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Lézard # 13-14, Vol. 4 - Spécial double

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Lecture buissonnière I (suite)

Livres


Une vie de toutes pieces de F. Jobin

Cette énumération commence à donner une idée de l'ambiance générale. Mais il faut lire l'ouvrage pour jouir pleinement du ton, de son allégresse sarcastique : imaginez le narrateur de Jacques le Fataliste aujourd'hui, et drogué aux amphétamines : jeux de mots funambules (il flotte parfois du Sol), impertinences tous azimuts, raccourcis burlesques et, rythmant la narration de façon bouffonne et sérieuse à la fois, des interludes musicaux, comme si on était à la télé (Jobin, réalisateur, se défoule ; le rythme syncopé, les ruptures et le montage nerveux de ce récit-monologue doivent d'ailleurs certainement beaucoup au medium cinématographique.)
Ce qui m'a beaucoup plu dans le roman, c'est qu'en relevant cette gageure d'écrire une histoire ostensiblement inventée/fantaisiste, dont on met sans cesse en évidence les coutures, souvent pour les défaire et les recoudre autrement, on a réussi malgré tout à écrire un roman dont les personnages, pour "impossibles" qu'ils soient, ne nous en émeuvent pas moins lorsqu'ils souffrent et meurent. C'est dire ou bien la force du genre romanesque capable de résister à cette bourrasque narrative ou, peut-être, l'excellent entraînement du lecteur contemporain, capable d'entrer dans des histoires même abracadabrantes au premier coup de manivelle (comme on disait sur les anciens plateaux de cinéma...) Mais c'est aussi que l'élan de la narration ici ouvertement prestidigitatrice fait tout passer, jusqu'aux vacillements somme toute bien ordinaires du narrateur d'âge mûr entre sa maîtresse Lucille, sa "fille" Ficelle qu'il adore un peu trop et sa compagne Nadia qu'il finit par quitter pour aller en Afrique avec Ficelle, premier geste d'une vie enfin condensée : "Je m'arrête parce que grâce à toi, lecteur de mon cœur, j'existe. Tu m'as permis de me doter d'un passé, ce qui me donne un avenir."
Ah, tiens, on pourrait aussi voir dans ce personnage et dans son histoire une métaphore du Québec, qui... dont... Mais non. Malgré ses frères siamois, Jobin n'est pas Godbout, ni dans l'époque, ni dans les intentions ni dans l'écriture. Et peut-être tant mieux pour le plaisir de la lecture.

par Élisabeth Vonarburg

© «Des airs de famille», Paul-Chanel Malenfant, L’Hexagone, Montréal 2000
© «Le roman policier en Amérique française», Norbert Spehner, Alire, Beauport, 2000
© «Bleu sur blanc», Marguerite Andersen, Prise de parole, Sudbury, 2000
© «Une vie de toutes pièces», François Jobin, VLB, Montréal 2000

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Dernière révision : 6 février 2001

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