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| Chicoutimi, le 14 mai 2000, |
| C'est bien sûr dans le domaine des droits
électroniques qu'est en train de se jouer aujourd'hui la fortune (au sens
propre) des médias de tout poil et la fortune au sens plutôt figuré,
le sort, des écrivains en tous genres. Les producteurs de contenus ne pèsent
pas lourds en face des conglomérats, mais plusieurs recours collectifs sont
entendus en cour, ou l'ont déjà été — par exemple la
toute récente décision statuant sur “Tasini contre le New York Times”,
et selon laquelle le NYT enfreignait dans les grandes largeurs les droits d'auteur
de ses collaborateurs. Décision appuyée par une cour fédérale
en appel. On a refusé un troisième appel au NYT, qu devra payer. |
| Pour mémoire, dans le premier trimestre
2000, Times Co. a récolté 43 millions de dollars US au chapitre "droits
de reproductions" et a vu ces revenus augmenter de 11,5%. Multipliez la somme
par quatre : quand je dis la fortune, je veux dire la fortune. L'Internet, rappelez-vous,
est encore dans son enfance balbutiante. Imaginez-le dans cinq ans, dans dix ans.
Imaginez tout ce beau monde de la presse dans cinq ans, dans dix ans. Maintenant,
imaginez-vous. This is the product of your mind on the Internet. Any questions ? |
| On m'avait offert en septembre dernier une chronique
mensuelle de science-fiction dans La Presse. Aux conditions habituelles : “vous nous
cédez tous vos droits, en particulier électroniques, et nous consentirons
(sic) à vous publier à 2$ la ligne.” Avec la clause de pseudo Bon Prince,
consentie ultérieurement, où l'on laissait libre disposition de ses
textes à l'auteure, pour publication à son gré —la fiction habituelle
voulant qu'un auteur ait le même poids qu'un grand conglomérat de presse
quand il s'agit de vendre ses textes électroniquement. |
| Après des semblants de négociations
avec La Presse, qui consistaient plutôt en une sorte de limbo de silence où
circulaient quelques malentendus — et pendant lesquels j'étais publiée
et payée, et mes textes non disponibles sous forme électronique ainsi
que je l'avais demandé sans que rien fût signé — on a décidé
de faire cesser le scandale et on m'a remis le couteau sur la gorge. L'argument définitif
étant “c'est pas gérable” : “c'est pas gérable” de ne pas mettre
les textes d'un auteur sur les supports électroniques, CD-ROM, Archives, site
Web ; “c'est pas gérable” de consentir 50 cents de plus par ligne à
l'auteure en échange, OK, de tous les droits électroniques sur ses
textes (un ballon-test de bonne foi ; je savais qu'il ne serait pas accepté
: il n’est pas question de créer des précédents...) |
| “C'est pas gérable” de payer aux “contributeurs
en contenu” d'un journal, d'un magazine, de Radio-Canada, alouette, leur part de
droits électroniques. Pas gérable : “Trop coûteux par rapport
aux argents générés”. Les droits de reproduction génèrent
de plus en plus d'argent et cet argument ne tient plus ? Ah ben coudon, pas gérable
quand même : “c'est trop compliqué”. Les propriétaires et patrons
se sont barricadés sur ces positions et ils la tiendront par la force des
bayonnettes — des bâillonnettes ? — jusqu'à ce qu'elles soient devenues
technologiquement tellement ridicules que même les tribunaux ne pourront pas
ne pas statuer contre (je ne parle pas de morale, remarquez). Aujourd'hui, à
l'ère de l'informatique galopante, “c'est pas gérable” de savoir qui
a écrit quoi, où et quand, et quel article a été sollicité
par un payeur de droits sur un site web, dans une archive, dans une banque de données
! Messieurs, je vous en prie! Si on peut faire payer l'acheteur pour la consultation
et/ou reproduction de tel ou tel article, on peut prélever sur son paiment
la part revenant de plein droit d'auteur à l'auteur de cet article. |
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Le bain des écrivains
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Je “choisis” donc, par principe, de retirer ma
petite bille de La Presse. Il se trouve que je peux me le permettre, en particulier
cette année, ne vivant pas majoritairement de mes piges de toute façon,
et jouissant ainsi en effet jusqu'à un certain point de ce “choix” dont on
aime à nous rebattre les oreilles du côté des patrons. Comme
si la fourmi avait un véritable choix face au Raptor (eh bien, j'avais réussi
à passer entre les griffes des pattes raptoresques jusque-là... Où
l'on voit les limites des métaphores !)
J'abandonne cette colonne mensuelle avec une colère navrée. D'une part,
et c'est le versant franche colère, je pense au monde commercial genre Far-West
ou Ruée-vers-l'Or-avant-les-Shériffs où nous vivons présentement,
et où le droit d'auteur le plus strict peut être bafoué en toute
impunité (entre bien d'autres droits) tandis que le système légal
se traîne les pieds pour faire observer ses propres lois et que les divers
gouvernements se pètent les bretelles sur leur “statut de l'artiste” ou sur
leur “politique de la culture” — ou encore, tout récemment, Monsieur David
Cliche, dans La Presse, justement, sur la politique Internet de son gouvernement. |
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La
suite
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