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Lézard # 12, Vol. 3 - Automne 2000

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LivreLecture
«Promeneur de villes, promeneur de vie» / «La Maison du Rêve»

par Élisabeth Vonarburg


Le promeneur de villes, promeneur de vies
« Promeneur de villes, promeneur de vies » nous présente en fait trois promeneuses et deux promeneurs, mais la démarche est la même pour les cinq auteurs de ce joli collectif — René Ouellet, Raymonde Dionne, Denys Bergeron, Françoise Dumoulin et notre nouvelle collègue Ghislaine Lavoie : la lecture ayant été couplée en ouverture à la promenade, comme l’écriture, (“je deviens vous, lecteur/vous devenez moi, promeneur”), chacun des auteurs déambule dans le présent ou le passé (et même dans le futur, très brièvement) : souvenirs, choses vues, contes, nouvelles, textes en tout cas très brefs, — un genre difficile, dont tous se tirent fort bien — parfois au ras de la prose poétique.

Les neufs récits de Ghislaine Lavoie explorent quant à eux à la fois les méandres de la ville — d’ici (Québec, surtout) ou d’ailleurs (Littletown, Arizona) — avec leurs échappées vers une campagne symbolique (la verdure apprivoisées des villes : arbres, lilas, plantes en pots aux balcons...) et les vies entraperçues qui y battent, anonymes (seuls deux de ses personnages ont un prénom — et l’une est un fantôme ; c’est une tendance qu’on retrouve souvent dans le collectif : l’influence de l’anonymité urbaine ?). Vies traversées de rêves, de désirs, d’obsessions et surtout de chagrins (mari trompé, amante abandonnée... et même un meurtrier en série), avec en ouverture et en fermeture deux moments de bonheur fragile (“L’éphémère”, “Rien à déclarer”). Des notations poétiques et justes, une aisance lisse — presque trop lisse même — dans la mise en place des personnages et des atmosphères, une mélancolie souvent souriante, toujours retenue — parfois trop. On se prend à désirer qu’un ouragan plus fantasque vienne secouer toutes ces demi-teintes...
Le reste du recueil est d’une très bonne qualité générale, et le livre est beau : un intéressant échantillonnage des talents littéraires de la “côte sud”, et une bonne publication à mettre au compte des nouvelles éditions Terres Fauves.

«Promeneur de villes, promeneur de vies»
publié aux éditions Terres Fauves.


La Maison du reve
“Quand on aime les livres, quand on aime la littérature, on ne peut qu’aimer les libraires, (...) les plus fidèles serviteurs de ce qu’on appelle les lettres”, dit la quatrième de couverture de « La Maison du rêve.. ». On idéalise un peu la fonction — bien des libraires sont devenus des épiciers, et j’en connais même qui ne lisent presque pas. Mais il faut tenir compte des circonstances, du cancer des grandes surfaces, des méga-librairies... bref, en ces temps de grands branle-bas dans toute l’industrie du livre, on resserre les rangs et on se compte. Quarante-deux auteurs avaient suffisamment de souvenirs aimants et émus, assez d’expériences positives de librairies, ici et ailleurs, aujourd’hui et autrefois, pour se regrouper à l’initiative du groupe Ville-Marie Littérature : ils ont participé à ce collectif, en abandonnant leurs droits pour le soutien des libraires. Je ne les nommerai pas tous, mais nos collègues André Girard et Stanley Péan étant du nombre, et ma foi moi aussi — et personne parmi nous ne s’étant proposé pour en parler — je sévis.
Les textes sont presque tous brefs, il le fallait bien, et présentent un éventail extrêmement variés de thèmes, de ton, d’écriture — c’est évidemment ce qui fait l’intérêt d’un tel collectif. Beaucoup sont des souvenirs personnels, certains sont de la fiction, il y a un conte (Jacques Boulerice) et même un poème — plaisant — de... François Barcelo. Et même le fantastique et la science-fiction sont représentés (Stanley Péan et moi-même). Le texte d’André Girard se démarque aussi (si l’on peut dire) du ton souvent élégiaque de l’ensemble par sa férocité lucide : “C’est bien dommage” évoque une librairie qui passe au feu, sans mériter une seule ligne dans le journal local. Mais c’est que Girard évoque le véritable présent, alors que beaucoup de textes, et ce n’est pas une coïncidence, sont dans le registre des souvenirs d’adolescence ou d’enfance. — ou d’un présent... rêvé.

«La Maison du Rêve»

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Dernière révision : 27 septembre 2000

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