du mien dans The Proceduralist Manifesto, de Judson Rosebush, publié dans Leonardo, Journal of the International Society for the Arts, Sciences and Technology, pages 55 et 56, Pergamon Press.  Cette publication était associée aux Proceedings de SIGGRAPH 89, organisé par ACM.  Ce manifeste, dont je suggère la lecture, puisque vous êtes ouvert aux suggestions, est aussi disponible dans le numéro 2, volume 1, 1993, pages 187 à 190, de Languages of Design (Formalisms for Word, Image and Sound), Elsevier Science Publisher. Le premier paragraphe de ce texte, que voici, est “un questionnement de base” pour votre colloque virtuel : ”

  “ The complexities of defining computer art have confused artists and institutions alike. Many art critics, galleries, museums and educators display attitudes similar to those or their peers 100 years ago who failed to understand photography is art.  On the other hand, when computer art is in vogue, even the most prestigious and computer-illiterate artists are prepared to join the ever-swelling ranks of computer artists.  Just what is computer art anyway?  And is the computer a new medium or just another tool to aid the artist? ”.

     Essai de traduction libre : “ La complexité à définir l’art utilisant l’ordinateur à semé la confusion autant chez les artistes qu’auprès des institutions.  Plusieurs critiques et professeurs, plusieurs galeries et musées ont eu, face à l’art numérique, une attitude similaire à celle de leurs pairs qui, 100 ans auparavant, ont pendant longtemps refusé de comprendre la photographie comme un art.  D’autre part, au moment ou l’art numérique est à la mode, de nombreux artistes, réputé ou débutant à l’ordinateur, sont prêt à venir gonfler les rang des “ artistes numériques ”.  Après tout, qu’est ce que “ l’art par ordinateur ”?  Est-ce réellement un nouveau médium artistique ou simplement un outil de plus dans la boîte à outil de l’artiste? ”

Cette dernière phrase mérite toute notre attention : est-ce véritablement un nouveau médium artistique ou est-ce qu’on fait beaucoup de bruit pour rien avec ce colloque virtuel ??? Heureusement,
Monique Auger, Présidente du Conseil québécois de l’estampe viens à notre secours à la fin de son intervention cité ci-haut : “ Maintenant, une discipline en pleine progression, l’infographie d’art me semble être, à juste titre, une oeuvre d’art à part entière ainsi qu’une discipline distincte. ”  Luc St-Jacques, artiste de Sherbrooke d’ajouter : “ C’est plus qu’un médium, c’est en soit presqu’une discipline ”.  Mais vous, qu’en pensez-vous ?

AUTRES QUESTIONNEMENTS, RÉFLEXIONS ET COMMENTAIRES

 Luc St-Jacques, artiste de Sherbrooke nous livre brièvement trois réflexions préliminaires sur le sujet :

  1. “ Il ne faut pas se le cacher, l’art numérique remet en question plusieurs notions bien installées dans l’univers artistique : l’histoire, l’éthique, la conservation, etc... ”
  2. “ Pendant que l’ordinateur travaille, calcule, gère, applique et restansmet l’image, l’artiste pense, se repose, boit et vit ....  WOW ! ”
  3. “ Plus que jamais, l’artiste se servant des médias numériques doit garder son sens critique en éveil car la machine et les logiciels sont bourrés de pièges pré-programmés pouvant altérer son propos. ”

De plus Luc St-Jacques nous suggère la lecture du livre d’Hervé Fischer “ Le choc du numérique ” (vlb éditeur, 2001, ISBN 2-89005-792-5) qui propose, selon lui, un questionnement pertinent sur la pérénité de l’information à l’ère du numérique.

Il y a effectivement plusieurs questions essentielles dans ces commentaires de Luc St-Jacques :

Les questions d’éthique : à l’image de l’estampe, l’infographie d’art devrait-elle se doter d’un “ code d’éthique ” afin de bien encadrer les relations entre l’artiste, l’éditeur et l’acheteur éventuel d’une œuvre numérique???  La reproductibilité inhérente au médium et la possibilité de facilement changer le format de l’œuvre numérique implique que l’on se penche sérieusement sur la question de :

L’INFOGRAPHIE D’ART EN ÉDITION À TIRAGE LIMITÉ.

