Logo Lezard
Lézard # 12, Vol. 3 - Automne 2000

l'APES

APES

 

Page 8 de 30


LivreLecture
Avant la lettre” de Francine Chicoine


Un silence qui n'en peut plus, de Francine Chicoine
“Des lettres pour exprimer un silence au bout de lui-même, un silence qui n’en peut plus”, dit l’introduction, “Avant la lettre”. Quand le silence n’en peut plus, il explose : il parle, ou il écrit – ou on le fait parler. C’est ce qu’entreprend Francine Chicoine dans ce recueil de textes dont on ne sait s’ils sont de la fiction, de l’essai, des confidences réelles ou imaginées, qui sont tout cela et plus – une parole, un ton, une voix, une écriture. Impossibles à étiqueter ? Tant mieux.
Cela se présente donc sous forme de lettres, rangées en cinq catégories (et un appendice) : “Sur la pointe des lettres”, Belles-Lettres”, “Lettres ouvertes”, Poste restante”, Lettres muettes”. En cette époque opaque et rapide du cellulaire, du fax, du courriel, de “l’information” à la vitesse de la lumière, l’idée même de la lettre classique, dans sa lente germination manuelle et son long cheminement spatial, semble archaïque et bizarre ; mais n’est-ce pas justement le rôle du manieur de mots écrits que de leur redonner toujours leur pleine puissance de sens et de communication ? Le ton posé, composé, de ces textes, dans la souffrance, l’indignation, l’ironie ou la compassion également retenues – et leur perpétuelle lucidité, et leurs bonheurs d’expression constants quoique sans feux d’artifice – nous le rappellent à propos, et à longueur de propos.
Paradoxe : écrire sur le silence. Mais un paradoxe, c’est la transcendance d’une contradiction qui, vue de plus haut, de plus loin – ou de plus profond – révèle n’en être pas une. Ce recueil en est une éloquente illustration.

LivreLecture
« Comment réussir sa schizophrénie », de Robert Dole


Comment réussir
sa schizophrénie

Robert DOLE







chez VLB

“Mes problèmes ont commencé en 1917, soit trente ans avant ma naissance”. Entre le titre et la première phrase de cette autobiographie, le ton est donné : le simple énoncé des faits, le comique involontaire de leur absurdité, – un comique déchirant, mais on n’y insiste jamais, on dit, c’est tout. Fils, petit-fils, arrière-petit-fils etc. de Puritains américains de bonne souche, convaincus d’être le sel de la terre et de vivre dans le meilleur pays du monde, le jeune Robert, enfant sensible et surtout qui se découvre assez tôt homosexuel, est mal parti, comme on dit. On ne plaisante pas avec ce genre de choses dans l’Amérique d’après-guerre où être homosexuel est encore pire, selon lui, qu’être communiste. On va donc s’employer, avec une obstination effrayante, à... le rendre fou. Et lui, avec une obstination admirable, va s’obstiner à y survivre – d’où le titre du livre.

On connaît un peu mieux la véritable schizophrénie aujourd’hui. Il faut se rappeler que ce diagnostic s’est longtemps appliqué au moins autant, sinon davantage, au corps social qui déclarait tel ou tel “fou” qu’au “fou” en question : affrontement d’une réalité individuelle rebelle et d’une réalité consensuelle niveleuse – les femmes, et ce n’est pas une coïncidence, en ont été assez longtemps victimes depuis des siècles, voire encore maintenant. Mais le féminisme est-il là au moins pour proposer une autre option consensuelle. Il n’en est pas encore de même pour l’orientation sexuelle, dont la médicalisation et la psychiatrisation ont encore de bien beaux jours devant elles. Le témoignage de Dole – qui m’a arraché tout du long des éclats de rire horrifiés – en est une illustration terrible dans sa simplicité narrative.

On ne peut nier que cette autobiographie soit du type “révélateur”, dans tous les sens du terme – ce qui sans doute lui accrochera un relent de scandale puisque l’auteur, vivant à Chicoutimi et enseignant à l’Université du lieu, n’y mâche pas ses mots sur les diverses collectivités auxquelles il appartient désormais. Mais qu’on ne se laisse pas distraire par cet aspect “mondain”. Puisque la schizophrénie diagnostiquée de Robert Dole était de type mystique/messianique (il se range sous la bannière de Paul Tillitch) – ce livre pose en des termes non théoriques, mais vécus au contraire de l’intérieur, le sérieux problème de la “folie”, une notion toujours à inscrire au croisement d’une personne et de la collectivité à laquelle elle appartient...

LivreLecture
« Circée l'encheteresse », de Marjolaine Bouchard

Marjolaine Bouchard a vu son roman pour adolescents Le cheval du Nord remarqué par le jury du Prix Abitibi-Consolidated, à juste titre. Cette incursion de l’auteure-jeunesse dans la petite histoire québécoise ne lui fait pas quitter le registre fantastique, puisque Alexis, qu’elle présente comme un peu simple, vit à la fois dans le monde réel et dans celui de ses rêves. D’ailleurs, tout le récit est un long retour en arrière d’Alexis mourant, ce qui contribue davantage encore à l’atmosphère onirique.

Circée l'enchanteresse
Marjolaine Bouchard publie aussi en septembre un nouveau roman pour jeunes, Circée l’enchanteresse. Le “e” suppplémentaire du prénom de la jeune protagoniste est là pour nous signaler qu’on n’est pas dans le passé légendaire de l’Odyssée mais dans un futur proche, où les angoisses transgéniques, entre autres, se donnent libre cours. Mais Circé n’est pas évoquée pour rien : une atmosphère... enchantée entoure situations et personnages – dûe en grande partie à la personnalité de Circée, rêveuse et lectrice impénitente, entre autres de mythes grecs. On peut regretter que l’auteure se retrouve un peu prisonnière de ses ouvrages précédents, puisque Circé... se situe dans le même univers que deux de ses récits précédents, ainsi qu’un certain moralisme encore un peu trop... pédagogique, mais de livre en livre s’affirme un talent de conteuse, et un regard personnel sur le monde de l’enfance à la limite de l’adolescence, où l’on tremble encore à la frontière de la pensée magique et du monde adulte.

Vers le haut


Page précédente Sommaire

Page 8 de 30

Page suivante



Dernière révision : 27 septembre 2000

Webmestre
Icone pour courrier à Raymond-Marie Lavoie

Raymond-Marie Lavoie