Ramona Poenaru est la troisième
artiste que nous recevons à Langage Plus dans le cadre de nos échanges
triennaux d’artistes en résidences convenus avec l’Agence Culturelle et le
Fonds Régional en Art Contemporain d’Alsace. D’origine roumaine, l’artiste
vit et travaille à Strasbourg.
« Le travail que je présente au Centre d'artistes Langage Plus
parle d'habitation, de langue, de mémoire, constantes qui m'ont frappée
dès mon arrivée à Montréal et qui sont restées
présentes tout au long de mon séjour à Alma. La mémoire
comme forme de résistance, la langue comme territoire de refuge, comme espace
habité. Il s'agira aussi de mémoire fictive et de perception à
plusieurs niveaux, car c'est cette attitude-là qui s'est imposée à
moi dans la récolte quotidienne d'images photographiques, initiée dès
le premier jour. Ceci a été plus une manière de sonder la ville
qu'un travail en soi, un outil plus qu'un résultat. Les photos présentées
sur le site web de Langage Plus, au fur et à mesure de mes déambulations
dans la ville, invitaient le spectateur à regarder avec mes yeux, à
aller à l'envers de la perception habituelle, de l'apparemment petit détail
vers l'ensemble, en passant d'une réalité à une autre. J'ai
abordé l'espace de Langage Plus comme lieu d'une résidence temporaire.
J'ai imaginé plusieurs manières de l'habiter, en prenant en compte
des éléments qui lui étaient spécifiques ou alors qui
le rapprochaient d'autres lieux que j'ai pu visiter ou occuper ici. En grec « pneuma »
veut dire aussi âme et je me suis dit que le souffle présent dans toutes
les maisons au Québec était porteur d'une autre réalité
lui aussi. De ce dialogue est née une installation « pneumatique »
apparemment fragile (encore à l'état d'envie à l'heure où
j'écris), qui conjugue image, habitation, parole. Le spectateur sera invité
à y déambuler - sa présence va habiter et nourrir le lieu.
Sans préméditation, je relie finalement cette pièce à
un travail en cours depuis plusieurs années, qui aborde la question de l'habitation
comme manière d'être au monde. "É-tranches d'appartements"
est le titre générique de ce projet qui a commencé par la mise
en scène de mon propre logement sous la forme d'une occupation audio-visuelle
dans une galerie d'art "Au fond du couloir, à droite (Visite guidée
d'atelier fictif)", Strasbourg, 2002. Ensuite, "La Maison (une chorégraphie
domestique)", Strasbourg 2004, projet qui a impliqué les habitants d'un
quartier strasbourgeois dans un tournage dans leur appartement, le résultat
étant une mosaïque vidéo destinée à être projetée
à l'extérieur sur un immeuble de ce même quartier. Le troisième
projet s'est déroulé à Bucarest, en Roumanie. Il devait donner
la parole aux habitants d'un bloc pour réaliser une construction audiovisuelle.
Mon pays, la Roumanie, porte encore les stigmates d'une période trop récente
et trop douloureuse qui enferme les gens dans une susceptibilité insurmontable.
J'en suis restée au niveau des façades et je présente quelques-unes
de ces images sous le titre "Peau de Bloc" dans l'espace adjacent à
Langage Plus, mis à ma disposition gracieusement par Desjardins. »
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