La
collection de fou lancée par Victor-Lévy Beaulieu a déjà
dépassé la dizaine de livres. Faire écrire des écrivains
québécois de tout acabits à partir de la fameuse question à
4,95 $, "pourquoi, comment, depuis où et quand écrivez-vous?"
Projet touchant, grandiose, dément - et fascinant : car enfin, c'est une des
questions qu'on nous pose le plus souvent et d'ordinaire, par pudeur, nous en plaisantons
ou nous cachons sous des réponses qui, pour ne pas être fausses, sont
souvent partielles, ou patinées par un trop long usage. Le défi de
VLB aux auteurs invités, je pense, le pari proposé, c'est de ne pas
se cacher, ni de s'exhiber mensongèrement, mais de s'examiner avec honnêteté
- un exercice qui ne saurait en être un de pur narcissime. Tout le monde ne
sait pas jouer le jeu, et confidences ou réflexions diffèrent parfois
sur le plan anecdotique d'un auteur à l'autre, mais elles se recoupent sur
bien d'autres, soulignant une fois de plus la solidarité cachée de
toutes ces îles dans la mer de la littérature : solitaires/solidaires.
La
trajectoire décrite par Yvon Paré sera familière à beaucoup
d'écrivains qui ont dû abandonner non seulement leur coin de pays (ou
leur pays), mais aussi leur famille, leur clan, leur classe sociale, pour entrer
en écriture - avec toutes les souffrances, les doutes, et les solitudes qu'implique
cet arrachement toujours soupçonné de trahison. Sans apitoiements inutiles,
parfois plein d'humour, son récit (c'en est un, et d'une grande poésie
aussi) se double d'une confidence émouvante sur la relation au père,
tout en retraçant, de l'intérieur, le mouvement de la littérature
québécoise depuis la grande ouverture des années 70. Le tout
en 136 pages. Pari gagné. |