11 septembre 2001. Bienvenue dans le troisième
millénaire.
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© Photo
Lalumière
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“Depuis le mardi 11 septembre”, ai-je entendu dire
à un journaliste américain, alors que je sautais d’une chaîne
à l’autre, “L’Empire State Building est de nouveau, pour la première
fois depuis trente ans, le plus haut édifice de New-York.”
J’ai entendu cette phrase reprise sur une chaîne francophone.
N’a-t-on rien appris, rien compris ?
“Ceux qui ignorent le passé, dit-on, sont condamnés à le répéter.”
Un de mes collègues auteur de science-fiction a remarqué à juste
titre : “Ceux qui connaissent le passé sont aussi condamnés à
le répéter”. C’est une vision bien sombre de l’Histoire, mais nous
en avons trop d’exemples aujourd’hui pour nier qu’il ait raison aussi.
Laquelle choisir de ces deux impasses ? Je ne peux quant à moi choisir que
la seconde, parce qu’elle implique malgré tout la connaissance, et m’efforcer
de lui trouver une sortie en questionnant la fatalité de la “condamnation”.
Condamnés par qui, par quoi ?
Par rien d’autre, et nul autre, que nous-mêmes. Une condamnation relative,
qu’on peut s’efforcer de comprendre, et de dépasser.
Imaginer. C’est ce que j’ai fait toute cette semaine pour repousser le désespoir,
et son frère noir, le cynisme. Imaginer des scénarios, comme une prière,
ma seule prière possible, moi qui écris des histoires. Imaginer des
scénarios, essayer d’en trouver un qui ne soit pas l’apocalypse générale,
à travers ce qui pourrait être la première véritable guerre
déclarée des riches et des pauvres — trop facile, la fin-du-monde,
dira-t-on, mais tout est redevenu possible en novembre 2000 avec “l’élection”
d’un président républicain dont une vieille garde de la guerre froide
et de la droite américaine tire les ficelles — ni l’apocalypse en douceur
de la démocratie. Benjamin Franklin a écrit “Ceux qui sont prêt
à sacrifier la liberté à la sécurité ne méritent
ni la liberté ni la sécurité”. Y a-t-il beaucoup de gens qui
pensent ainsi aujourd’hui dans le monde occidental ? On doit espérer qu’il
y en ait beaucoup. On doit craindre que la majorité ne se trouvent pas aux
commandes des états.
Imaginer. Imaginer les conditions de la paix, de la générosité,
du dialogue. Imaginer la fin de tous les fanatismes arc-boutés les uns contre
les autres dans une étreinte obscène... Imaginez. Il n’y a pas quelqu’un
qui a écrit une chanson là-dessus, autrefois ? Un Anglais doux-dingue
qui vivait à New York. Il s’est fait descendre devant son immeuble par un
Américain dérangé avide de ses quinze minutes de gloire.
Imaginer. Résister. Parce que si nous baissons les bras, si nous laissons
la propagande des uns et des autres penser et désirer à notre place,
alors, oui, nous sommes condamnés, à jamais, à répéter
les horreurs du passé.
Élisabeth Vonarburg
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