Depuis
septembre 2001, l'APE-CN, par l'entremise de son président, avait travaillé
en collaboration avec le CRC, le CRCD et le CALQ à mettre sur pied ce que
l'on avait baptisé les « partis prix de la culture ». Étrange
nom qui veut bien dire ce que nous avions en tête. Un parti pris–pour les artisans,
pour les créateurs d'ici, qui s'investissent et investissent là où
ils s'obstinent à vivre, un parti pris pour la vie culturelle en région,
pour l'animation et la revitalisation de cette culture. Ce ne sont pas les fusions
municipales qui vont améliorer la situation malgré les grands discours.
La route du Parc des Laurentides reste invitante pour les créateurs, direction
ailleurs, méme si elle devient à quatre voies tout du long! Un comité
spécial avait été mis sur pied : Guy Blackburn, Agnès
Maltais, Benoît Lagrandeur, Daniel Hébert et moi-même devions
inventer quelque chose de nouveau.
Commençons
par le début. Une entente spécifique est possible dans les régions
entre le Conseil des Arts et Lettres du Québec et le Conseil régional
de concertation et de développement, pour venir en aide aux créateurs.
Dans le cas présent, on parle d'un montant de l00 000 $ par année,
la moitié venant du CRCD, l'autre du CALQ, La condition : inventer quelque
chose de différent de ce que fait déjà le CALQ. Il n'était
pas question au départ de donner des bourses de création, ou de subventionner
des projets de diffusion comme c'est déjà le cas. Et l'on voulait que
les créateurs bénéficient de cet argent, pas les organismes.
Le CALQ reconnaît huit disciplines artistiques : un artiste par catégorie.
On avait le choix entre "saupoudrer "–donner de petites sommes à
de nombreux créateurs –, ou accorder à un petit nombre de créateurs
un montant substantiel qui aurait des effets sur l'œuvre et la carrière du
lauréat ou de la lauréate. On a opté pour le montant substantiel
qui viendrait donner un coup de pouce à la carrière tout en conférant
une visibilité importante (grâce en particulier à tout un volet
promotionnel qui ferait partie de l'entente.)
Parti
pris en tout cas pour la région, pour la culture, pour rappeler à la
mémoire collective le travail des prédécesseurs (c'est ainsi
que nous aurions pu avoir en littérature un Parti Prix Gilbert Langevin...).
Le montant serait de 20 000 $ pour les créateurs établis, avec des
prix de 5000 $ à la relève. L'idée véritablement originale
était de n'en pas faire des bourses – elles sont imposables, ce qui retirerait
de l'efficace à ces sommes1.
Des prix, donc, qui seraient décernés une fois l'an, pas nécessairement
dans toutes les catégories, mais chaque fois qu'il y aurait une demande intéressante–car
(autre originalité), ce ne serait pas sur projet, mais... sur carrière,
en quelque sorte, pour des artistes déjà bien engagés dans leur
œuvre. Les jurés fonctionneraient selon les critères du CALQ.
Il
semblerait malheureusement que ce ne soit pas tout à fait la direction prise
par le dossier, pour des raisons essentiellement administratives. La machine bureaucratique
en place est lourde. Les ententes préexistantes prises entre les uns et les
autres (le CALQ et le gouvernement du Quétec, le CALQ et les CRCD) font en
sorte que décerner des prix sortirait trop des cadres.
On
a déjà pris des ententes avec d'autres régions, on créerait
un précédent, il faudrait changer le "cadre de référence"
du CALQ, alouette. Mais l'ensemble du projet aurait été accepté–montants
et volet promotionnel inclus, et avec le point essentiel d'une sélection qui
ne se fasse pas sur projet. Le comité directeur du CALQ se réunit en
septembre pour finaliser l'entente, ou du moins on l'espère. On ne peut pas
laisser passer une telle occasion, s'est-on dit. Et c'est absolument vrai. Mais c'est
aussi une belle occasion manquée de voir réellement pris le parti des
créateurs, et de reconnaître les difficiles réalités de
leur contribution à la culture dans leur propre milieu.
Note 1-
Rappel : Les prix sont défiscalisés. Dans les bourses, les frais de
production ne sont pas imposables; les frais de subsistance le sont; ce qui signife
en général pour les écrivains, dont les frais de produchon sont
quasiment nuls, un fardeau financier non négligeable à trainer dans
l'année suivante, puisqu il faut payer les impôts sur la bourse – et
une bourse de 20 000 $ peut aisément faire changer l'imposé de catégorie...
Le " répit " que celle-ci peut constituer est donc de bien courte
durée. D'où l'idée d'avoir des prix et non des bourses. Après
tout, des bourses, le CALQ et d'autres en donnaient déjà, et on nous
demandait d'être inventifs.