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Lézard # 11, Vol. 4 - Printemps 2000

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Les médias et nous

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La présidente et la vice-Présidente de l’APES, Élisabeth Vonarburg et Danielle Dubé, ont rencontré début février deux des responsables du journal le Quotidien/Le Progrès Dimanche, principaux organes de presse de la région, en la personne de Bertrand Genest, éditeur-adjoint, et du président-éditeur Claude Gagnon. On a parlé de la couverture de la culture en général et de la littérature en particulier par les médias écrits régionaux. Notre collègue Christine Laforge a également participé à la ren-contre — à cheval sur la barrière, elle est responsable de l’équipe culturelle au journal, et écrivaine bien connue dans la région.

C’est à la suite d’une table-ronde très suivie sur le journalisme culturel au dernier Salon du Livre du SLSJ, animée par Danielle Dubé, que cette rencontre nous a semblée nécessaire : dans l’écologie culturelle d’une région, les médias, écrits et audio-visuels, sont ou devraient être les alliés naturels des créateurs comme des diffuseurs, tout comme, par exemple, les orga-nismes d’enseignement à tous les niveaux.

L’échange a été franc et ins-tructif, pour tous les participants on l’espère. On s’est entendu sur la nécessité d’accompagner avec vigilance le repositionnement de l’écrit dans le grand chamboulement des médias accompagnant le retour en force de l’image (multiplication des canaux de télévision, internet) ; on est tombé d’accord pour souligner que la littérature non spectaculaire (romans, poésie, essais) a une tâche particulièrement difficile en la matière ; les responsables du journal ont enfin précisé les conditions concrètes de leur travail, une information précieuse pour quiconque veut mieux comprendre la situation réciproque — et problématique parfois — des créateurs et des médias.

Les exigences de rentabilité viennent en premier, bien entendu, les contraintes financières ; pour le contenu, on s’en tire plutôt mieux qu’ailleurs dans la région, dont les médias écrits se comparent très avantageusement, nous a-t-on souligné, à ceux de régions semblables démographiquement et éco-nomiquement (Mauricie, Bas-Saint-Laurent...) ; le rédactionnel occupe par exemple, 63% du journal, contre 53 ou 58% ailleurs. Vient ensuite un souci constant de dosage quant aux exigences (toujours infinies...) du milieu dans son ensemble : sport, information locale et provinciale, politique générale, communautaire, culturel, cha-cun veut sans cesse davantage de couverture. On nous a affirmé par exemple avoir diminué la proportion allouée aux sports (30% à présent) et augmenté la part de la culture (environ 20 %) : les priorités doivent refléter, a-t-on insisté, les préférences des lecteurs. On a aussi admis que, depuis quelques temps, la place faite au culturel dans tous les grands journaux ne cesse de croître puisque, les uns après les autres, Le Devoir, Le Soleil, La Presse se sont dotés de cahiers culturels (et même, pour La Presse, d’un cahier exclusivement littéraire) — et ce malgré la présence à Québec et à Montréal de médias culturels “parallèles” (Ici, Voir) qui auraient pu drainer lecteurs et commandites publicitaires.

Il faut évidemment garder le sens des proportions : bassin de population et tirages sont bien différents dans ces deux villes et pour le Saguenay-Lac Saint-Jean. On nous a pourtant dit avoir envisagé un numéro spécial culturel au moins une fois l’an, mais en être empêché par la difficulté de trouver des commanditaires. (Les membres-fondateurs de l’APES se souviennent certainement de l’expérience avortée, et pas très satisfaisante au demeurant dans ses aspects techniques, du cahier spécial “Lez ‘Arts”, publié en 1995 et d’où notre bulletin de liaison a tiré en partie son titre...)

On a aussi abordé des aspects plus techniques, comme les éventuelles séquelles de la fusion il y a quelques années du Quotidien (qui paraît six jours par semaine) et du Progrès-Dimanche (qui paraît maintenant le jour où Dieu se repose). Au lieu en effet d’avoir une possibilité maximale de deux couvertures différentes pour un même événement culturel, il n’y en a plus maintenant qu’une seule. D’après les responsables du journal, cette perception est erronnée, il y a plutôt eu augmentation de l’espace attribué à la culture, et à la culture régionale, depuis la fusion, même si Le Progrès-Dimanche est davantage perçu par lecteurs et com-manditaires comme le support culturel de préférence.

Mais surtout, notre collègue Christiane Laforge nous a donné un aperçu des contrain-tes de son travail de journaliste culturelle, contraintes qu’elle partage avec sa collègue à plein temps, Denise Pelletier (et bien sûr, dans les autres sections, avec les autres journalistes). Le manque d’effectifs est évidemment la principale pierre d’achoppement : beaucoup de demandes, beaucoup de productions et d’événements, et très peu de monde pour les couvrir. Il y a bien des journa-listes à temps partiel qui collaborent un peu à toute les sections, et donc à la section culturelle, et des correspondants régionaux qui donnent aussi un coup de main (Jacques Girard à Roberval, Paul-Émile Thériault à Alma), mais ce n’est pas comme d’avoir des journalistes à plein temps pour la culture. Or celle-ci prend proportionnellement beaucoup plus de temps à couvrir : par exemple, une fois allé à un spectacle (4 heures), il faut rédiger son papier très vite (et quand on a fini, il est minuit passé) et se trouver au travail le lendemain matin. Les services de presse s’accumulent sur le bureau — et même lorsque le ou la journa-liste sont des lecteurs rapides, c’est tout de même trois ou quatre heures de lecture pour les livres moyens (300 pages maximum). Et s’il n’y avait que cela ! Mais il y a les disques, les galeries d’art, les associations culturelles, les musées, alouette. C’est à se demander quand les journalistes culturels trouvent le temps d’avoir une vie de famille — et d’écrire quand, à l’instar de notre collègue Christiane Laforge, ils sont aussi des écrivains. Se pose alors, en sus, le problème du conflit d’intérêt, qui n’arrête pas d’autres journaux ou revues à l’égard de leurs collaborateurs-écrivains dans des régions aux effectifs journa-listiques plus nombreux, mais qui devient suraigü ici, où justement le personnel est des plus réduits...

