Porte-Folio


Saguenay Arr. Jonquière QC Canada


« LES PLUS BELLES ANNÉES »

Publié 2000 chez XYZ Éditions

Les plus belles annees

Les lecteurs de Un Lac, un fjord IV avaient eu la chance, il y a deux ans, de lire une nouvelle intitulée “Le baiser volé”, évoquant l’École Numéro neuf, la petite école de rang de l’enfance du narrateur. Ils auront le plaisir d’en retrouver et le cadre et les personnages savoureux dans ce recueil qui constitue en réalité la chronique d’une enfance à La Doré, village d’où se trouve être natif (comme l’auteur — coïncidence...) le narrateur, Richard-Yvon Blanc. Avec lui, en vingt-trois courtes nouvelles, nous survolons une année scolaire, de la rentrée à la sortie des classes — ou plutôt se trouvent condensées en une seule, symbolique de plusieurs années d’école primaire au milieu du siècle... dernier.
Que ces choses semblent loin, ainsi écrites — ou le sont-elles vraiment? L’écriture de ces textes nous fait retrouver l’intemporalité du souvenir, nous accédons avec eux à une enfance quasi-mythique, avec ses lieux, ses personnages homériques... Du moins leurs noms deviennent-ils bientôt pour nous des équivalents des épithètes du vieux barde : la tribu des enfants — l’ingénieux Théo-Théophile, son humour tordu, son intelligence et son savoir secrets, son habileté au hockey et à la balle, la Peloute aux pieds agiles, Simon-Simoë l’amoureux d’Évelyne... Les adultes en bénéficient, même sans nom de famille ni prénom : Mademoiselle l’Institutrice (quelle qu’elle soit, la charmante que les gars doivent embrasser dans “Baisers volés”, la harpie de “La strappe”), Monsieur le Curé, Monsieur l’Inspecteur... Et les parents, le père silencieux de Richard-Yvon, la mère-discipline, Bichon-Achille, le frère doué qui n’a pas continué ses études, l’oncle Titou-Titon, la tante qui ne sort jamais de chez elle... Tout un non-dit, ou presque-silence, comme une lisière sombre autour des éclats de rire, des pleurs et de la lumière de l’hiver ou du printemps où jouent les écoliers — tout n’est pas sucre et épices dans cette enfance : la violence physique et psychologique y affleure souvent, que ce soit entre les enfants eux-mêmes, ou dans leurs relations avec les adultes. Mais les adultes eux-mêmes n’en souffrent-ils pas aussi ? Remuent alors dans notre mémoire d’autres textes d’Yvon Paré Le Violoneux et surtout La Mort d’Alexandre — mais aussi les confidences déchirantes qui parsèment Le Réflexe d’Adam... Ce qui flotte ainsi à l’arrière-plan, c’est le Québec profond des années 50, sur lequel l’auteur, par l’entremise de son jeune narrateur, pose un regard lucide, mais relativement apaisé à présent.
Le cycle initiatique qui se déroule au cours de cette année emblématique ne comporte pas que la joue de Mademoiselle : il y a le verso des filles qu’on épie par le trou du mur de la toilette (et leur recto...) ; il y a l’entretien de la fournaise, l’engrangement du bois, l’allumage du poêle... (Là s’est établi pour moi un pont entre l’expérience québécoise de Richard-Yvon et la mienne, vers le milieu des années 50 aussi, dans la campagne française : mon école de rang se trouvait en plein village et n’était point mixte, mais chacune d’entre nous, pour une semaine, avec deux condisciples, devait s’occuper du gros poêle — et de la distribution des cahiers, avec les belles images-bons points dans les devoirs de la veille...). Il y a la première cuite, la partie de hockey... Plus personnel, pour le narrateur-héros, et ma préférée, il y a la conquête des crayons prismacolor tant convoités, gagnés dans un concours (“Les crayons magiques”). C’est sans doute aussi parce que je connais la petite histoire du recueil. L’auteur avait cessé de dessiner vers treize ans — il a recommencé pour cet ouvrage, et sa main l’a ramené à cet âge — magiquement — pour dessiner la couverture et des illustrations intérieures. Mais on ne retombe jamais impunément en enfance. Ces récits, comme ces images, vivent à la croisée des regards : regard de l’enfant, regard de l’adulte, distance périlleuse, exquisement maintenue ici par une écriture toujours heureuse — malgré le fil parfois tranchant du souvenir.

par : Élisabeth Vonarburg

Publié 2000 chez XYZ Éditions


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Dernière révision : 18 juin 2005

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