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Les 9 et 10 décembre derniers ont eu
lieu à Montréal des assemblées des membres de l’Uneq. Une forte
délégation de l’APES s’y est rendue (Yvon Paré, André
Girard, moi-même, Danielle Dubé, qui a également participé
à la réunion antérieure du Comité trans-Québec des régions), Maurice Cadet, F.X. Simard). Les sujets débattus
dans ces assemblées ne concernaient pas uniquement les membres de l’Uneq mais
bien l’ensemble des écrivains québécois, de la littérature
québécoise. En effet, et par exemple, les activités de l’Uneq
intersectent sur plusieurs plans celles des régions (Festival de la littérature
et autres événements organisés par l’Uneq), et ses dossiers
ont un impact sur la vie de tous les écrivains, qui bénéficient
de ses réussites (statut de l’artiste, fond d’aide aux écrivains, défense
légale, etc.) comme des structures et ressources qu’elle a mises ou va remettre
en place (site web, pages d’écrivains sur le site de l’ILE, forum électronique).
C’est pourquoi il m’a semblé nécessaire de vous en faire un compte
rendu.
Ce ne sera pas un “post morten”, comme on dit
d’ordinaire, mais plutôt, à mon sens, un “post-resuscitationem”. En
effet, après plusieurs années d’inquiétudes devant des maladresses,
des incompréhensions et des dérives antidémocratiques, j’ai
vu, je crois, une organisation essentielle de l’institution littéraire québécoise
revenir à la vie, en revenant à ses membres. Car c’est ce qui ressort
pour moi des débats comme des décisions prises pendant cette fin de
semaine : une réaffirmation du pouvoir de l’assemblée générale
(et du membership) face à des tentations qui concentraient trop de pouvoir
entre les mains des CA, si bien intentionnés puissent-t-ils être.
Il y avait pas moins de trois assemblées,
concentrées sur deux journées — un laps de temps assez absurde compte
tenu de l’importance des sujets débattus, mais c’était mieux que rien
pour ceux qui, comme moi, réclamaient depuis longtemps une véritable
discussion des problèmes existant au sein de l’association.
Une première assemblée visait à réformer en profondeur
les statuts et règlements de l’Uneq ; leur dernière mouture date
en effet de 1996, quantité d’amendements pris en assemblée depuis y
avaient introduit beaucoup de désordre — et le changement rapide de la société
et des technologies rendait une refonte nécessaire. Intention salutaire donc,
et approuvée comme telle par les membres, qui ont cependant rejeté
en bloc la refonte proposée — trop importante pour être votée
ainsi sans réelle discussion. On ira en congrès d’orientation l’an
prochain (une réclamation de longue date de plusieurs membres, et du comité
des régions). Pour ce faire, initiative louable proposée par ce comité,
on ira consulter les membres en région au cours de l’année qui vient.
Ils sont d’ailleurs tous invités à envoyer leurs commentaires, suggestions
et propositions au comité de réforme des statuts, à l’adresse
de l’Uneq.
La seconde assemblée était une assemblée spéciale, convoquée
à la demande de près de 120 membres, après signature d’une pétition
de mécontents (“dissidents”, dans la terminologie du CA), qui avait circulé
au printemps et portait sur quatre points : le forum électronique de
l’Uneq, les liens avec les régions, la représentation de la littérature
jeunesse, et les relations avec le festival Métropolis Bleu. Seules les trois
premières nous concernent directement : en effet, le forum électronique
était censé être ouvert à toutes les personnes intéressées
à la littérature, notre région et notre association comptent,
proportionnellement, un nombre élevé de membres de l’Uneq, et enfin
la place de la littérature jeunesse dans les activités littéraires
nous touche aussi (voir p 7).
Vous avez été informés
amplement de l’histoire du forum électronique, qui a été le
point d’étincelle de tout le débat ; l’AG de 1999 l’avait voté
sans modérateur, le CA était revenu sur cette décision pour
des raisons de prudence juridique sur lesquelles personne ne songeait réellement
à le contredire, mais avec des procédés démocratiquement
discutables qui en ont hérissé plus d’un. On a finalement adopté
ici l’idée du modérateur — à condition que le CA soumette aux
membres une description claire de ses tâches.
