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| Ce dossier ne vise pas à “faire le point
sur le futur des écrivains, auteurs et autres producteurs de contenu à
l’aube du XXIe siècle”. La situation évolue trop vite pour ce genre
d’ambition. J’écris ce texte début septembre ; quand il sera publié
(fin septembre), une grande partie des “nouvelles” y sera déjà obsolète
et d’autres tout aussi significatives s’y seront ajoutées1
Mais les principes de base, eux, ne le seront point, et c’est d’eux surtout que je
désire vous entretenir, chères et chers collègues, afin de vous
éviter si possible le funeste destin de roadkill. |
| On me pardonnera, j’espère, de me référer
beaucoup à ce qui se passe aux États-Unis (et mon lexique) – c’est
de là que me vient une grande partie de mon information, je le confesse ;
mais les parallèles sont aisés à établir... |
| Pourquoi il sera de plus en plus difficile de faire
observer les droits d’auteurs |
| La notion d’un “auteur” ayant “des droits” sur
son “œuvre” est relativement récente ; elle est apparue sous diverse formes
à partir du premier siècle suivant l’invention de l’imprimerie. Il
était impossible auparavant de séparer une oeuvre de son support physique
(manuscrits recopiés à la main), et la notion de droit d’auteur avait
peu de sens. Avec l’invention de l’imprimé, cependant, les coûts liés
à la reproduction et à la distribution des œuvres ont rendu possible
la notion de droits d’auteur, et son application. Or les développements de
la technologie sont en voie de la rendre inapplicable parce que la barrière
entre reproduction et distribution est en train de disparaître. Il va devenir
impossible à nouveau de séparer une œuvre et son médium (son
support physique). |
| Jusqu’à présent, il a été
relativement facile de faire observer le droit d’auteur parce que la fa-brication
et la distribution d’information sous forme de copies de très bonne qualité
a été relativement coûteuse et compliquée (une usine qui
fabrique des CDs piratés et un réseau de camions et de vendeurs, c’est
assez difficile à dissimuler, somme toute.) La technologie est en train de
bouleverser tout cela : des copies digitales ne se dégradent pas (ou très
peu) avec le temps, et l’équipement nécessaire pour en jouir est relativement
peu coûteux. Et sur-tout, un réseau de distribution est là, tout
prêt, simple et de plus en plus facilement accessible : l’Internet. Entre ce
réseau et les nouvelles technologies de stockage (CDs, DVDs), les be-soins
en capital de départ des éventuels pirates sont très modestes
– et indépendamment de buts commerciaux illégitimes, n’importe qui
peut très aisément partager avec autrui des copies de ce qu’il aime. |
| On a par ailleurs constaté trois choses
stupéfiantes quant au public de l’Internet – et prenons l’exemple des livres
puisque c’est celui qui nous intéresse en priorité : 1) Les gens sont
effectivement prêts à prendre le temps de télécharger
un livre (un ouvrage de 300 pages se télécharge en moins d’une minute
avec un modem de 28.8 bauds...) ; 2) les gens sont prêts à regarder
un écran pendant des heures pour lire un livre (et l’expérience est
de moins en moins pénible à mesu-re que la technologie s’amé-liore)
; mais 3) (c’est le détail qui tue) : les gens ne veulent pas payer un sou
pour ça ! Ce qui irait à à l’encontre de l’extension de la loi
de Gibson, telle que modifiée par Hauman, L’information veut être libre,
mais les auteurs veulent être payés... si la plupart de ces gens n’estimaient
par ailleurs légitime qu’un artiste soit justement payé pour son œuvre.
Nous verrons plus loin comment se résoud éventuellement le paradoxe. |
| Une autre raison qui rend difficile le futur respect
du droit d’auteur, c’est que les mécanismes techniques proposés pour
le rendre automatique demandent rien moins qu’un état policier... mondial.
Il faudrait par exemple conserver tout le matériel soumis au droit d’auteur
dans des banques de données sécuritaires : l’infrastructure efficace
dans ce cas est celle qui permet de restreindre la distribution des œuvres ; or elle
peut être utilisée aussi bien pour faire respecter le droit d’auteur
que pour mettre en place une censure tous azimuts... Par ailleurs (et on le voit
bien actuellement un peu partout avec les divers lobbies travaillant les gouvernements
au corps), cela risque d’aboutir au contrôle et à la limitation de la
recherche technologique (par ex. sur l’encryptage), ainsi que des types d’enregistrements
et de matériel informatique auxquels a accès le public. Désirons-nous
vraiment cela ? |
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la
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