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Lézard # 12, Vol. 3 - Automne 2000

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Dossier :
Courez, auteurs, le futur est derrière vous

Élisabeth Vonarburg

“Si vous ne faites pas partie du rouleau compresseur, vous faites partie de la route”
(Glenn Hauman, propriétaire de Bibliobytes.com)

Ce dossier ne vise pas à “faire le point sur le futur des écrivains, auteurs et autres producteurs de contenu à l’aube du XXIe siècle”. La situation évolue trop vite pour ce genre d’ambition. J’écris ce texte début septembre ; quand il sera publié (fin septembre), une grande partie des “nouvelles” y sera déjà obsolète et d’autres tout aussi significatives s’y seront ajoutées1 Mais les principes de base, eux, ne le seront point, et c’est d’eux surtout que je désire vous entretenir, chères et chers collègues, afin de vous éviter si possible le funeste destin de roadkill.
On me pardonnera, j’espère, de me référer beaucoup à ce qui se passe aux États-Unis (et mon lexique) – c’est de là que me vient une grande partie de mon information, je le confesse ; mais les parallèles sont aisés à établir...
Pourquoi il sera de plus en plus difficile de faire observer les droits d’auteurs
La notion d’un “auteur” ayant “des droits” sur son “œuvre” est relativement récente ; elle est apparue sous diverse formes à partir du premier siècle suivant l’invention de l’imprimerie. Il était impossible auparavant de séparer une oeuvre de son support physique (manuscrits recopiés à la main), et la notion de droit d’auteur avait peu de sens. Avec l’invention de l’imprimé, cependant, les coûts liés à la reproduction et à la distribution des œuvres ont rendu possible la notion de droits d’auteur, et son application. Or les développements de la technologie sont en voie de la rendre inapplicable parce que la barrière entre reproduction et distribution est en train de disparaître. Il va devenir impossible à nouveau de séparer une œuvre et son médium (son support physique).
Jusqu’à présent, il a été relativement facile de faire observer le droit d’auteur parce que la fa-brication et la distribution d’information sous forme de copies de très bonne qualité a été relativement coûteuse et compliquée (une usine qui fabrique des CDs piratés et un réseau de camions et de vendeurs, c’est assez difficile à dissimuler, somme toute.) La technologie est en train de bouleverser tout cela : des copies digitales ne se dégradent pas (ou très peu) avec le temps, et l’équipement nécessaire pour en jouir est relativement peu coûteux. Et sur-tout, un réseau de distribution est là, tout prêt, simple et de plus en plus facilement accessible : l’Internet. Entre ce réseau et les nouvelles technologies de stockage (CDs, DVDs), les be-soins en capital de départ des éventuels pirates sont très modestes – et indépendamment de buts commerciaux illégitimes, n’importe qui peut très aisément partager avec autrui des copies de ce qu’il aime.
On a par ailleurs constaté trois choses stupéfiantes quant au public de l’Internet – et prenons l’exemple des livres puisque c’est celui qui nous intéresse en priorité : 1) Les gens sont effectivement prêts à prendre le temps de télécharger un livre (un ouvrage de 300 pages se télécharge en moins d’une minute avec un modem de 28.8 bauds...) ; 2) les gens sont prêts à regarder un écran pendant des heures pour lire un livre (et l’expérience est de moins en moins pénible à mesu-re que la technologie s’amé-liore) ; mais 3) (c’est le détail qui tue) : les gens ne veulent pas payer un sou pour ça ! Ce qui irait à à l’encontre de l’extension de la loi de Gibson, telle que modifiée par Hauman, L’information veut être libre, mais les auteurs veulent être payés... si la plupart de ces gens n’estimaient par ailleurs légitime qu’un artiste soit justement payé pour son œuvre. Nous verrons plus loin comment se résoud éventuellement le paradoxe.
Une autre raison qui rend difficile le futur respect du droit d’auteur, c’est que les mécanismes techniques proposés pour le rendre automatique demandent rien moins qu’un état policier... mondial. Il faudrait par exemple conserver tout le matériel soumis au droit d’auteur dans des banques de données sécuritaires : l’infrastructure efficace dans ce cas est celle qui permet de restreindre la distribution des œuvres ; or elle peut être utilisée aussi bien pour faire respecter le droit d’auteur que pour mettre en place une censure tous azimuts... Par ailleurs (et on le voit bien actuellement un peu partout avec les divers lobbies travaillant les gouvernements au corps), cela risque d’aboutir au contrôle et à la limitation de la recherche technologique (par ex. sur l’encryptage), ainsi que des types d’enregistrements et de matériel informatique auxquels a accès le public. Désirons-nous vraiment cela ?

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Dernière révision : 26 septembre 2000

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