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Lézard # 13-14, Vol. 4 - Spécial double

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Mini-dossier : “La langue à terre” (suite)

Lors du passage dans notre région de la Commission Larose, plusieurs de nos membres ont présenté des mémoires. En voici trois dont nous avons pu nous procurer les textes , par Danielle Dubé , Yvon Paré et Élisabeth Vonarburg.

La littérature
comme défense et illustration de la langue

par Yvon Paré

Photo de Yvon Pare

Yvon Paré, président de l'APES

«Il semble que le discours romanesque et poétique soit ordinairement en avance sur celui des idéologies et des sciences sociales, ce qui en fait un témoin précieux de l’évolution culturelle du Nouveau Monde, un confident de ses ambiguïtés, de ses angoisses et de ses réorientations.»
Gérard Bouchard
«Genèse des nations et cultures du Nouveau Monde
»

La Charte de la langue française a eu pour effet au cours des dernières années de clarifier les règles au Québec, le français devenant la langue de tous les Québécois.
Cependant, il ne suffit pas de promulguer une loi pour que tout soit réglé.
Si l’aspect législatif permet de fixer des balises, de créer un environnement, il faut par la suite différentes mesures pour assurer la prépondérance du français partout au Québec, dans ses institutions et la vie de tous les jours.
L’outil par excellence pour y arriver demeure la littérature, ce “lieu” où des hommes et des femmes tentent de nous traduire dans nos hésitations et nos questionnements, dans nos différences et nos obstinations.

Là encore, et comme dans les autres collectivités neuves, c’est la littérature qui livre le témoignage le plus explicite des efforts visant à donner des contenus symboliques à la destinée manifeste d’une nation.

Gérard Bouchard

La vitalité, la diversité, l’inventivité et l’originalité de la littérature québécoise ne sont plus à démontrer. Les publications se multiplient sur les territoires du Québec et l’apport des immigrants au cours de la dernière décennie en a fait une mosaïque intéressante et singulière.
Le français dans la littérature québécoise est vigoureux, retors, inventif, particulier et pourrait servir de modèle à toute la francophonie, particulièrement dans le domaine de la traduction.
Si, comme le dit encore Gérard Bouchard, “la littérature est en quelque sorte un site privilégié d’observation”, il devient essentiel, vital, que le plus grand nombre de Québécois, peut importe l’endroit où ils ont choisi d’habiter et de vivre sur le territoire du Québec, ait accès à cette littérature.
Est-ce utopique de croire que certaines mesures peuvent faire en sorte que les Québécois lisent d’abord les écrivains du Québec et arrivent à mieux se comprendre dans leurs hésitations, leurs questionnements et leurs ambiguïtés ?

Regard favorable

Bien sûr, je ne prône pas l’isolement ou le repli sur soi. Pourtant, il y a un écart entre être “ouvert au monde” et livrer quasi tout son espace aux visiteurs. Il me semble important de questionner l’ensemble du monde qui gravite autour du livre pour en faire la promotion et la diffusion.
Des cahiers dans nos grands journaux, des revues spécialisées, des émissions à la télévision et à la radio diffusent la littérature québécoise mais demeurent particulièrement sensibles aux écrivains qui nous arrivent de France. Il faut leur faire une place, bien sûr, mais jamais les accueillir comme s’ils débarquaient en territoire conquis et acquis.
Souvent, au moindre prétexte, nous devenons minoritaires dans nos propres médias. Sans aller jusqu’à adopter la politique des grands journaux américains qui ne recensent et ne critiquent que les livres édités aux États-Unis, il y a des mesures à prendre.
Nous avons le devoir de nous choisir.

