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Qu’y a-t-il à l’envers d’une auteure dite “pour
la jeunesse” ? Une auteure tout court, bien sûr. Ce n’est pas une surprise,
ou ne devrait pas en être une. Ce qui pourrait surprendre, par contre, c’est
le ton très sombre de ces onze courtes nouvelles — on croit sentir à
l’œuvre un mécanisme de compensation, on pense “exutoire”: Les Sorts semble
être aussi “ce qui doit sortir”... Mais peu importe. C’est la fulgurance dévastatrice
de l’écriture faussement transparente qui compte (certains de ces textes ont
été lus à la radio ; j’en imagine l’effet....). Très
brefs pour la plupart, ils vont droit au cœur et continuent au travers, jusqu’à
l’os.
Dans chacun un être féminin, vieille, enfant, adolescente, généralement
le personnage principal. Un être en détresse, au bord de la folie, de
la mort, du meurtre — et qui y bascule quelquefois comme dans le terrible “Ne réveillez
pas le chat qui dort” (beaucoup de chats dans ce recueil, évidemment totems
et projections, et qui subissent des sorts bien funestes). Solitude, malentendus
(mais on n’a rien dit), incommunicabilité, abandons, abus, désespoir...
Quelques touches de lumière, pourtant, bienve-nues, il faut le dire : dans
“Le Paradis” deux être isolés, une vieille femme nouvellement propriétaire
d’un duplex décati et son locataire, finissent par se rejoindre en rendant
vie à la cour transformée en jardin. Et dans “Le Beautiful”, le texte
le plus long du recueil et qui le clôt heureusement (au propre et au figuré
: “Cette image me rend heureux”, dit à la toute fin le narrateur), un homme
et une femme, encore, se libèrent ensemble de leurs fantômes, lui la
femme aimée disparue, elle la sœur morte aussi mais perdue depuis plus longtemps.
Ce n’est pas entre eux une histoire d’amour — et en même temps la tendresse
vous en étreint pour ne plus vous lâcher. Une tendresse déchirée,
déchirante, avec en contrepoint la colère brûlante née
de trop de chagrins, voilà je crois la petite musique de ce recueil, discrète,
mais précieuse. |
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Élisabeth Vonarburg
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«Les Sorts»
Charlotte Gingras
(Vents d’Ouest, 1999) |
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