| C'est la faute à Dumas Fils |
| Les Têtes Heureuses nous réservent
toujours des spectacles étonnants. Je songe à l'événement
Dostoievsky de l'an dernier. Admirable spectacle qui aurait dû prendre la route
et faire le tour du Québec. Mais qui se soucie de culture en ce pays de déficit
Zéro ? Qui, à Québec ou à Montréal, dans les officines
du ministère de la Culture, croit à l'existence de la culture dans
les régions ? Vivre en région, c'est vivre entre deux petites visites.
Je songe à celle de la direction de Télé-Québec, cet
automne. Madame Girard est venue nous dire que rien ne changerait. Un petit repas,
un verre de vin, merci de votre attention et on se revoit peut-être à
Montréal. |
| Bien sûr, ils ont répété
qu'ils avaient “la sensibilité régionale”. |
| Donc, les Têtes Heureuses présentaient
«Camélias» au tout nouveau théâtre du Pavillon des
arts de l'Université du Québec à Chicoutimi. Une douzaine de
représentations peut-être. |
| Les lecteurs connaissent La Dame aux camélias
d'Alexandre Dumas, dit Dumas fils. Un roman d'abord en 27 chapitres paru en 1848.
Jonquière avait tout juste un an alors et Marguerite, notre Marguerite Belley,
courtisait la fardoche et les maringouins. C'est tout dire. |
| Le spectacle de théâtre arriva un
peu plus tard. Grande première le 2 février 1852. Ce fut un succès
immédiat que ce drame en cinq actes mêlé de chants. Un genre
de drame musical, un aspect très contemporain si l'on veut. Cette histoire
servit de canevas à Francesco Maria Piave pour l'opéra de Giuseppe
Verdi : « Violetta ossia la Traviata ». On connaît la suite. |
| Pour le théâtre, c'est autre chose.
Peu de metteurs en scène ont tenté une incursion dans ce spectacle
très typé, très ancré dans la grande période dite
romantique où le sentiment et l'émotion étaient poussés
au paroxysme. |
| Passons sur le triangle amoureux, thème
de prédilection du romantisme, et celui de la mauvaise femme réhabilitée
par l'amour. On voudrait bien y croire mais les temps étant ce qu'ils sont... |
| Terriblement lourd, étouffant, souvent pompeux
aussi que ce texte de Dumas dit le fils. Oui, il faut une bonne dose de courage et
de témérité pour s'attaquer à une oeuvre semblable. |
| Eric Jean a réussi à présenter
un spectacle vivant, malgré de terribles longueurs. Je pense à la finale
qui n'en finit plus de finir. Il aurait fallu couper, cisailler, élaguer même
si la mise en scène vivante, originale donne un côté pervers
et contemporain à ce drame. Jean a su montrer le cynisme et la cruauté
d'un milieu revenu de tout. Avec peu de moyens. L'hypocrisie, la manipulation, le
mensonge, nous connaissons. |
| Les Varville aussi. |
| Il fallait bien des artifices pour faire passer
le morceau et Eric Jean ne s'est pas gêné. Des bonheurs de mise en scène,
une scénographie plus qu'intéressante. Tellement que je me suis surpris
à guetter la prochaine surprise, oubliant cette histoire connue. D’autant
que la performance des comédiens et comédiennes ne nous poussait pas
sur le bord de notre fauteuil. |
| Bon ! |
| Spectacle sauvé par la mise en scène,
par les efforts pour adapter ce drame à nos préoccupations contemporaines.
Heureusement parce que Marguerite et Armand m'auraient ennuyé terriblement.
J'ai apprécié sans y trouver le bonheur des autres spectacles des Têtes
Heureuses. |
| C'est la faute à Dumas fils. |
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Yvon
Paré
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