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Lézard # 8, Vol. 2 - décembre 1998

l'APES

APES

 

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Correspondances 2

Correspondance 1

Yvon Paré
à
Élisabeth Vonarburg

Correspondance 2


La guerre du comité

Ma chère Elisabeth,

J’ai lu et relu ton document concernant l’UNEQ. Il me semble important d’y réfléchir même si jusqu’à maintenant, je l’avoue, j’ai vécu ce débat avec une certaine distance. C’est peut-être que je cherche toujours à éviter les querelles. Enfin, nous en sommes là.

Je tenterai de garder la tête froide face à cette situation pour le moins étrange qui risque de faire mal à l’Uneq tout autant qu’aux associations régionales si on n’y prête garde. Nous avons trop d’exemples dans notre région où des guerres futiles nous font gaspiller un temps fou en plus de nous priver d’infrastructures essentielles. Je songe à la guerre des clochers qui tourne autour de la construction d’une grande salle de spectacles et on ne parlera pas de la saga des médecins de Chicoutimi qui ne veulent pas s’exiler à Jonquière.

Je le répète, pas plus que toi, je n’ai apprécié la manière de l’Uneq de former un comité des régions (Trans-Québec). Je croirais lire «Trans-canadienne», en parlant d’autoroutes. Il aurait été sage, bienvenu, prévenant, démocratique de consulter ceux et celles qui siégeaient sur l’ancien comité des régions avant de le saborder ou de l’effacer pour le remplacer par une structure qui, il me semble, sera assez difficile à maintenir en vie. Mais faisons confiance au bébé.

Voilà pour le constat. Que faire maintenant? C’est la question qu’il faut se poser. Entreprendre un combat et alimenter la rancoeur ou la division, tenter d’avaler notre amertume en songeant au bien commun des écrivains qui vivent en région comme à Montréal...

Il me semble que c’est la grande question à laquelle nous devons tous répondre.

Je ne reprendrai pas point par point le «manifeste» que tu as rédigé et qui doit être signé par l’Interrégionale et expédié au CALQ et à d’autres instances. C’est de la dynamite.

Un constat

Les associations d’écrivains en région entendent bien demeurer vivantes et défendre les intérêts de ses membres, promouvoir la littérature et organiser des événements qui mettent en valeur les écrivains du Québec.
l’Uneq entend défendre, promouvoir, mettre en valeur tous les écrivains de tous les territoires du Québec, membres de l’Uneq en autant que faire se peut.

Les associations régionales ont, tout comme l’Uneq, des problèmes à définir ce qu’est un membre, par le biais à s’entendre sur ce qu’est un écrivain. La définition présentée par Madeleine Gagnon, entre écrivain et écrivant, me semble intéressante intellectuellement parlant mais très mal ajustée dans un organisme syndical.

Le débat est ouvert à l’Uneq depuis des années et il deviendra encore plus aigu avec la reconnaissance des associations régionales par le Gouvernement du Québec qui met un montant d’argent destiné aux associations à chartes pour garder une permanence et promouvoir la littérature dans les régions pendant toute l’année. C’est l’intention du gouvernement. Il faut juste que les associations des écrivains en région présentent des projets pour que cela soit.

Est-ce que l’Uneq cherche à tuer les associations régionales en créant le comité Trans-Québec? Il y a là un pas que je me refuse à franchir. Elle le voudrait que le Gouvernement du Québec mettrait un holà avec l’argent destiné aux régions, aux associations des régions. Je te réfère à ta citation de Le temps de lire, un art de vivre. Il me semble que c’est clair, précis, net comme une neige nouvelle. Comment l’Uneq parviendrait-elle à étouffer les associations régionales pour bouffer l’argent destiné aux régions avec la complicité du Gouvernement du Québec? J’ai beau retourner la question, je ne vois pas comment. Il me semble que la création du comité Trans-Québec ne remet pas en question l’existence des associations régionales. L’Uneq aurait les pires intentions qu’elle ne pourrait parvenir à ses fins. C’est clair. Tout comme le comité des régions formé des représentants des associations regroupées dans l’Interrégionale n’a jamais remis en question l’existence des associations en région. Au contraire, il a favorisé les rencontres et les échanges. Encore une fois, j’ai de la difficulté à voir Machiavel dans tout cela. Je suis naïf, tu diras. Peut-être. Pourtant, une longue expérience syndicale m’a permis de vivre des conflits similaires entre les régions et le centre. J’ai été pendant douze ans président de mon syndicat de journalistes et il était parfois difficile de se faire entendre auprès des journalistes de La Presse ou de Radio-Canada. Nous avons toujours su faire des alliances avec Le Droit et Le Devoir et à agir comme des membres à part entière. Il suffit d’être présents, bien préparés pour exiger. Il en était de même au Conseil de Presse où j’ai également fait un séjour.