Des exemples

Le gouvernement fédéral par le biais du CRTC a cru bon d’imposer des quotas pour préserver la chanson française au Canada. Il serait intéressant d’envisager des mesures similaires pour assurer la promotion de la littérature d’ici... Est-il anormal et dictatorial de faire en sorte que notre littérature soit prioritaire, la plus visible et la plus discutée dans les cahiers littéraires, dans les revues subventionnées et dans les émissions de télévision et de radio consacrées à l’écriture ?
Pourquoi un réseau comme la Presse Canadienne n’a-t-il pas de chroniqueur littéraire quand la télévision a la sienne ? Certains réseaux nationaux (radio et distribution par câble) se trouveraient fort dépourvus devant une mesure semblable, parce qu’ils ignorent le monde de la littérature.
Est-ce utopique de croire que Télé-Québec doit jouer son rôle de diffuseur de la culture québécoise ? Une émission sur le livre bien faite a ses habitués et son public fidèle. Le succès de Bernard Pivot au Québec le démontre clairement.
Télé-Québec a le devoir de présenter une émission de fond qui n’évite pas le livre mais l’aborde sans détour. Télé-Québec ne peut justifier son existence qu’en diffusant la culture du Québec, et le livre constitue un élément incontournable de cette culture.
La littérature québécoise doit être présente dans tous les médias pour que les Québécois se reconnaissent et apprennent à se respecter. Certains médias seraient transformés si une politique de présence et d’attention était exigée.

Les bibliothèques

Le gouvernement, après la tenue d’une Commission parlementaire, a cru bon d’exiger 6000 titres, dont 2000 titres québécois, pour agréer une librairie au Québec. Un pas dans la bonne direction même si nous demeurons minoritaires dans nos propres lieux de diffusion. Qu’en est-il dans les bibliothèques ? Quel pourcentage va à la production d’ici ? Quelle proportion des budgets de nos bibliothèques publiques et scolaires va à l’achat de livres d’écrivains du Québec ?
Pourquoi les bibliothèques publiques et scolaires du Québec n’achètent-elles pas systématiquement des exemplaires de la production littéraire québécoise des maisons d’éditions agréés ? Voilà une manière de soutenir l’édition par la diffusion et l’achat.
Il n’est pas vrai que le livre soit accessible partout au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Si les villes de Chicoutimi, Jonquière et Alma sont assez bien pourvues, le reste du territoire est laissé au bon vouloir d’une papeterie déguisée en librairie. Certains lecteurs doivent s’entêter pour arriver à se procurer des livres d’auteurs québécois.
Si on a réussi à amener le vin partout sur le territoire du Québec par la Société des Alcools, ne serait-il pas normal d’en faire tout autant pour le livre québécois avec des mesures appropriées et originales ?
Il y a mille manières de diffuser le livre, qu’il serait trop long de développer ici. Mais les Salons du Livre dans neuf régions du Québec ont fait la preuve que les livres et les écrivains peuvent devenir des centres d’attractions et des lieux très fréquentés et appréciés du grand public.

Quelques questions

Comment expliquer que la littérature québécoise soit enseignée dans une vingtaine d’universités américaines, en France, en Belgique, en Pologne, en Allemagne et même au Mexique ? Il y a une étudiante en Pologne qui fait sa thèse de doctorat sur Sergio Kokis…
Comment expliquer alors qu’à l’Université du Québec à Chicoutimi, il n’y ait aucun cours sur les écrivains du Saguenay-Lac-Saint-Jean ? Comment expliquer le même vide embarrassant dans les cégeps de la région ?
Une véritable politique du livre et de la lecture s’impose et doit miser sur l’animation et la diffusion partout au Québec. Une politique du livre et de la lecture doit aussi se préoccuper de l’achat des livres par les lecteurs afin de favoriser l’émergence de bibliothèques fami-liales où les titres des écrivains du Québec trouveront une niche. Des mesures fiscales appropriées pour les lecteurs permettront d’offrir au peuple québécois ses meilleurs écrivains.
La survie de la langue française n’est possible qu’à ce prix. Il en va aussi de l’avenir de cette société distincte et francophone en Amé-rique du Nord.

Yvon Paré

Le syndrome de la langue molle
par Danielle Dubé

La littérature comme défense et illustration de la langue
par Yvon Paré

Au pied du mur des lamentations
par Élisabeth Vonarburg)

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Dernière révision : 6 février 2001

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Raymond-Marie Lavoie