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Lézard # 5 - septembre 1997

l'APES

APES

Un Lac, Un Fjord,
quelques réflexions

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Ayant été la coordonnatrice de ce collectif, la première à recevoir les textes, membre du comité de lecture avec Yvon Paré et André Girard, et n’y ayant pas de texte moi-même, j’en ai rédigé la préface avec plus de sérénité encore que d’habitude. Ayant eu par ailleurs l’occasion d’en faire la présentation assez détaillée lors du lancement à Desbiens, en juillet dernier, j’ai pu le lire d’un oeil un peu différent – un oeil de «vraie» lectrice, si l’on veut.

Un collectif, même sur un thème imposé, est toujours un exercice fascinant de diversité dans l’unité – ou d’unité dans la diversité: selon les années, un de ces aspects l’emporte davantage, ou l’autre. Ainsi, que ce soit dans «La ville» (ULUF 3) , ou dans «Mythes personnels» (ULUF 2), les textes se regroupaient selon trois ou quatre «attracteurs» différents. J’ai été très frappée au contraire par la forte unité de ce dernier recueil, qui en a rendu l’agencement – maintenant que nous n’avons plus recours à l’ordre alphabétique! – beaucoup plus aisé.

J’ignore si le motif y était pour quelque chose: il était moins question, pour une fois, de puiser dans histoires ou mythes personnels que dans ceux de la collectivité – c’était, en fin de compte, un retour sur l’appartenance vue du point de vue de l’Histoire autant que du lieu. Peut-être est-ce la raison pour laquelle des trois Sagamiens «importés» – Maurice Cadet, Gérard Pourcel et moi-même – et indépendamment des raisons purement matérielles (travail exténuant pour Gérard et pour moi) – Maurice Cadet est le seul à avoir réussi à faire se rencontrer sa culture, et l’histoire implicite qui la soutient – et celles de la région où il s’est établi depuis un peu plus longtemps que nous, mais pas tellement.

«Rencontre», voilà en fait le mot-clé de ce recueil, le fil qui court d’un texte à l’autre, et le titre d’un des textes, d’ailleurs. Rencontre entre le rêve de neige d’un jeune Haïtien nourri par l’enseignement des frères de l’Instruction chrétienne et la véritable neige de l’hiver jeannois, rencontre enfin de l’imaginaire propre à la région et qu’on finit par adopter comme le sien, dans la nouvelle de Maurice Cadet, «L’insaisissable interférence» où est parfaitement bien saisi cet instant que connaît tout immigré de longue date où les appartenances s’inversent, s’échangent, s’interpénètrent (j’en ai quant à moi pris conscience après une demi-douzaine d’années, en constatant avec quelle joie soudaine j’entendais parler québécois à l’aéroport Charles de Gaulle et me disais «je rentre chez moi!»).

La rencontre du présent et du passé se fait grâce à un certain nombre de médiateurs – musiques, parlers, mais aussi plus physiquement encore boissons et nourritures terrestres dans le texte de Maurice Cadet, qui renvoie plus spécifiquement à une rencontre entre deux cultures proches dans le temps. Dans d’autres textes, c’est un message concret, un texte, qui établit le lien physique entre passé et présent: ainsi le journal intime découvert par la narratrice de «La rencontre» de Nicole Pelletier, la gagnante du concours de nouvelles Université/Collèges de cette année, ou encore la «Lettre pour Samuelle» de Danielle Dubé, où le message du grand-père de la narratrice permet de rétablir le contact non seulement avec le passé des grands barrages mais aussi avec la communauté amérindienne. Textes, encore, dans les nouvelles d’Alain Gagnon, et de Frédéric Gagnon: le narrateur de «Le mal d’Espagne» s’endort peut-être à son clavier d’ordinateur et se trouve projeté au temps de la grande épidémie de grippe espagnole. Le narrateur de «Translations» est un poète obsédé par l’oeuvre à faire: elle doit retrouver l’élan vital de la race, de la terre et du sang – et il se trouve projeté, lui aussi, dans le passé par son obsession même, vers la femme qui incarne toutes ses aspirations amoureuses autant que spirituelles et poétiques.

Rencontres encore entre des cultures, et télescopage des époques et des croyances, dans le texte de Gil Bluteau, «Site Méta 0596», où des archéologues blancs fouillent un site de la Métabétchouan: le médiateur sera ici une bouteille du XVIIe siècle, remplie d’eau pure, objet magique dont une vieille indienne révélera le secret, mais dont le hasard – ici expression d’une fatalité vengeresse – fera l’agent, peut-être, du grand déluge.

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