|
|
|
|
Page 19 de 20 |
|
| Lettres à zimuts (1) |
|
(cette lettre d'André Girard a été publiée d'abord dans le journal Lubie.) |
Depuis quand, Monsieur Jasmin, cet intérêt soudain pour les régions ? On s'en crisse–tu, nous autres, de votre petite patrie ! Si vous voulez rester petit, sauce nostalgique et souvenirs d'enfance, c'est votre problème; surtout pas besoin de votre discours passéiste. 86 millions pour une institution nationale, c'est moins que rien, Monsieur Jasmin, et ça n'enlève absolument rien aux régions. 86 millions, c'est exactement ce que la ville de Toronto s'est payé il y a plus de vingt ans. Vous rendez–vous compte ?! Dans l'entretien que Madame Bissonnette accordait à Réginald Martel, (La Presse, 19 février 1999), en bonne Abitibienne que j'admire, elle a aussi joué la carte des régions. Pour illustrer l'impact qu'une nouvelle bibliothèque bien équipée pouvait avoir sur le taux de lecture, elle a nommé la nouvelle bibliothèque municipale de Chicoutimi. Monsieur Jasmin, 250 prêts de documents à l'heure durant les fins de semaine, dans une ville de 65 mille habitants, est–ce pour vous de l'ordre du service essentiel ou de l'éléphant blanc? Alors, s'il-vous-plaît, retournez dans votre bibliothèque de ruelle, et ne nous faites pas chier encore un fois avec votre populisme à tout prix.
La bibliothèque publique, au Québec, ce n'est surtout pas une affaire de luxe. On devrait plutôt parler de minimum vital, d'un seuil critique; moins que ça, nous ne pouvons même plus parler d'une société civilisée. Parle–t–on béton quand vient le temps de construire des autoroutes qui mènent nulle part ? Parle–t–on béton quand on agrandit le Palais des congrès de Montréal au coût de 186 millions ? Aussi, laissez–nous la paix avec Paris et Vancouver. Nous, gentilles petites grenouilles sans envergure croassant sur cette terre d'Amérique, nous n'avons vraiment pas de leçons à donner au pays de la littérature par excellence, et surtout pas aux anglo–canadiens qui ont compris depuis longtemps que diffusion de la littérature et de l'information rimait avec démocratie et citoyen éclairé. Le débarras de 300 pieds carrés si cher à votre enfance, nous le connaissons trop bien en ce pays d'arénas et de stationnements... bétonnés. Moi-même je l'ai vécu ici, au Saguenay, dans les années soixante. Pauvreté et sous–développement; non, plus jamais. Et j'imagine que chez vous comme par ici, le Monde diplomatique devait briller par son absence.
Monsieur Jasmin, je suis vice–président du CA de ma bibliothèque municipale, à La Baie. Présentement, elle occupe peut–être vingt fois plus d'espace qu'à l'époque, mais ce n'est pas encore assez; on se pile sur les pieds. Et je ne parle pas des salaires ridicules consentis aux employées, comme pour bien leur faire saisir qu'elles sont là pour rien. Je travaille sur un projet de quatre millions pour une ville de 22 mille habitants, et je ne veux pas un seul chrétien pour venir me parler d'éléphant blanc. Et si, en plus, ce chrétien est membre de l'UNEQ, je lui colle une mise en demeure. Vous m'entendez : la p'tite vie, j'en ai ras-le-bol !
|
|
|||
|
Page 19 de 20 |
|||
|
|
|||
|
|
|
|
Webmestre |
|