À l’Atelier d’estampe Sagamie, nous travaillons actuellement à la réalisation d’un site Internet voué à la mise en marché des créations numériques des artistes.  Nous devrons donc nous entendre par contrat avec les artistes sur les modalités des éditions, les paramètres de leur diffusion et de leur mise en marché.  De plus, comment garantir à l’acheteur que les quantités de l’édition seront respectées?

L’Atelier d’estampe Sagamie soumet ici à vos commentaires et suggestions un nouveaux concept concernant l’édition à tirage limité qui sera propre à l’infographie d’art :

     Contrairement à l’estampe et à la photographie, nous proposons que le tirage d’une infographie d’art soit indépendant du format d’impression et du support sur lequel il est imprimé.  C’est le document numérique qui fera l’objet d’une édition.  C’est à dire que l’éditeur ou l’artiste garantiront à l’acheteur qu’il n’y aura pas plus de X exemplaires imprimés et vendus d’une œuvre numérique particulière et ce peu importe si elle est imprimée en petit ou en grand format et peu importe le support sur lequel elle est imprimée.  Par contre, le prix de vente de l’œuvre sera lui tributaire du format et du support.

       Ce concept est complètement nouveau.  Par exemple, en photographie, une édition est tributaire d’un format particulier : une photographie éditée en format 8 X 10 po. à 20 exemplaires pourra faire l’objet d’une nouvelle édition en format de 20 X 24 po., ce nouveau format étant considéré par le photographe comme une œuvre différente.  En infographie d’art ces deux formats ferait partie de la même édition.  Il faudra donc prévoir, au moment d’éditer une œuvre numérique, l’ensemble de ce que l’artiste projette d’en faire.

  Plusieurs autres questions d’éthique se posent avec plus d’acuité en ce qui concerne le travail numérique de l’image.  Par exemple, l’intégration d’images de différentes sources à une œuvre numérique.  Cette question se posaient déjà dans d’autres médiums comme la peinture mais qui s’accélèrent avec l’aventure du traitement numérique de l’image.  Avec la facilité avec laquelle l’artiste peut numériser une image publiée dans un livre ou télécharger une image du réseau Internet et de l’intégrer à sa production numérique, il y a lieu de se questionner sur le respect des droits d’auteurs.

       Les questions de conservation concernent également les artistes au plus haut point : les nouvelles encres, les différentes imprimantes (jet d’encre thermale ou piezoélectrique, lambda, sublimation) et tous ces nouveaux supports (vinyl, polypropilène, polyesther, polyéthilène, Tyvek, plastiques transparents ou translucides, papier et toile d’artiste, etc.).  Les artistes pourront-ils garantir la pérénité des œuvres numériques auprès des acheteurs qu’ils soit institutions muséales ou simple collectionneur.

À ce sujet, Alain Paiement, un artiste de Montréal nous propose le site de l’Institut canadien de conservation .  L’inconvénient, c’est qu’il faut chercher des articles par auteur.  L’article suivant par Jean Tétreault représente un intérêt certain pour les artistes.

Agnès Riverin, artiste de Québec nous écrit : “ Naturellement ce colloque m’intéresse encore que pour moi, il va de soi que “ l’infographie d’art ” est un médium comme les autres.  Sa grande facilité d’exécution est aussi son plus grand défaut; nous connaissons tous des images ou œuvres de “ type Photoshop ”.  Comment faire d’un outil aussi prévisible un médium se prêtant au geste personnel, en respectant la démarche et l’ensemble du travail d’un artiste, voila ce qui demande une maturité esthétique.  Dompter l’outil ou être dompté par lui?

Pour ma part, je n’utilise pas l’infographie d’art comme objet principal de ma production mais comme faisant partie d’un travail de recherche.  Plus près du domaine photographique, puisque la photo est la source visuelle de base dans ma pratique, l’infographie devient le prolongement de cette première recherche.  S’y ajoute sculpture, poésie, peinture ou tout ce qui me semble intéressant d’intégrer.

