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Lézard # 16, Vol. 5 - SPÉCIAL SALON DU LIVRE 2002 Page 26 de 27

Les partis Prix régionaux

Yvon Paré

Depuis septembre 2001, l'APE-CN, par l'entremise de son président, avait travaillé en collaboration avec le CRC, le CRCD et le CALQ à mettre sur pied ce que l'on avait baptisé les « partis prix de la culture ». Étrange nom qui veut bien dire ce que nous avions en tête. Un parti pris–pour les artisans, pour les créateurs d'ici, qui s'investissent et investissent là où ils s'obstinent à vivre, un parti pris pour la vie culturelle en région, pour l'animation et la revitalisation de cette culture. Ce ne sont pas les fusions municipales qui vont améliorer la situation malgré les grands discours. La route du Parc des Laurentides reste invitante pour les créateurs, direction ailleurs, méme si elle devient à quatre voies tout du long! Un comité spécial avait été mis sur pied : Guy Blackburn, Agnès Maltais, Benoît Lagrandeur, Daniel Hébert et moi-même devions inventer quelque chose de nouveau.
Commençons par le début. Une entente spécifique est possible dans les régions entre le Conseil des Arts et Lettres du Québec et le Conseil régional de concertation et de développement, pour venir en aide aux créateurs. Dans le cas présent, on parle d'un montant de l00 000 $ par année, la moitié venant du CRCD, l'autre du CALQ, La condition : inventer quelque chose de différent de ce que fait déjà le CALQ. Il n'était pas question au départ de donner des bourses de création, ou de subventionner des projets de diffusion comme c'est déjà le cas. Et l'on voulait que les créateurs bénéficient de cet argent, pas les organismes. Le CALQ reconnaît huit disciplines artistiques : un artiste par catégorie. On avait le choix entre "saupoudrer "–donner de petites sommes à de nombreux créateurs –, ou accorder à un petit nombre de créateurs un montant substantiel qui aurait des effets sur l'œuvre et la carrière du lauréat ou de la lauréate. On a opté pour le montant substantiel qui viendrait donner un coup de pouce à la carrière tout en conférant une visibilité importante (grâce en particulier à tout un volet promotionnel qui ferait partie de l'entente.)
Parti pris en tout cas pour la région, pour la culture, pour rappeler à la mémoire collective le travail des prédécesseurs (c'est ainsi que nous aurions pu avoir en littérature un Parti Prix Gilbert Langevin...). Le montant serait de 20 000 $ pour les créateurs établis, avec des prix de 5000 $ à la relève. L'idée véritablement originale était de n'en pas faire des bourses – elles sont imposables, ce qui retirerait de l'efficace à ces sommes1. Des prix, donc, qui seraient décernés une fois l'an, pas nécessairement dans toutes les catégories, mais chaque fois qu'il y aurait une demande intéressante–car (autre originalité), ce ne serait pas sur projet, mais... sur carrière, en quelque sorte, pour des artistes déjà bien engagés dans leur œuvre. Les jurés fonctionneraient selon les critères du CALQ.
Il semblerait malheureusement que ce ne soit pas tout à fait la direction prise par le dossier, pour des raisons essentiellement administratives. La machine bureaucratique en place est lourde. Les ententes préexistantes prises entre les uns et les autres (le CALQ et le gouvernement du Quétec, le CALQ et les CRCD) font en sorte que décerner des prix sortirait trop des cadres.
On a déjà pris des ententes avec d'autres régions, on créerait un précédent, il faudrait changer le "cadre de référence" du CALQ, alouette. Mais l'ensemble du projet aurait été accepté–montants et volet promotionnel inclus, et avec le point essentiel d'une sélection qui ne se fasse pas sur projet. Le comité directeur du CALQ se réunit en septembre pour finaliser l'entente, ou du moins on l'espère. On ne peut pas laisser passer une telle occasion, s'est-on dit. Et c'est absolument vrai. Mais c'est aussi une belle occasion manquée de voir réellement pris le parti des créateurs, et de reconnaître les difficiles réalités de leur contribution à la culture dans leur propre milieu.

Note 1- Rappel : Les prix sont défiscalisés. Dans les bourses, les frais de production ne sont pas imposables; les frais de subsistance le sont; ce qui signife en général pour les écrivains, dont les frais de produchon sont quasiment nuls, un fardeau financier non négligeable à trainer dans l'année suivante, puisqu il faut payer les impôts sur la bourse – et une bourse de 20 000 $ peut aisément faire changer l'imposé de catégorie... Le " répit " que celle-ci peut constituer est donc de bien courte durée. D'où l'idée d'avoir des prix et non des bourses. Après tout, des bourses, le CALQ et d'autres en donnaient déjà, et on nous demandait d'être inventifs.


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