Il faut peut-être rappeler les difficiles relations de notre association dès sa naissance avec l’Uneq. Bruno Roy, président, Pierre Lavoie, directeur général, sont venus à quelques reprises dans la région pour nous rencontrer afin de tirer les choses au clair et travailler en harmonie. Ce ne fut jamais facile parce qu’il existe, malheureusement et je ne vise personne, une certaine paranoïa envers Montréal. Il serait intéressant d’aborder et de dire les vraies raisons qui ont rendu difficiles ces liens. Ce n’était pas l’Uneq ni l’APES mais la question nationale qui engendrait toute cette méfiance. Certains ne voulaient pas être associés à un organisme qui prônait officiellement la souveraineté du Québec. C’est un autre débat que nous avons préféré ignorer.

L’Uneq, depuis le début de l’existence de notre association, a collaboré. Aide pour la participation au Salon du livre du Saguenay-Lac-Saint-Jean en déboursant pour la location d’un stand, visite de Bruno Roy, Pierre Lavoie, Louis Gauthier, etc. Réponse à notre demande d’aide quand le ministère du Revenu a frappé Danielle Dubé et moi. L’Uneq a embauché un fiscaliste et produit un document qui a servi à tous les membres. Un travail remarquable et apprécié particulièrement dans mon cas. Il ne faudrait pas non plus oublier la visite de Louise Desjardins en septembre dernier, à la demande de notre association. En plus l’Uneq a contribué pour des manifestations tenues lors du Festival national de la littérature en versant des cachets et des sommes d’argents. Excellente collaboration.

Louise Desjardins, en plus de participer aux activités de l’APES, a aussi rencontré nos membres pour parler de l’Uneq et des associations en région. Il est vrai que nous avons peut-être été distraits, brouillons lors de cette rencontre. Nous étions tous pressés par des séances de signatures ou encore un débat, une soirée de lecture, etc. Louise Desjardins nous a fait part de la problématique des écrivains qui possèdent une association régionale, de ceux qui sont sans association et ceux qui ne sont pas des membres. Un syndicat, en raison de son existence, doit chercher à représenter tout le monde. C’est un principe syndical universel. Représentation sans discrimination. Louise Desjardins nous a aussi parlé de ce découpage qui a donné naissance au comité Trans-Québec. Les neuf nouvelles régions administratives. Nous avons sans doute écouté d’une oreille distraite. Il a été aussi question des activités futures de l’Uneq avec les écrivains des régions dans les salons du livre. Présence de l’ILE dans un stand avec rencontre statutaire des écrivains qui gravitent autour d’un salon du livre en particulier pour discuter, parler de nos problèmes et aussi prendre des décisions.

Nous ne pouvons passer cela sous silence et les membres qui ont assisté à cette rencontre pourraient corroborer mes dires. Il est difficile de croire au complot après cette rencontre.

Situation présente

Les associations régionales sont en colère. Elles digèrent mal d’avoir été oubliées dans la formation du comité Trans-Québec. L’Uneq a consulté dans les régions où il n’y a pas d’association. Comment interpréter ce geste? Intention de tuer les associations régionales... Créer une structure qui fait table rase de tout, créer des associations unéquiennes en région, prendre le contrôle des argents du Gouvernement du Québec destinés aux régions? Tout détruire pour être la seule association triomphante? Il est difficile de croire à une pareille manoeuvre.

Nos associations aussi ont des problèmes internes qui ressemblent étrangement à ceux de l’Uneq. Qui est membre de nos associations régionales? Mentionnons que l’APES a un peu plus de la moitié de ses membres qui vivent hors de la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean.

La problématique est là. Il ne faut pas l’ignorer.

Conclusion

Je ne crois pas qu’il faille entreprendre une guerre avec l’Uneq. Il faut exprimer sa colère, dire que nous n’avons pas été d’accord avec ce fonctionnement. C’est sain, c’est vital, c’est essentiel, c’est démocratique.

