Plusieurs dossiers et articles du Lézard
ont déjà essayé de vous tenir au courant de ce qui se passe
dans le domaine mouvant et rapidement changeant des nouveaux médias électroniques.
Les technologies de communication reposent toujours principalement sur les mots,
qu’on y ajoute ou non des images et des sons. Les écrivains, êtres de
langage, y sont donc intéressés au premier chef, ou devraient l’être
(nous avons d’ailleurs remarqué qu’une quantité non négli-geable
de nos nouveaux membres sont “branchés”...).
Mais c’est moins de ces nouveaux médias que nous désirons vous entretenir
ce mois-ci que de leurs conséquences, et moins sur notre outil de travail
que sur le fruit de ce travail, c’est-à-dire le droit d’auteur.
Les droits d’auteur ont été une longue et lente conquête des
artistes depuis le 19e siècle. Dans l’accélération frénétique
de la fin du siècle dernier, on les a vus d’abord confirmés (par exemple
le Statut de l’Artiste au Canada) et menacés — par la philosophie géné-rale
du free for all qui a accompagné l’explosion de l’internet, aussi bien chez
des consommateurs que chez certains de ceux qui leur fournissent de quoi consommer,
petites compa-gnies ou vastes conglomérats. Le dernier plat en date, au banquet
de la marchandisation générale de la vie humaine, c’est ce qu’on a
nommé “la propriété intellectuelle”. On a même inventé
un nouvelle expression bien décorative pour désigner les nouvelles
industries qui s’en nourrissent : l’économie du savoir. En ce qui concerne
les créateurs, et en particulier les artistes, cette économie du savoir
consiste à savoir faire l’économie d’y payer les producteurs de contenu.
Ceux d’entre vous qui participent aux tournées-rencontres dans les écoles
ont certainement dû, comme moi, se faire poser la question qui tue : “Ça
rapporte-tu ben gros, coudon, d’être écrivain ?” Quant à moi,
je prends une craie, je me tourne vers le tableau et je fais faire quelques exercices
d’arithmétique simple à la joyeuse marmaille. Soit au Québec
un livre tiré à, disons, 3000 exemplaires, et vendu à, disons
20 $ (j’exagère toujours quel-que peu, par pudeur sans doute). 60 000 $ !
Je vois des signes de piasses s’allumer dans les yeux de mon auditoire. L’auteur
en touche 10%. 6000 $, wow quand même, disent-ils. Sur les exemplaires vendus,
précisè-je, et d’enchaîner alors sur les différentes ava-nies
de la distribution/vente réelle. Mais disons que, sur la durée de vie
moyenne d’un livre, trois ans, on en vend la moitié. Les bolés en maths
murmurent “3000$”. Sur trois ans, leur rappèlje. Les visages deviennent de
plus en plus incrédules. 1000 dollars par an. Moins de 90 $ par mois. Le coup
de grâce consiste à leur rappeler que l’auteur a parfois mis plus de
trois ans pour produire le roman en question. Silence de mort dans la classe.
Tout ceci pour rappeler que les droits d’auteur — si minimes soient-ils — sont le
légitime salaire d’un travail, et qu’il ne doit pas être abandonné
gracieusement pour un oui ou un non à n’importe qui, éditeurs traditionnels
ou non, et surtout pas ceux des nouveaux médias, avec l’argument “oui-mais-ça-me-fait-de-la-publicité”,
sur-tout si on a derrière soi au moins dix années de pratique — et
de dons gracieux pour-la-publicité. Les écrivains qui débutent,
passe encore, c’est un investissement à terme. Les seuls autres écrivains
qui peuvent se le permettre sont ceux qui ont un succès fou (et bien payé)
et/ou “une job steady” — et encore rendent-ils un terriblement mauvais service à
l’ensemble de la profession en entretenant chez ceux qui emploient /utilisent /exploitent
les écrivains une culture de la gratuité, voire du dilettantisme, qui
dévalorise notre travail.
Revoici donc un autre petit dossier sur les nouveaux médias, sous l’angle
cette fois de la globalisation. D’une part, un article sur les écrivains-pigis-tes,
qui vous semblera peut-être ne concerner que les journalistes — exa-minez alors
ici vos éventuels réflexes quant à ceux-ci, du côté
de “ce ne sont pas de vrais écrivains”, et faites-les taire, car “pigistes”,
c’est-à-dire à notre propre compte, nous le sommes tous — il n’y a
plus, que je sache, de Mécène. Dans le monde nouveau de l’internet,
la solidarité est plus que jamais de mise parmi les “créateurs de contenu”.
Vous trouverez par ailleurs avec la permission de ses auteures, un article sur le
nouveau réseau de lois et d’institutions qui visent à encadrer mondialement
la propriété intellectuelle — et la culture.
En effet, à la fin août, pratiquement “en douce”, car la nouvelle en
a été à peine annoncée et les organisations culturelles
ont dû pédaler comme des folles pour fournir, le gouvernement canadien
a annnoncé qu’il mettait en ligne son “Document de consultation sur le droit
d’auteur à l’ère numérique” (50 pages absconses) et qu’il invitait
les intéressés à donner leurs commentaires, date-limite le 15
septembre. Le Canada doit légiférer sur le sujet parce qu’il a signé
des traités sous les auspices de l’Organisation Mondiale de la Propriété
Intellectuelle (OMPI) en 1996. Le saviez-vous ?
Si donc vous voulez avoir une idée de la sauce à laquelle nous (et
pas seulement nous) risquons d’être mangés, lisez donc ce qui suit....
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