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Lézard # 15, Vol. 4 - SPÉCIAL SALON DU LIVRE 2001

l'APES

APES

 

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DOSSIER ÉLECTRONIQUE-NIQUE
Plusieurs dossiers et articles du Lézard ont déjà essayé de vous tenir au courant de ce qui se passe dans le domaine mouvant et rapidement changeant des nouveaux médias électroniques. Les technologies de communication reposent toujours principalement sur les mots, qu’on y ajoute ou non des images et des sons. Les écrivains, êtres de langage, y sont donc intéressés au premier chef, ou devraient l’être (nous avons d’ailleurs remarqué qu’une quantité non négli-geable de nos nouveaux membres sont “branchés”...).

Mais c’est moins de ces nouveaux médias que nous désirons vous entretenir ce mois-ci que de leurs conséquences, et moins sur notre outil de travail que sur le fruit de ce travail, c’est-à-dire le droit d’auteur.

Les droits d’auteur ont été une longue et lente conquête des artistes depuis le 19e siècle. Dans l’accélération frénétique de la fin du siècle dernier, on les a vus d’abord confirmés (par exemple le Statut de l’Artiste au Canada) et menacés — par la philosophie géné-rale du free for all qui a accompagné l’explosion de l’internet, aussi bien chez des consommateurs que chez certains de ceux qui leur fournissent de quoi consommer, petites compa-gnies ou vastes conglomérats. Le dernier plat en date, au banquet de la marchandisation générale de la vie humaine, c’est ce qu’on a nommé “la propriété intellectuelle”. On a même inventé un nouvelle expression bien décorative pour désigner les nouvelles industries qui s’en nourrissent : l’économie du savoir. En ce qui concerne les créateurs, et en particulier les artistes, cette économie du savoir consiste à savoir faire l’économie d’y payer les producteurs de contenu.

Ceux d’entre vous qui participent aux tournées-rencontres dans les écoles ont certainement dû, comme moi, se faire poser la question qui tue : “Ça rapporte-tu ben gros, coudon, d’être écrivain ?” Quant à moi, je prends une craie, je me tourne vers le tableau et je fais faire quelques exercices d’arithmétique simple à la joyeuse marmaille. Soit au Québec un livre tiré à, disons, 3000 exemplaires, et vendu à, disons 20 $ (j’exagère toujours quel-que peu, par pudeur sans doute). 60 000 $ ! Je vois des signes de piasses s’allumer dans les yeux de mon auditoire. L’auteur en touche 10%. 6000 $, wow quand même, disent-ils. Sur les exemplaires vendus, précisè-je, et d’enchaîner alors sur les différentes ava-nies de la distribution/vente réelle. Mais disons que, sur la durée de vie moyenne d’un livre, trois ans, on en vend la moitié. Les bolés en maths murmurent “3000$”. Sur trois ans, leur rappèlje. Les visages deviennent de plus en plus incrédules. 1000 dollars par an. Moins de 90 $ par mois. Le coup de grâce consiste à leur rappeler que l’auteur a parfois mis plus de trois ans pour produire le roman en question. Silence de mort dans la classe.

Tout ceci pour rappeler que les droits d’auteur — si minimes soient-ils — sont le légitime salaire d’un travail, et qu’il ne doit pas être abandonné gracieusement pour un oui ou un non à n’importe qui, éditeurs traditionnels ou non, et surtout pas ceux des nouveaux médias, avec l’argument “oui-mais-ça-me-fait-de-la-publicité”, sur-tout si on a derrière soi au moins dix années de pratique — et de dons gracieux pour-la-publicité. Les écrivains qui débutent, passe encore, c’est un investissement à terme. Les seuls autres écrivains qui peuvent se le permettre sont ceux qui ont un succès fou (et bien payé) et/ou “une job steady” — et encore rendent-ils un terriblement mauvais service à l’ensemble de la profession en entretenant chez ceux qui emploient /utilisent /exploitent les écrivains une culture de la gratuité, voire du dilettantisme, qui dévalorise notre travail.

Revoici donc un autre petit dossier sur les nouveaux médias, sous l’angle cette fois de la globalisation. D’une part, un article sur les écrivains-pigis-tes, qui vous semblera peut-être ne concerner que les journalistes — exa-minez alors ici vos éventuels réflexes quant à ceux-ci, du côté de “ce ne sont pas de vrais écrivains”, et faites-les taire, car “pigistes”, c’est-à-dire à notre propre compte, nous le sommes tous — il n’y a plus, que je sache, de Mécène. Dans le monde nouveau de l’internet, la solidarité est plus que jamais de mise parmi les “créateurs de contenu”. Vous trouverez par ailleurs avec la permission de ses auteures, un article sur le nouveau réseau de lois et d’institutions qui visent à encadrer mondialement la propriété intellectuelle — et la culture.

En effet, à la fin août, pratiquement “en douce”, car la nouvelle en a été à peine annoncée et les organisations culturelles ont dû pédaler comme des folles pour fournir, le gouvernement canadien a annnoncé qu’il mettait en ligne son “Document de consultation sur le droit d’auteur à l’ère numérique” (50 pages absconses) et qu’il invitait les intéressés à donner leurs commentaires, date-limite le 15 septembre. Le Canada doit légiférer sur le sujet parce qu’il a signé des traités sous les auspices de l’Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle (OMPI) en 1996. Le saviez-vous ?

Si donc vous voulez avoir une idée de la sauce à laquelle nous (et pas seulement nous) risquons d’être mangés,
lisez donc ce qui suit....

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Dernière révision : 11 octobre 2001

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Raymond-Marie Lavoie