|
| ÇA SE CORSE (CHEF-LIEU AJACCIO) |
| Je vous fais part à mes risques et périls
des développements de la situation à cet égard. En effet, quelques
jours avant l’Assemblée générale de la fin novembre 99, j’ai
reçu une lettre du CA de l’Uneq me menaçant de suspension, voire d’exclusion,
si je ne cessais pas de répandre des “informations mensongères” sur
l’Uneq et de la “diffamer”. On s’appuyait visiblement, pour ce faire, d’une part
sur les trois derniers numéros du Lézard, de janvier à septembre
1999 — lesquels ont été envoyés, comme tous les autres, à
l’Uneq; on aurait pu réagir avant, s’il y avait là des propos diffamatoires
; on ne l’a pas fait. Vous les avez reçus vous-mêmes et pouvez juger
s’il y avait là mensonges et diffamation. On s’appuyait d’autre part sur des
échanges de courrier électro-nique privé avec des collègues
membres de l’Uneq, courrier auxquels le CA de l’Uneq n’aurait pas dû avoir
accès et qui ressortissent de la liberté d’expression... J’ai envoyé
en réponse la lettre que vous pourrez lire en page 27-28 et, avec l’accord
de mes collègues du CA de l’APES, j’ai démissionné de mon poste
de déléguée de la “région Sagamie-Côte-Nord” au
Comité des régions trans-Québec (au mo-ment où nous publions
ceci, le poste n’a pas encore été comblé par le présent
CA de l’Uneq ; par contre, on a comblé le poste de responsable des régions
: Cécile Cloutier, que nous avons pu rencontrer l’an dernier à notre
festival de Sainte-Rose du Nord.) |
Mais j’estime nécessaire de continuer à
vous informer. Non seulement parce que certains d’entre vous sont des membres de
l’Uneq et parce que d’autres voudront devenir membres, mais aussi parce que ce qui
se passe dans la seule association d’écrivain nationale reconnue par les organismes
gouvernementaux doit importer à des écrivains. On m’a encore répété
au Ministère de la Culture et des Communications que l’appartenance à
une telle association, sans être exclusive et sans préjuger négativement
du sort fait aux écrivains qui n’en sont pas membres, est considérée
comme un atout dans le cadre du Statut de l’Artiste. Et en ce qui concerne par exemple
le programme de Rencontres dans les écoles, même si ce sont les écoles
et non l’Uneq qui choisissent les auteurs qu’elles désirent rencontrer, c’est
l’Uneq, en collaboration avec le CALQ et le MACC qui détermine encore la validité
des projets d’écrivains proposés chaque année pour inclusion
dans le Répertoire des Tournées offert aux organismes d’enseignement.
L’appartenance à l’Uneq im-plique d’autres bénéfices concrets
: recours à un avocat, accès à des fonds de secours... D’autres
bénéfices sont plus intangibles : le fait d’appartenir à une
collectivité assez nombreuse pour faire éventuellement sentir son poids
auprès des divers paliers de gouvernements, et qui entretient des liens avec
d’autres associations du même type ailleurs dans le monde, les possi-bilités
de regroupements, de rencontres, d’activités communes... |
| Tous ces bénéfices sont assortis
de devoirs. Le premier de ces devoirs, à mon avis, est pour l’ensemble des
membres de veiller au fonctionnement démocratique de l’association, afin qu’elle
soit véritablement représentative du membership et répartisse
efforts et budgets avec efficacité et avec justice. C’est pour assurer votre
information sur ce plan que j’ai entrepris de vous tenir au cou-rant, bulletin après
bulletin, des développements de la situation à l’Uneq, que ce soit
du point de vue de ses rapports avec les régions, lequel nous intéresse
au premier chef, ou du point de vue plus général de l’état de
santé du milieu littéraire québécois dans son volet associatif
“national”. |
| Or les inquiétudes apparues au cours de
l’année 1999 ne se sont pas apaisées avec l’Assemblée générale
de l’Uneq qui s’est tenue fin novembre à Montréal. Au contraire. Un
détail : les propositions à traiter, par exemple, étaient bien
plus nombreuses que d’habitude, et certaines fort im-portantes ; mais les organisateurs
