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Lézard # 5 - septembre 1997

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La francophonie

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Le congrès international de la francophonie a eu lieu tout récemment au Saguenay-Lac Saint-Jean (voir les Lézardages).Voici quelques extraits du pertinent exposé d’Hélène Pedneault, que nous reproduisons avec sa gracieuse permission. En introduction, elle parodiait Gandhi, à qui on avait demandé «Que pensez-vous de la démocratie?» et qui avait répondu: «Ce serait une bonne idée». Que pensez-vous de la francophonie? Ce serait une bonne idée... qui reste à concrétiser.
[...] Je parle, je chante parfois, j’agis et j’écris en français dans un monde qui parle le néo-libéralisme, une version particulièrement virulente du matérialisme. La langue dominante actuellement n’est pas l’anglais, ne vous y trompez pas. La langue dominante, c’est la langue de l’économie néo-libérale que tous nos dirigeants - patrons ou politiciens - parlent couramment et nous infligent, non seulement à coup de mots vidés, à coup de notions creuses, mais surtout à coup de terribles décisions qui assassinent ce qu’il reste de la vitale fonction de citoyen.

Ce monde dans lequel je vis en français – enfoncé depuis les débuts de l’ère industrielle dans le matérialisme le plus barbare –, a déjà fait de la chanson une industrie. Il a déjà fait de la peinture une vulgaire question de spéculation, et de l’écriture télévisuelle et cinématographique un simple travail à la chaîne qui doit suivre un mode d’emploi précis avec des auteurs interchangeables et éminemment remplaçables selon les caprices de l’ignorance des gens qui détiennent la bourse et à qui l’argent tient lieu d’intelligence.

Dans le monde dans lequel je persiste à vivre en français, nous avons décidé par distraction, par manque de concentration, d’inverser l’ordre de nos priorités. Après cette décision, tout est allé si vite que nous n’avons pas eu le temps de questionner la pertinence de ce nouvel ordre du monde. Nous avons suivi les ordres d’un quelconque dieu, un dieu quelconque. [...]

Dans mon pays, par exemple, il n'y a pas de librairies en dehors des grandes villes. J’habite le village le plus haut du Québec, à deux heures de Montréal, et la librairie la plus proche est à une heure et quart de chez moi. Dans toutes les Iles de la Madeleine, où il y a quinze mille personnes, il y a une seule section de livres populaires, contrôlée par une seule maison de distribution, dans la pharmacie Uniprix. Aux Iles de la Madeleine, on a intérêt à aimer lire des livres de psychologie populaire traduite de l’américain, sinon on est malheureux. S’il n'y a pas de librairies dans mon pays, je me dis que ça doit nous convenir puisque nous ne disons rien.

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Dernière révision : 18 février 1998

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