Pour ce qui est des liens avec les régions, il semble que le comité
trans-Québec joue enfin son rôle de comité des régions
et sorte de son statut trop purement consultatif quant aux décisions prises
par l’Uneq. La circulation commence à se faire dans les deux sens, et la direction
de l’Uneq à prendre conscience de tout ce que peuvent lui apporter les régions.
Ainsi, plusieurs propositions issues du comité ont été approuvées
en assemblée : par exemple, pour le festival de la littérature
(désormais “le Mondial”), perçu comme trop exclusivement montréalais,
des consultations auront lieu dans toutes les régions quant aux projets que
celles-ci désirent présenter, et l’on peut espérer que le carcan
du budget imposé par l’Uneq (1500 $, rappel) va se desserrer quelque peu —
ou qu’en tout cas une collaboration et une décentralisation plus poussées
s’établiront dans les activités proposées.
Malheureusement, la question de la littérature
jeunesse n’a pas été traitée avec autant de succès. Certaines
résistances et certains préjugés ont la vie dure, et les arguments
concrets et sensés n’ont pas réussi à se faire entendre dans
une discussion qui avait été préalablement encadrée et
colorée d’une façon très négative par le CA (avec le
fameux chiffre de 82 % des rencontres culture-éducation attribuées
aux écrivains jeunesse ; on ne peut arriver à ce chiffre qu’en
comptant aussi les écrivains fonctionnant dans les deux registres, jeunesse
et adultes, ce qui devrait donner au débat une autre portée.)
On y est revenu dans la troisième assemblée, l’assemblée générale
de l’association, qui avait lieu pour la première fois en dehors du Salon
du Livre de Montréal, et pendant une journée entière :
enfin une durée raisonnable pour débattre des problèmes importants
tout en n’expédiant pas trop les élections à la va-vite !
Et des problèmes importants, il y en
avait — à commencer par ce qui n’avait pas été tout à
fait réglé lors des déballages (par ailleurs modérés)
de l’assemblée spéciale. La présidente sortante, Denise Boucher,
a en effet choisi de partir en alimentant la polémique au lieu d’essayer de
la calmer : au début de son discours, elle a attaqué les “dissidents”,
“pas beaucoup” mais qui font selon elle un bruit disproportionné à
leur nombre (on ignorait que le droit de parole fût lié au nombre),
et elle a jeté le soupçon sur leurs motivations (“lutte de pouvoir”).
Elle a ainsi fait tristement la preuve qu’elle n’a, au cours de ses deux années
de présidence, rien appris et rien compris. Que toute divergence d’opinion,
tout questionnement, soient perçus comme une menace ou un geste suspect, cela
aura été la constante de ce CA, tout comme la volonté de faire
taire la dissidence et de présenter une façade unie : un tel réflexe
obsidional par rapport à ses propres membres, à ses collègues,
c’est navrant.
On a parlé à plusieurs reprises,
dans les interventions, de la pensée unique et de ses dangers, en rappelant
que des collègues élus à un CA le sont en tant qu’individus,
et non sur la ligne d’un parti, ce que n’est en aucun cas un CA, pas plus qu’il n’est
un ministère. Le CA s’était en effet targué de textes visant
la réserve et la solidarité ministérielles pour suspendre de
ses fonctions un des administrateurs, Charles Montpetit, coupable selon lui de s’être
publiquement exprimé contre ses décisions du CA. C’était là
toute l’affaire de L’Inique, feuillet d’information publié par la centaine
de dissidents dans la foulée de la question du forum électronique.
