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Lézard # 11, Vol. 4 - Printemps 2000

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Lettres à zimuts (1)

À la commission du droit de prêt public
Chicoutimi, le 25 février 2000,
Chère Karleen Bradford
 
J’ai reçu hier mon chèque de la Commission du droit de prêt public, avec toujours la même surprise ravie de voir que mes livres ne sont pas morts, et qu’en bibliothèque des lecteurs les lisent encore.
Depuis deux ans, je crois, j’ai atteint le fameux “maximum total”. Encore un peu victime de la mentalité misérabiliste de la majorité des artistes dans notre culture, et en particulier des écrivains, je ne m’en étais pas trop souciée, considérant que “c’est déjà bien beau!” et voyant plutôt ce maximum comme une preuve de la popularité de mes livres. – ce que j’aime toujours à penser, au reste, voir plus haut. Mais par curiosité, cette année, j’ai établi le total réel des compensations qui auraient dû être effectuées et, au lieu de 3445,00 $, j’obtiens la somme de 4793,19 $.
Or je ne suis pas une des auteures les plus prolifiques parmi les auteurs québécois lus en bibliothèque, et de loin, même si j’ai encore quelques belles années devant moi. J’imagine le décompte que doit pouvoir faire par exemple un de mes collègues qui compte presque 40 livres (dont les 2/3 pour jeunes) à son actif (il a atteint le maximum il y a déjà longtemps...).
C’est donc dire à quel point, en tant qu’écrivaine, et en tant que présidente de mon association régionale d’écrivains, je suis en accord avec les derniers paragraphes de votre lettre-circulaire. Le programme du DPP en est un dont le Canada peut être fier, mais il est plus que temps, en effet, que le gouvernement établisse un mécanisme officiel de financement tenant compte de la croissance de ce programme. Il est assez troublant pour des producteurs culturels de savoir que – une fois dépassé le fameux et arbitraire “maximum total” – le produit de leur travail devient, de leur vivant, par l’intermédiaire du prêt en bibliothèque, une propriété publique dont l’exploitation par autrui ne leur rapporte rien. Quand on sait, comme vous le savez évidemment, que les sommes versées par le DPP constituent pour un très grand nombre d’écrivains le principal, voire le seul revenu de droits d’auteur dans une année, la situation devient encore plus... troublante.
Il est d’autant plus temps de modifier les mécanismes de financement du DPP que la conjoncture pour les écrivains n’est pas des plus roses avec l’avènement des nouveaux médias électroniques et les comportements de bandits de grands chemins auxquels se sentent apparemment autorisés les éditeurs de tout poil (surtout ceux des médias écrits, mais des éditeurs de livres s’y essaient aussi, par le biais des clauses concernant les droits dérivés) en l’absence de réflexion et de législation claires sur le sujet au plan gouvernemental.
Il paraît juste et équitable de modifier ces mécanismes quand on compare les sommes peau-de-chagrin consacrées au DPP à la frénésie croissante de subventions que suscite le “multimédia”, (le “genre” à la mode, pourrait-on dire), souvent au détriment des artisans moins spectaculaires, mais néanmoins producteurs de contenus bien nécéssaires, que sont les écrivains mono-médium (il n’est besoin pour cela que de consulter les listes des projets auxquels ont été attribuées les subventions des multiples concours du Fonds du Millénaire...)
Mes collègues et moi-même espérons donc que la personne qui vous succèdera à la présidence de la Commission aura à cœur, comme vous, de faire avancer ce dossier. N’hésitez pas à lui communiquer la présente lettre, et à lui exprimer à l’avance notre soutien et nos encouragements pour le travail qu’elle (ou il) devra accomplir. Et vous-mêmes, recevez toute notre gratitude pour les efforts que vous avez déployés, avec vos collègues de la Commission, dans ce dossier certainement ingrat, mais essentiel à la littérature canadienne.

Élisabeth Vonarburg

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