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Lézard # 16, Vol. 5 - SPÉCIAL SALON DU LIVRE 2002 Page 11 de 27

Ville et culture

Élisabeth Vonarburg

Quand on examine la situation de la culture dans notre région, vue au niveau des organismes plus ou moins gouvernementaux, on est parfois tenté de paraphraser la célèbre phrase de Gandhi en réponse à la question "Que pensez-vous de la civilisation occidentale ?" - Ce serait une bonne idée." Car il semblerait bien que, aux yeux du MCC, ou du CRCD, ou de l'Association Touristique Régionale (laquelle dispose d'un budget de 5 millions pour les projets en région, rappel), la culture régionale, ce serait - et ce serait seulement - une bonne idée.
Ou du moins cela paraît-il être le cas dans le domaine qui nous intéresse, la littérature. Voyez par exemple le "beau projet structurant" (nous a-t-on dit) de collaboration entre l'APES-CN, les écrivains et les artistes, le Musée Louis Hémon et les Grands Jardins de Normandin : exposition multi-média au Musée, installations de textes dans le Boisé des Écrivains (voir en p. 31-32.), attribution par tirage d'une Bibliothèque Idéale des auteurs de la région, superbement reliée, le tout pour trois ans. Mais si ce n'était cette année de la générosité du Conseil des Arts du Canada (!) et celle, un peu plus tardive, des Caisses Populaires Desjardins, les artistes de la région - en particulier les écrivains - auraient dû une fois de plus y subventionner la culture.
Mais essayons de voir par l'autre bout de la lorgnette : des négociations sont en cours (MCC, CALQ et CRCD) pour régionaliser une enveloppe budgétaire visant à soutenir le développement culturel régional. Et (voir en p. 30) on a presque réussi à décrocher un budget au CALQ et au CRCD pour des bourses régionales de carrière destinées à des artistes de la région produisant en région.
Et au fait, qu'en est-il de la nouvelle ville ?
D'abord, précisons un point qui touche au nerf de la guerre : le budget municipal de la culture n'a pas été coupé ; les divers budgets consacrés à La Fabuleuse ont tous été reversés à sa Corporation quand elle s'est constituée, voilà tout. Et on dit même que, grâce aux enveloppes dicrétionnaires des conseillers, il y a eu depuis une augmentation ponctuelle du budget de la culture.
Évidemment, avec la fusion, il y a moins de personnel, rationalisation exige. Mais on jure qu'on veut maintenir partout la qualité des services (un exercice de jonglerie qu'il sera intéressant d'observer). Et de fait, ce n'est pas impossible si certains changements de mentalité ont lieu, si on transforme la façon de travailler ici et là - dans le respect des normes syndicales, évidemment. Un exemple en est le dossier des bibliothèques (il nous tient à cœur, comme on sait). Un des dossiers chauds, compte tenu de la minceur scandaleuse du soutien gouvernemental (seules les acquisitions sont financées, pas le fonctionnement) ; ainsi, la question de la gratuité devient alors cruciale, dans ses conséquences : davantage de clientèle... et un plus grand besoin en services avec un personnel supplémentaire qu'on paierait... avec quoi ? Il va falloir en décider pour la nouvelle ville et le regroupement de ses bibliothèques.
Il est certain en tout cas que la fusion entraîne une réorganisation massive des services, avec tous les casse-tête administratifs que cela implique. Les services culturels, en particulier ceux des terrains et équipements, ont joué au pompier pendant l'été, - saison toujours très achalandée: il fallait fournir à tout le monde ! Et maintenant, avec le répit relatif de la rentrée, il va falloir systématiquement harmoniser les politiques culturelles dont s'étaient dotées plusieurs villes, en pondérant équitablement services et budgets selon les besoins et l'identité culturelle de tel ou tel secteur, tout en continuant la réflexion amorcée il y a plusieurs années pour mettre au point LA politique culturelle de la nouvelle ville. On espère avoir terminé cette phase en janvier. Après quoi on mettra au point un plan d'action visant à la reconnaissance et au soutien des organismes culturels. À partir de ce plan, on négociera avec le MCC une entente de trois ans pour le développement des arts et de la culture, le ministère et la Ville étant de moitié chacun dans le budget global - pas forcément des sommes renversantes, mais un levier non négligeable dans plusieurs cas, et surtout des budgets qui s'ajoutent aux programmes déjà existants.
Les relations des services culturels avec le MCC semblent plutôt bonnes, si on en juge par l'effort qui a été fait dans le cadre des tournées Rencontres-éducation - la petite plaquette distribuée dans les écoles de la région est fort bien conçue ; les artistes, dont les membres de l'APES-CN, verront bien si ces démarches portent fruit, mais l'initiative est louable, et elle répond à une demande instante du milieu.
Quant au fameux Conseil des Arts & de la Culture municipal il n'est pas encore tombé dans les oubliettes et devrait être un développement logique du plan d'action etc. Au moins existe-t-il désormais une Commission municipale des Arts, de la Culture et des Événements, où trois conseillers particulièrement motivés suivent les dossiers, M.-A. Gagnon, de La Baie, J.-M. Beaulieu, ancien maire de Laterrière et Sylvie Gaudreault, de Jonquière. Ce ne sont donc pas les répondants qui manquent dans la nouvelle administration municipale. Il faudra juger sur pièces, au coup par coup, en suivant avec attention les dossiers épineux - comme celui de la grande salle de spectacle réclamée depuis longtemps et qui va continuer à cause des frictions quant à sa localisation - les anciens réflexes ont la vie dure. On n'a au reste jamais pensé qu'ils disparaîtraient par magie avec le choix d'un nouveau nom pour la ville (il semble d'ailleurs que la grogne continue au niveau fédéral, maintenant). Mais un nouveau nom, c'est un bon début - en tant qu'écrivains, toujours confrontés au pouvoir des mots, nous devons le croire, n'est-ce pas, et continuer à entretenir l'espoir du changement.

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