Je ne crois pas non plus qu’il faille mêler les choses. Peut-être que l’Uneq a des méthodes comptables qu’il faut questionner. Peut-être... Je ne sais pas, étant un médiocre comptable. Si nous avons des questions, il faut les formuler à l’intérieur des instances et en particulier lors de l’assemblée générale annuelle. Il serait très malsain et particulièrement nuisible et néfaste de semer des doutes dans l’esprit des organismes subventionnaires. Ils sont tatillons, exigeants, fatiguants et tous les prétextes sont bons pour retarder l’aide financière. C’est l’ancien président du Salon du livre du Saguenay-Lac-Saint-Jean qui te l’affirme. Je l’ai vécu et plus d’une fois. Il ne faut surtout pas que ce genre d’affirmations (non prouvées) circulent dans les officines gouvernementales. Tous les écrivains du Québec, région ou pas, seraient pénalisés par ce genre d’affirmation. Ne mêlons pas les choses. Ne galvaudons pas des propos semblables avant d’avoir posé les questions aux bonnes personnes. Je le répète, c’est malsain, dangereux, inacceptable. Agissons à l’intérieur de nos instances.

Quant aux frustrations vécues lors de l’assemblée générale, il n’en tient qu’à nous de faire respecter les statuts et règlements. Ce n’est pas en demandant une reprise des élections que l’Uneq sera plus démocratique. Je fais référence à Piazza. Il est normal et sain que les candidats et candidates sollicitent des gens pour voter. Charest et Bouchard ont fait cela pendant 33 jours. Pourquoi parler d’assemblée paquetée? En quinze ans de syndicalisme actif à la Fédération nationale des communications, ce fut toujours ainsi que la démocratie a été vécue. La belle improvisation dont semblent rêver certains nostalgiques est un prélude à l’anarchie et à la destruction, aux guerres intestines et aux prises de pouvoir qui finissent par tuer un organisme. Les exemples sont nombreux.

Et selon les statuts et règlements, si ta fameuse proposition avait été déposée au secrétariat un mois à l’avance, le conseil d’administration de l’Uneq n’aurait pu l’ignorer ni empêcher le débat. Il faut juste être mieux organisé et plus tactique quand nous voulons défendre des points de vue.

Re-conclusion

Le comité Trans-Québec existe. Il me semble que le répondant désigné, élu ou couronné ne pourra être qu’une courroie de transmission entre les régions et l’Uneq. Comment pourrait-il ou elle travailler sans la mobilisation des écrivains dans les associations? Comment? Est-ce seulement imaginable? Le délégué devra travailler en étroite collaboration avec les associations existantes et, dans les régions où ces associations n’existent pas, travailler à les former.

Le redécoupage du Québec causera des problèmes. Nous allons voir avec le temps. Pas facile d’arrimer la Côte-Nord avec nous. J’ai des appréhensions, après réflexion.

La structure formée aussi est très lourde. Un comité de neuf représentants, plus le président de l’Uneq, ce n’est plus un comité mais un conseil d’administration. Avec les 16 régions, ce serait l’Assemblée nationale. Il ne faut jamais oublier que c’est un comité QUE NOUS VOULONS. Il ne faut pas non plus négliger les coûts exorbitants qu’exigent ces comités qui doivent multiplier les transports, les réunions, les rencontres.

Cette désignation est une mesure temporaire qui durera un an. Est-ce sage d’entreprendre une bataille pour si peu de temps? La guerre risque d’être à peine enclenchée que la situation aura disparu.

Nous avons décidé de tenir des élections pour désigner nous même ce délégué en tenant un vote chez les membres de l’Uneq de la région. Est-ce sage? Après réflexion, il me semble que nous devrions attendre que l’Uneq pose le premier geste et ensuite nous ferons connaître notre accord ou notre désaccord. Passer immédiatement au vote, c’est comme déclarer la guerre à l’Uneq, ne pas reconnaître un vote démocratique majoritaire d’une assemblée générale souveraine. Cela, peu importe le brouhaha et la confusion. Il me semble que c’est terriblement contradictoire de ne pas tenir compte d’une décision d’une assemblée générale tout en brandissant la démocratie régionale.

Voilà ce que je tenais à te dire. Le débat est lancé et j’espère qu’il se tiendra sans colère, sans rancune, sans émotion nuisible, sans charge, sans tirer sur tout ce qui bouge et sans causer des dommages irrémédiables à l’Uneq comme à l’APES. Il faut avant tout chercher les intérêts supérieurs de tous les écrivains du Québec. Et si un Lézard sur le sujet doit naître, j’aimerais que l’on tienne compte de mon argumentation et que mon point de vue soit aussi publié dans ce numéro. Intégralement, comme dirait François Barcelo. Aussi, le faire parvenir à l’Interrégionale pour information. Gardons la tête froide et le coeur généreux.

Amicalement

Yvon Paré


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