Cet
automne, je vis la rentrée de mes rêves : lecture, écriture,
horticulture, lecture, infrastructure, lecture, puis l’écriture encore. C’est-y
pas merveilleux ! En fait, ça pourrait ressembler au bonheur s’il n’y avait
pas cette histoire de fusion forcée qui vient me chercher au plus profond.
Ceux et celles qui ont lu mes articles dans Le Quotidien ou dans Ici le fjord ont
d’ailleurs pu s’en rendre compte.
En
long et en pas trop large, faut quand même pas exagérer sur l’espace
béni, j’y ai exposé l’essentiel des arguments qui expliquent la résistance
baieriveraine. Alors que les pouvoirs s’annulent dans l’agglomération Chicoutimi-Jonqui-ère,
(joli nom pour une ville, en passant), la petite ville périphérique
déjà très bien organisée ne peut qu’être perdante.
À titre d’exemple, je discutais cet après-midi avec Anne Lebel qui
dirige la bibliothèque municipale. Ce qu’elle redoute, c’est d’être
bientôt noyée dans un dédale fonctionnarisé alors que
présentement, tout est tellement simple. En fait, elle a peur de perdre les
bons et les mauvais côtés de la petite organisation efficace.
Crainte
justifiée, et on n’a pas encore parlé du projet de la Nouvelle bibliothèque
de près de 5 millions avec son Hall Julien-Edouard-Alfred-Dubuc (fondateur
de Port-Alfred, paroisse Saint-Édouard) qui donnerait d’une part sur la bibliothèque,
et d’autre part sur deux ou trois petites salles de cinéma. Qu’adviendra-t-il
de ce projet culturel de près de 10 millions parrainé par Lise Bissonnette
elle-même, et que le CA de la bibliothèque (dont je fais partie) a déjà
présenté au pouvoir local ? Nul ne le sait, mais on peut déjà
présumer que 10 millions pour La Baie (22 000 habitants), ça ne passera
pas comme lettre à la poste. Soyons logique ! Si la bibliothèque de
Chicoutimi (65 000 habitants) faisait dans les 6 millions, le Centre national des
Arts de Jonquière (60 000 habitants) dans les 9 millions, ici, on devra probablement
se contenter de 2 millions. Un beau dépôt de livres chromé dans
le style XIXe siècle, et surtout, pas question de hall et de salles
de cinéma ; ils n’auront qu’à s’établir en ville !
Et
dire que bien avant l’arrivée dans le décor de l’astie de fusion forcée,
soit au printemps 1999, nous avions prévu ouvrir au printemps 2003, et le
conseil municipal avait pris position en ce sens. Eh bien, non ! Tassez-vous, les
caves ; on arrive ! Bientôt, en bons comp-tables près de mes propres
sous, ils décideront sur la rue Racine de ce qui est sain ou ne l’est pas
pour la puante, bruyante, laide et banale périphérie. Vous voyez donc
pourquoi ça vient me chercher – moi qui étais revenu dans le coin pour
développer la culture.
Dites-moi,
collègues que j’admire au plus haut point, étais-je naïf ou prétentieux
lorsqu’un bon matin j’ai quitté le Plateau Mont-Royal pour revenir m’installer
dans mon trou portuaire maintenant voué au silence ? Et puis, il y a la pression
conjuguée de tous ces petits et grands pouvoirs pointés sur la cible
parfaite que nous sommes, nous, ces empêcheurs de fusionner en rond qui refusent
la civilisation. La croix est parfois lourde à porter, je vous jure.
En
passant, je ne sais pas si vous lisez Le Progrès-Dimanche, mais Richard Banford
nous a sorti l’incroyable “querelle intestinale”. Non mais, d’où il sort,
cet inculte ? Et il a le culot de nous faire la morale. Pas plus tard que tout de
suite, je vous fais part de ma réplique parue dans Ici le fjord, un hebdomadaire
de La Baie : “J’ai lu ça dans un journal dominical, et je me suis mis à
rire. Querelle intestinale, ça ne se dit pas ! Il n’y a pas faute de français,
mais faute d’intelligence. En huitième année, ici même à
La Baie, mon super-prof de latin qui se reconnaîtra sans doute nous a bien
montré la subtile différence entre les adjectifs intestine et intestinale.
Une querelle intestine, ce serait exactement ce qui se passe présentement
dans le dossier des fusions. Une querelle intestinale, c’est une vulgaire tempête
de marde. Toute une nuance !” Bref, c’est un peu ça, ma vie portuaire, et
cette histoire tordue m’empêche souvent de dormir. C’est bien malheureux. Sinon,
je filerais le bonheur plus que parfait.
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