Quand on examine
la situation de la culture dans notre région, vue au niveau des organismes
plus ou moins gouvernementaux, on est parfois tenté de paraphraser la célèbre
phrase de Gandhi en réponse à la question "Que pensez-vous de
la civilisation occidentale ?" - Ce serait une bonne idée." Car
il semblerait bien que, aux yeux du MCC, ou du CRCD, ou de l'Association Touristique
Régionale (laquelle dispose d'un budget de 5 millions pour les projets en
région, rappel), la culture régionale, ce serait - et ce serait seulement
- une bonne idée.
Ou du moins cela paraît-il être le cas dans le domaine qui nous intéresse,
la littérature. Voyez par exemple le "beau projet structurant" (nous
a-t-on dit) de collaboration entre l'APES-CN, les écrivains et les artistes,
le Musée Louis Hémon et les Grands Jardins de Normandin : exposition
multi-média au Musée, installations de textes dans le Boisé
des Écrivains (voir en p. 31-32.), attribution par tirage d'une Bibliothèque
Idéale des auteurs de la région, superbement reliée, le tout
pour trois ans. Mais si ce n'était cette année de la générosité
du Conseil des Arts du Canada (!) et celle, un peu plus tardive, des Caisses Populaires
Desjardins, les artistes de la région - en particulier les écrivains
- auraient dû une fois de plus y subventionner la culture.
Mais
essayons de voir par l'autre bout de la lorgnette : des négociations sont
en cours (MCC, CALQ et CRCD) pour régionaliser une enveloppe budgétaire
visant à soutenir le développement culturel régional. Et (voir
en p. 30) on a presque réussi à décrocher un budget au CALQ
et au CRCD pour des bourses régionales de carrière destinées
à des artistes de la région produisant en région.
Et au
fait, qu'en est-il de la nouvelle ville ?
D'abord, précisons un point qui touche au nerf de la guerre : le budget municipal
de la culture n'a pas été coupé ; les divers budgets consacrés
à La Fabuleuse ont tous été reversés à sa Corporation
quand elle s'est constituée, voilà tout. Et on dit même que,
grâce aux enveloppes dicrétionnaires des conseillers, il y a eu depuis
une augmentation ponctuelle du budget de la culture.
Évidemment,
avec la fusion, il y a moins de personnel, rationalisation exige. Mais on jure qu'on
veut maintenir partout la qualité des services (un exercice de jonglerie qu'il
sera intéressant d'observer). Et de fait, ce n'est pas impossible si certains
changements de mentalité ont lieu, si on transforme la façon de travailler
ici et là - dans le respect des normes syndicales, évidemment. Un exemple
en est le dossier des bibliothèques (il nous tient à cœur, comme on
sait). Un des dossiers chauds, compte tenu de la minceur scandaleuse du soutien gouvernemental
(seules les acquisitions sont financées, pas le fonctionnement) ; ainsi, la
question de la gratuité devient alors cruciale, dans ses conséquences
: davantage de clientèle... et un plus grand besoin en services avec un personnel
supplémentaire qu'on paierait... avec quoi ? Il va falloir en décider
pour la nouvelle ville et le regroupement de ses bibliothèques.
Il est
certain en tout cas que la fusion entraîne une réorganisation massive
des services, avec tous les casse-tête administratifs que cela implique. Les
services culturels, en particulier ceux des terrains et équipements, ont joué
au pompier pendant l'été, - saison toujours très achalandée:
il fallait fournir à tout le monde ! Et maintenant, avec le répit relatif
de la rentrée, il va falloir systématiquement harmoniser les politiques
culturelles dont s'étaient dotées plusieurs villes, en pondérant
équitablement services et budgets selon les besoins et l'identité culturelle
de tel ou tel secteur, tout en continuant la réflexion amorcée il y
a plusieurs années pour mettre au point LA politique culturelle de la nouvelle
ville. On espère avoir terminé cette phase en janvier. Après
quoi on mettra au point un plan d'action visant à la reconnaissance et au
soutien des organismes culturels. À partir de ce plan, on négociera
avec le MCC une entente de trois ans pour le développement des arts et de
la culture, le ministère et la Ville étant de moitié chacun
dans le budget global - pas forcément des sommes renversantes, mais un levier
non négligeable dans plusieurs cas, et surtout des budgets qui s'ajoutent
aux programmes déjà existants.
Les relations des services culturels avec le MCC semblent plutôt bonnes, si
on en juge par l'effort qui a été fait dans le cadre des tournées
Rencontres-éducation - la petite plaquette distribuée dans les écoles
de la région est fort bien conçue ; les artistes, dont les membres
de l'APES-CN, verront bien si ces démarches portent fruit, mais l'initiative
est louable, et elle répond à une demande instante du milieu.
Quant
au fameux Conseil des Arts & de la Culture municipal il n'est pas encore tombé
dans les oubliettes et devrait être un développement logique du plan
d'action etc. Au moins existe-t-il désormais une Commission municipale des
Arts, de la Culture et des Événements, où trois conseillers
particulièrement motivés suivent les dossiers, M.-A. Gagnon, de La
Baie, J.-M. Beaulieu, ancien maire de Laterrière et Sylvie Gaudreault, de
Jonquière. Ce ne sont donc pas les répondants qui manquent dans la
nouvelle administration municipale. Il faudra juger sur pièces, au coup par
coup, en suivant avec attention les dossiers épineux - comme celui de la grande
salle de spectacle réclamée depuis longtemps et qui va continuer à
cause des frictions quant à sa localisation - les anciens réflexes
ont la vie dure. On n'a au reste jamais pensé qu'ils disparaîtraient
par magie avec le choix d'un nouveau nom pour la ville (il semble d'ailleurs que
la grogne continue au niveau fédéral, maintenant). Mais un nouveau
nom, c'est un bon début - en tant qu'écrivains, toujours confrontés
au pouvoir des mots, nous devons le croire, n'est-ce pas, et continuer à entretenir
l'espoir du changement.
|