|
|
Lecture
“Avant
la lettre” de Francine Chicoine
|
|
“Des lettres pour exprimer un silence au bout de
lui-même, un silence qui n’en peut plus”, dit l’introduction, “Avant la lettre”.
Quand le silence n’en peut plus, il explose : il parle, ou il écrit – ou on
le fait parler. C’est ce qu’entreprend Francine Chicoine dans ce recueil de
textes dont on ne sait s’ils sont de la fiction, de l’essai, des confidences réelles
ou imaginées, qui sont tout cela et plus – une parole, un ton, une voix, une
écriture. Impossibles à étiqueter ? Tant mieux.
Cela se présente donc sous forme de lettres, rangées en cinq catégories
(et un appendice) : “Sur la pointe des lettres”, Belles-Lettres”, “Lettres ouvertes”,
Poste restante”, Lettres muettes”. En cette époque opaque et rapide du cellulaire,
du fax, du courriel, de “l’information” à la vitesse de la lumière,
l’idée même de la lettre classique, dans sa lente germination manuelle
et son long cheminement spatial, semble archaïque et bizarre ; mais n’est-ce
pas justement le rôle du manieur de mots écrits que de leur redonner
toujours leur pleine puissance de sens et de communication ? Le ton posé,
composé, de ces textes, dans la souffrance, l’indignation, l’ironie ou la
compassion également retenues – et leur perpétuelle lucidité,
et leurs bonheurs d’expression constants quoique sans feux d’artifice – nous le rappellent
à propos, et à longueur de propos.
Paradoxe : écrire sur le silence. Mais un paradoxe, c’est la transcendance
d’une contradiction qui, vue de plus haut, de plus loin – ou de plus profond – révèle
n’en être pas une. Ce recueil en est une éloquente illustration.
|
|
|