On nous a donné en route quelques conseils utiles, dont nous nous ferons ici les porte-parole. On a remarqué, par exemple, le manque déplorable d’agressivité médiatique de cer-tains auteurs de la région lorsqu’ils ont publié un nouvel ouvrage ; or, paraît-il, rien ne dispose plus favorablement un(e) journaliste surmené(e) que d’avoir à temps en main toutes les données pertinentes -- dossiers de presse, photos, communiqué de presse. C’est le travail des attaché(e)s de presse chez les éditeurs, dira-t-on, avec raison. Et ils font parfois leur boulot, surtout pour leurs auteurs de Montréal et Québec — ou de France — , il faut bien le dire (et on nous l’a dit). Pour leurs auteurs qui se trouvent vivre et écrire en région... bé, pas aussi souvent ni avec autant d’insistance. On se retrouve donc avec le sempiternel pro-blème de l’auto-promotion et des auteurs trop ignorants, trop occupés, trop timides, ou trop orgueilleux (ou les quatre) pour s’y consacrer. Le programme “Devine qui vient dîner” de l’Uneq a au moins cela de bon qu’il fournit aux auteurs invités un dossier de presse complet (tous les éditeurs n’en tiennent pas un) ; à charge pour eux ensuite, et c’est là que le bât blesse, de le tenir à jour. On sait l’importance de ce dossier de presse dans les contacts avec les organismes subventionnaires : en avoir un, et à jour, ce serait faire d’une pierre deux coups, chers collègues. Ce pourrait être un des avantages de l’APES dans les temps à venir que de vous y aider — qu’en pensez-vous ?

En attendant, que faire ? Eh bien, ne pas hésiter à contacter les journalistes culturels de la région, directement, en personne. Leur fournir les données pertinentes, le plus vite possible (points d’information : le cahier culturel du Quotidien/Progrès est arrêté le vendredi de chaque semaine pour la semaine suivante ; dix jours de préavis, c’est l’idéal pour les événements). Leur proposer une entrevue — on y est tout à fait ouvert, nous a-t-on affirmé. Ne jamais se décourager, amertume et paranoïa ne sont pas de mise : se rappeler avant tout les conditions concrètes de travail des journalistes (voir plus haut...). Et se prévaloir de la page que l’APES vous offre sur son site web pour un tarif dérisoire (et une fois pour toutes), laquelle page, grâce au miracle de l’électronique, peut servir à un journaliste mal pris à la recherche d’informations sur vous ! (renseignements disponibles à la direction de l’APES...)

Et nous, à l’APES ? On nous a invités, bien sûr, à envisager un budget publicitaire. Nous avons retenu (mal) un rire douloureux. La promotion dans les médias est extrêmement coûteuse comparativement aux ressources très limitées d’une petite association comme la nôtre, et compte tenu des caractéristiques des programmes de subvention auxquels nous pouvons avoir recours (ils ne couvrent pas la promotion, en général). Si nous étions un éditeur, ou un libraire, nous disposerions de programmes de soutien à la promotion (certains auteurs se demandent avec raison ce qu’en font les éditeurs et les libraires !) Nous ne sommes ni l’un ni l’autre. Des partenariats avec le privé ? C’est le présent dada du Conseil Régional de la Culture, et un refrain à la mode chez plusieurs de nos organismes subventionnaires (une coïncidence, évidemment), mais les diverses réunions que nous avons eues avec les uns et les autres depuis trois ans indiquent bien que ce cheval est déjà fort chargé dans la région et ne risque pas de faire des petits de sitôt.

Et c’est sans parler du handicap certain des activités d’une association de jongleurs de mots par rapport à la culture-spectacle tout naturellement privilégiée par tous les médias (on ne parle pas ici de choix culturel de leur part, de jugement de valeur, mais d’abord et avant tout de choix économique).

Pourtant, ici non plus découragement, amertume et paranoïa ne sont pas de mise ! Il y a d’autres avenues possibles, trop peu explorées : par exemple, nous a-t-on rappelé, dans la section “opinion de lecteurs” ou “Forum” du journal, en semaine ou le dimanche, on accueille bien volontiers des commentaires sur des spectacles ou des livres dont le journal n’a pas parlé ; on est prêt aussi à lire d’un œil intéressé toute réflexion culturelle de fond. À vos plumes...

Enfin, il faut espérer que ce contact personnel aura davantage sensibilisé les responsables du Quotidien/Progrès-Dimanche aux pro-blèmes spécifiques de la littérature en région, et les rendra éventuellement plus attentifs lorsque nous nous manifesterons avec plus d’agressivité, ainsi qu’ils nous l’ont recommandé !

Élisabeth Vonarburg

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Dernière révision : 5 mai 2000

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