Comme vous le savez si vous avez reçu
le décoratif et sans nul doute coûteux magazine publicitaire de Télé-Québec
intitulé «Génération TQ, la culture dans tous ses états»,
on fait grand cas du mot qui tue en nous annonçant, je cite, «des week-ends
culturels fastes», et d’abord, à tout seigneur tout honneur, de «prestigieuses
mini-séries» en commençant par une oeuvre anglaise en quinze
épisodes, «Les Joyaux de la couronne», tiré du Quatuor
indien de Paul Scott, Indes et mystères sur fond d’années 40. Après
quoi, quand même, une série en quatre épisodes d’après
Le Rouge et le noir de Stendhal. L’autre cheval de bataille de la culture,
c’est «Droit de parole». Enfin, le «dernier mot» (je cite
toujours), va à la littérature, et là je cite en entier: «Lire
c’est écouter», a dit Nietzche. Aussi, pour écouter le chant
des mots, Télé-Québec innove et propose des «Lectures
en fin de soirée» avec des comédiens qui, chaque soir, diront
les auteurs de chez nous. De plus, prêtez une oreille attentive aux échos
des univers littéraires qui résonnent le lundi à 21 h, à
«Plaisir de lire». Parce que ce magazine littéraire est la seule
émission du genreau Québec. Parce que Danièle Bombardier reçoit
les auteurs québécois et accueille le public en studio pour la première
fois.
Bon, on va avoir une petite Pivote, ou enfin, presque. À une heure de grande
écoute, 21 h. Génial. Nous serons aux rendez-vous.
Ce qu’on oublie par ailleurs de nous dire, c’est que «les auteurs de chez nous»
passeront à une heure et demie du matin. Et que les lectures sont réduites
à des extraits de textes d’entre trois et cinq minutes chacun (trois pages
maximum). La culture dans tous ses états, et la littérature proprement
québécoise, et créée en région, au fond du tas.
Vous trouverez à la page suivante la liste des auteurs retenus. Comment l’ont-ils été? Eh
bien, un comité de sélection s’est réuni, dont nos collègues
Danielle Dubé, Carol Lebel et Jean-Alain Tremblay faisaient
partie. Le critère, outre la qualité générale, était:
avoir publié un livre assez récemment pour qu’il soit disponible en
librairie et en bibliothèque (deux ou trois ans). On avait prévenu
le comité que certains choix pourraient être modifiés; ainsi
deux textes jugés «difficiles à lire» par la comédienne
engagée, Louise Portal, ont été remplacés: un extrait
du journal personnel de Jean-Paul Desbiens et un extrait d’un essai sur le conte
de Bertrand Bergeron, jugé trop aride. De même, les responsables de
l’émission ont estimé un extrait d’un texte pour enfants de Rémi
Simard incompatible avec le registre «pour adultes» de l’ensemble. Les
deux premiers textes /auteurs ont été remplacés à la
demande de Louise Portal par un extrait de son propre livre, et un extrait d’une
oeuvre de son père, Marcel Portal. Qui, indépendamment de leur éventuelle
qualité intrinsèque, ne correspondent ni l’un ni l’autre au critère
objectif donné au comité de sélection. À quoi bon avoir
un comité de sélection, dans ce cas? Par ailleurs, on a fait appel
à une comédienne qui est certainement native d’une famille «illustre»
de la région, qui vit depuis vingt ans à Montréal: on n’a même
pas songé à faire appel aux comédiens, pourtant tout aussi qualifiés,
qui habitent la région. Le Nom, certes... Mais pense-t-on vraiment que beaucoup
de téléspectateurs resteront debout jusqu’à 1h30 du matin (ou
programmeront leur magnétoscope...) pour entendre et voir Le Nom?