Qu’en est-il des autres artistes? ”

APPEL AUX ARTISTES :

Je me permet ici de redoubler cette question d’Agnès Riverin : QU’EN EST-IL DES AUTRES ARTISTES????  C’est donc un appel à vous artiste : le Colloque virtuel sur l’état de l’infographie d’art à absolument besoin du point de vue des artistes.  De quelle manière utilisez-vous les outils numériques dans votre approche de recherche?  Comment ces outils ont-ils influencé votre démarche de création?  De quelle manière l’impression numérique de grand format s’intègre aux autres médiums dans votre travail?  L’ordinateur offre une multitude de nouvelles possibilités pour les artistes, bien, nommez-en quelques unes!  Considérez-vous l’œuvre numérique comme moins authentique parceque l’artiste n’a pas manipulé une matière physique?  etc?  etc?  etc?

Guylaine Champoux, une artiste de Trois-Rivière nous explique qu’elle est “ très très intéressée par la question et aimerais faire partie de ce colloque virtuel, étant d’abord peintre puis sculpteure/performeure dont les actes sont documentés par la photo puis transformés par l’infographie pour ensuite être rendus par l’impression numérique d’art... ”.

Françoise Tounissoux, une artiste de Montréal, nous fait parvenir cette bibliographie sur notre sujet préféré :

  1. Artin, Christian, La peinture par ordinateur, Dessain et Tolra, Paris, 1989.
  2. Cauquelin, Anne, De Mèredieu, Florence et les autres. Paysages virtuels, Editions DIS VOIR, Paris, 1988.
  3. Deken, Joseph. Les images du futur. L’informatique graphique. Editions Mazarine. 1984.
  4. Goodman, Cynthia. Digital Visions. Harry N. Abrams Inc., New York, Everson Museum of Art, Syracuse, 1987.
  5. Langer, Maria, Mac OS 8, Visual Quickstart Guide, Peachpit Press, CA, 1997
  6. Loveless. L., Youngblood, Gene et les autres, The Computor Revolution and the Arts, University of South Florida Press/Tempa, 1989.
  7. Poinssac, Béatrice, L’infographie, Que sai-je, PUF, Paris, 1994.
  8. Poissant, Louise, Machinations, La Société d’esthétique du Québec, Montréal, 1989.
  9. Quéau, Philippe, Eloge de la simulation. De la vie des langages à la synthèse des images. Éditions Champ Vallon, INA, France, 1986.
  10. Quéau, Philippe. Metaxu. Théorie de l’art intermédiaire, Editions Champ Vallon, INA, France, 1989.
  11.  Weisberg, Jean-Louis . Paysages Virtuels, 1988.

Marie-Josée Coulombe, une artiste de Montréal, nous propose une visite du site de l’organisme Art & Science Collaborations Inc. : “ lors de l’exposition internationale “ Digital02 ” qui aura lieu à New-York cette automne se tiendra un table ronde sur la place qu’occupe l’image, tirée de la vidéo et de l’animation, dans le champ de l’estampe contemporaine :

  1. Digital 02 : - http://www.asci.org/digital2002/
  2. ArtSci2002 : - http://www.asci.org/artsci2002/index.htm

L’ACHÈVEMENT : un artiste qui tient à garder la confidentialité nous parle de la difficulté d’achever l’œuvre : “ La complexité des logiciels, la difficulté de les maîtriser complêtement, permette-t-elles à l’artiste de s’exprimer entièrement ou l’ordinateur le place-t-il dans un état perpétuel d’expérimentation? ”

Josée Pellerin, une artiste de Montréal, nous pose un questionnement sur l’authenticité de l’œuvre dans un contexte de recherche numérique.  Comme il n’y a pas de travail direct avec la matière, l’artiste ressent une perte d’authenticité face à la machine.  De plus, les logiciels de traitement des images ont une facilité naturelle à “ faire faux ” : on a qu’à penser aux mannequins retouchés des magazines de mode.  Le même phénomène est également bien présent en art contemporain.  Au départ, le cliché photographique était considérée par le spectateur comme représentant fidèlement la réalité.  Plus tard, l’artiste-photographe a souvent transformé l’image de manière à ce qu’elle semble plausible tout en ne reflétant pas fidèlement la réalité.  Avec les outils numériques de transformation de l’image, ce phénomène est beaucoup plus présent.  Que pensez-vous du réel vs le réel-photographique vs le réel-numérique???