pourtant au courant depuis longtemps, n’ont pas jugé bon de donner davantage
de temps aux membres pour en débattre — une preuve supplémentaire de
la désinvolture (à tout le moins) avec laquelle on traite au CA de
l’Uneq la démocratie associative. La démocratie, comme le rappelait
récemment la Cour Suprême du Canada, n’est pas une simple question de
majorité numérique, c’est un processus d’information et de discussion,
où les opinions des uns et des autres doivent être entendues et prises
en compte. Or une assemblée générale est le seul endroit où
peuvent avoir lieu, directement et collectivement, les échanges nécessaires. |
| Mais qu’en advient-il lorsqu’un CA décide,
à cinq voix contre une, d’aller à l’encontre d’une proposition votée
précédement en assemblée générale par une majorité
claire des membres, après information et débat ? La démarche
est totalement contraire aux statuts et règlements de l’association (entre
autres). Et pourtant, c’est ce qui est en train de de passer avec le forum électronique
de l’Uneq (des numéros précédents du Lézard vous ont
informé des tenants et aboutissants de cette question). Une place considé-rable
sera peut-être consacrée à cette question dans L’Unique (1),
le bulletin de l’Uneq, présentant — uniquement — l’opinion dominante des dirigeants
sans qu’on ait permis à la seule opinion divergente au CA d’y être présente
dans un petit billet, malgré la demande expresse du membre dissident. La pensée
“unique”, ce n’est vraiment pas la démocratie. C’est pourquoi a circulé
une pétition demandant une assemblée spéciale sur le sujet. |
S’agit-il de désordres superficiels, liés
à des personnes, comme cela peut arriver dans toutes les associations, ou
bien d’un mal plus profond — structurel ? Après avoir travaillé avec
plusieurs CA depuis trois ans dans le cadre du Comité des régions,
j’avouerai avoir plus que jamais, après les récents événements,
l’impression d’un problème structurel, d’une “sclérose du pouvoir”,
comme on dit, liée à l’âge de l’association. Il n’y a pas eu
de congrès d’orientation à l’Uneq depuis combien de temps ? Poser la
question, c’est y répondre : trop longtemps. En ce début d’un nouveau
siècle, la vénérable institution de l’avenue Laval a grand besoin
d’air.
En ce qui concerne les régions en tout cas, si les dirigeants de l’Uneq ne
se livrent pas à un examen de conscience sérieux quant à leurs
présupposés et habitudes acquises à cet égard, les auteurs
en région, eux, ont déjà commencé leur aggiornamento,
surtout ceux qui sont réunis en associations. Un désen-gagement et
un désintérêt de plus en plus marqués se font jour à
l’égard de l’Uneq, dont les quelques entreprises en direction des régions
ressemblent trop souvent à des campagnes d’auto-promotion au dépens
des régions (notre association ne participera pas, par exemple, à l’édition
2000 du festival de la Littérature organisé par l’Uneq). J’ai analysé
par ailleurs, dans le précédent numéro du Lézard les
problèmes concrets posés aux associations régionales par l’existence
de l’Uneq et le trou noir qu’elle constitue pour bien des sommes qui pourraient (devraient
?) aller directement aux régions. À un moment où le Conseil
des Arts du Canada va dédier une partie de ses nouveaux budgets à des
subventions de fonctionnement destinées aux “associations artistiques natio-nales”,
la question des relations entre l’Uneq et les associations régionales d’auteurs
se pose plus que jamais, surtout lorsqu’on se rappelle que 64% des membres de l’Uneq
résident hors de Montréal — et l’on ne parle pas ici des auteurs qui
ne sont pas, ou plus, membres de l’Uneq... |
|
Élisabeth Vonarburg
|
| (1) À l’heure où nous publions Le
Lézard, nous n’avons pas encore reçu L’Unique. |
|
|
RECTIFICATIF
|
| Le chiffre de 9
214,40 $ indiqué dans le # 10 du Lézard
comme surplus dégagé par l’Uneq sur son budget final du festival de
la Littérature 1999 doit être ramené à 1 214,40 $, une
des subventions attendues du gouvernement canadien (8000 $) n’ayant
finalement pas été accordée. |
|
|