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Lézard # 15, Vol. 4 - SPÉCIAL SALON DU LIVRE 2001

l'APES

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Ma vie portuaire

par André Girard


Photo de Andre GirardCet automne, je vis la rentrée de mes rêves : lecture, écriture, horticulture, lecture, infrastructure, lecture, puis l’écriture encore. C’est-y pas merveilleux ! En fait, ça pourrait ressembler au bonheur s’il n’y avait pas cette histoire de fusion forcée qui vient me chercher au plus profond. Ceux et celles qui ont lu mes articles dans Le Quotidien ou dans Ici le fjord ont d’ailleurs pu s’en rendre compte.
En long et en pas trop large, faut quand même pas exagérer sur l’espace béni, j’y ai exposé l’essentiel des arguments qui expliquent la résistance baieriveraine. Alors que les pouvoirs s’annulent dans l’agglomération Chicoutimi-Jonqui-ère, (joli nom pour une ville, en passant), la petite ville périphérique déjà très bien organisée ne peut qu’être perdante. À titre d’exemple, je discutais cet après-midi avec Anne Lebel qui dirige la bibliothèque municipale. Ce qu’elle redoute, c’est d’être bientôt noyée dans un dédale fonctionnarisé alors que présentement, tout est tellement simple. En fait, elle a peur de perdre les bons et les mauvais côtés de la petite organisation efficace.
Crainte justifiée, et on n’a pas encore parlé du projet de la Nouvelle bibliothèque de près de 5 millions avec son Hall Julien-Edouard-Alfred-Dubuc (fondateur de Port-Alfred, paroisse Saint-Édouard) qui donnerait d’une part sur la bibliothèque, et d’autre part sur deux ou trois petites salles de cinéma. Qu’adviendra-t-il de ce projet culturel de près de 10 millions parrainé par Lise Bissonnette elle-même, et que le CA de la bibliothèque (dont je fais partie) a déjà présenté au pouvoir local ? Nul ne le sait, mais on peut déjà présumer que 10 millions pour La Baie (22 000 habitants), ça ne passera pas comme lettre à la poste. Soyons logique ! Si la bibliothèque de Chicoutimi (65 000 habitants) faisait dans les 6 millions, le Centre national des Arts de Jonquière (60 000 habitants) dans les 9 millions, ici, on devra probablement se contenter de 2 millions. Un beau dépôt de livres chromé dans le style XIXe siècle, et surtout, pas question de hall et de salles de cinéma ; ils n’auront qu’à s’établir en ville !
Et dire que bien avant l’arrivée dans le décor de l’astie de fusion forcée, soit au printemps 1999, nous avions prévu ouvrir au printemps 2003, et le conseil municipal avait pris position en ce sens. Eh bien, non ! Tassez-vous, les caves ; on arrive ! Bientôt, en bons comp-tables près de mes propres sous, ils décideront sur la rue Racine de ce qui est sain ou ne l’est pas pour la puante, bruyante, laide et banale périphérie. Vous voyez donc pourquoi ça vient me chercher – moi qui étais revenu dans le coin pour développer la culture.
Dites-moi, collègues que j’admire au plus haut point, étais-je naïf ou prétentieux lorsqu’un bon matin j’ai quitté le Plateau Mont-Royal pour revenir m’installer dans mon trou portuaire maintenant voué au silence ? Et puis, il y a la pression conjuguée de tous ces petits et grands pouvoirs pointés sur la cible parfaite que nous sommes, nous, ces empêcheurs de fusionner en rond qui refusent la civilisation. La croix est parfois lourde à porter, je vous jure.
En passant, je ne sais pas si vous lisez Le Progrès-Dimanche, mais Richard Banford nous a sorti l’incroyable “querelle intestinale”. Non mais, d’où il sort, cet inculte ? Et il a le culot de nous faire la morale. Pas plus tard que tout de suite, je vous fais part de ma réplique parue dans Ici le fjord, un hebdomadaire de La Baie : “J’ai lu ça dans un journal dominical, et je me suis mis à rire. Querelle intestinale, ça ne se dit pas ! Il n’y a pas faute de français, mais faute d’intelligence. En huitième année, ici même à La Baie, mon super-prof de latin qui se reconnaîtra sans doute nous a bien montré la subtile différence entre les adjectifs intestine et intestinale. Une querelle intestine, ce serait exactement ce qui se passe présentement dans le dossier des fusions. Une querelle intestinale, c’est une vulgaire tempête de marde. Toute une nuance !” Bref, c’est un peu ça, ma vie portuaire, et cette histoire tordue m’empêche souvent de dormir. C’est bien malheureux. Sinon, je filerais le bonheur plus que parfait.

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Dernière révision : 11 octobre 2001

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Raymond-Marie Lavoie