Heureusement, cette fois, les arguments sensés et concrets ont eu raison des
hystéries des uns et des autres, des grands effets de manche et des grands
mots. Une fois informés des gestes réels posés par Charles Montpetit,
en effet, les membres n’ont pu que constater à la fois leur innocence et leur
bien-fondé (voire, pour certains, leur courage) : empêché
d’informer les membres, dans l’organe officiel de l’association, sur la multiplicité
des avis juridiques concernant le forum, il a choisi de le faire dans L’Inique —
défendant par ailleurs une décision prise par l’Assemblée souveraine
(rouvrir le forum sans modérateur), et manifestant ainsi son sens de la responsabilité
à l’égard des membres qui l’avaient élu. Il n’a jamais rien
révélé des discussions du CA, comme l’en accusait celui-ci —
et pas même des décisions qui, consignées au procès-verbal,
sont de toute façon publiques (pour peu qu’on habite à Montréal).
Prétendre qu’il n’avait qu’à démissionner s’il n’était
pas en général d’accord avec les décisions de ce CA est une
hypocrisie chez ceux qui accusent volontiers les critiques de ne pas mettre la main
à la pâte en s’impliquant. Bref, la montagne était une souris,
la suspension abusive, et Charles Montpetit a été réintégré
dans ses fonctions d’administrateur. Cela aura abouti au moins à faire demander
par l’assemblée la mise au point d’un code d’éthique officiel de l’association.
Et à cette occasion auront pu s’exprimer l’indignation ou l’inquiétude
des membres devant certains comportements du CA — on a fait “sortir une partie du
mauvais”, comme on l’a dit en souriant après l’assemblée.
Il faut remarquer ici le travail exemplaire du président de toutes ces assemblées
proposé par le CA, un excellent choix pour une fois, Jacques Desmarais :
souple ou ferme quand il le fallait, souriant et poli, il a su manifester à
tous les membres le respect requis, en encadrant les délibérations
de sa connaissance parfaite, mais non intrusive, des règlements.
Les élections ont donc pu se dérouler
en bon ordre. Charles Montpetit sera-t-il moins isolé dans le nouveau CA,
cependant ? On a élu une autre “dissidente”, l’enseignante et écrivaine
Danielle Simpson — du moins partage-t-elle le souci de raisonnable transparence démocratique
qui anime Montpetit et le reste des “dissidents”. Mais une partie de l’ancien CA
est toujours en place. Et le nouveau président, Bruno Roy, qui a déjà
servi pendant quatorze ans, soit comme administrateur soit comme président,
comme il l’a rappelé dans sa présentation, pourrait être considéré
comme un apparatchik de la vieille garde...
On laissera cependant la fameuse chance au coureur. Il faut, je veux, croire que
toutes ces discussions ont eu un effet bénéfique, ne serait-ce qu’en
rappelant à plusieurs qu’il n’est pas inutile ou naïf de s’impliquer
dans la vie de son association, et pas seulement pour aller voter en bloc pendant
une heure. Un milieu littéraire aussi restreint et aussi fragile que le milieu
québécois ne peut survivre longtemps à l’indifférence
de ses membres. Certes, nous écrivons chacun dans notre coin, mais rien ne
nous oblige à y vivre. La solidarité réfléchie a un rôle
à jouer là comme ailleurs.
On verra donc les maçons, et non les
démolisseurs, au pied du mur. D’abord celui du forum électronique,
puis celui des consultations en régions touchant au “Mondial”.
C’est pour moi la fin d’une période assez éprouvante de ma vie d’écrivaine-membre-de-l’U-neq,
qui a commencé il y a au moins quatre ans, alors que j’étais membre
du comité des régions. J’aurai appris que si changement institutionnel
il y a, il dépend à la fois des circonstances et des personnes, et
qu’il est le plus souvent d’une lenteur... glaciaire. Qu’il demande beaucoup de patience
donc, beaucoup d’honnête obstination — et le moins d’ego possible. Salutaire
leçon. Je retourne donc à mes écritures, avec un indicible plaisir,
et je signe pour la dernière fois j’espère cette chronique, avec la
maxime qui termine mon courrier électronique — légèrement modifiée
pourl’occasion :
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