Claudine Cotton, une artiste de Chicoutimi nous pose le questionnement de l’apport de l’accidentel dans le travail numérique.  Le peintre s’est habitué à composer avec cette part de hasard, avec cette tache de peinture plus ou moins désirée qui est appréciée puis intégrée au reste de son travail.  L’accidentel est-il compatible avec la recherche en milieu numérique?  Ce qui surprend l’artiste travaillant à l’ordinateur par rapport à son intension première et qu’il peut confondre avec un apport accidentel n’est-il pas déjà pré-programmé dans le logiciel de traitement de l’image?

OÙ EST L’ŒUVRE ?  Bonne question : à propos, où est l’œuvre?  L’artiste passe des heures devant son ordinateur à travailler son image, la mémoire de son image est une matrice numérique constituée de “ 1 ” et de “ 0 ” sur le disque dur de son ordinateur.  En travaillant, la perception que l’artiste a de son œuvre est tributaire de la qualité de son écran d’ordinateur.  Son œuvre achevée, il l’imprime sur papier.  Est-ce que la “ vraie ” œuvre est sur le disque dur de l’ordinateur.  Est-ce que l’impression sur papier n’est qu’une “ copie ” de la matrice-numérique-vraie-œuvre?  Est-ce que l’œuvre c’est l’impression sur papier et tout le tralala numérique n’est que la matrice ayant servi à la réaliser ?  Est-ce que l’œuvre est la représentation à l’écran ?  L’œuvre numérique peut facilement se livrer à d’autres moyens de diffusion que l’impression sur papier : par exemple, la diffusion sur le réseau Internet, sur un Cdrom interactif, en projection dans une salle d’exposition ?  Est-ce encore une infographie d’art si elle l’œuvre numérique n’est pas imprimée sur papier

Comment envisagez-vous l’avenir de l’infographie d’art et des médias numériques en général ?

Est-ce-que l’infographie d’art est une mode qui disparaîtra comme la copiegraphie ?

L’interaction de l’infographie avec les autres arts :

Appel aux photographes, aux peintres, aux sculpteurs : prenez un instant pour réfléchir à ce que les outils numériques changent dans votre approche artistique ?

Prix de vente : quel devrait-être le prix de vente d’une infographie d’art par rapport aux autres productions artistique ?

APPEL À TOUS

Voici donc matière à initier les débats en ce qui concerne l’appellation à donner à ce nouveau médium numérique et autres questions d’importance entourant cette pratique artistique. Nous attendons donc avec impatience vos propositions de nouvelles appellations, vos réactions ainsi que vos commentaires sur les différents sujet abordés.

 

aes@cgocable.ca

 

MERCI À TOUS CEUX QUI ONT PARTICIPÉ JUSQU’ICI

 

Nathalie Villeneuve
Commissaire au Colloque virtuel
ÉTAT DE L'INFOGRAPHIE D'ART

2002-2003

Archives des résumés

COLLOQUE VIRTUEL
États de l’infographie d’art

Le 1ier résumé

Le 2ième résumé

- Le 3ième résumé vous parviendra vers fin janvier 2003

Nous vous invitons donc à apporter votre grain de sel
ou votre contribution substantielle au Colloque virtuel.

Le colloque virtuel sur l’état de l’infographie d’art
se poursuivra jusqu’au printemps 2003.

Le colloque virtuel est organisé par l’Atelier d’estampe Sagamie grâce au soutien financier du Conseil des arts et des lettres du Québec


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Sources : Nathalie Villeneuve
Commissaire au Colloque virtuel
Adresse électronique sagamie@cgocable.ca

50, rue Saint-Joseph, C.P. 93, Alma QC Canada G8B 5V6
Tél. : et Téléc. : (418) 662-7280