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Lézard # 11, Vol. 4 - Printemps 2000

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La Dame aux Camélias

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C'est la faute à Dumas Fils
Les Têtes Heureuses nous réservent toujours des spectacles étonnants. Je songe à l'événement Dostoievsky de l'an dernier. Admirable spectacle qui aurait dû prendre la route et faire le tour du Québec. Mais qui se soucie de culture en ce pays de déficit Zéro ? Qui, à Québec ou à Montréal, dans les officines du ministère de la Culture, croit à l'existence de la culture dans les régions ? Vivre en région, c'est vivre entre deux petites visites. Je songe à celle de la direction de Télé-Québec, cet automne. Madame Girard est venue nous dire que rien ne changerait. Un petit repas, un verre de vin, merci de votre attention et on se revoit peut-être à Montréal.
Bien sûr, ils ont répété qu'ils avaient “la sensibilité régionale”.
Donc, les Têtes Heureuses présentaient «Camélias» au tout nouveau théâtre du Pavillon des arts de l'Université du Québec à Chicoutimi. Une douzaine de représentations peut-être.
Les lecteurs connaissent La Dame aux camélias d'Alexandre Dumas, dit Dumas fils. Un roman d'abord en 27 chapitres paru en 1848. Jonquière avait tout juste un an alors et Marguerite, notre Marguerite Belley, courtisait la fardoche et les maringouins. C'est tout dire.
Le spectacle de théâtre arriva un peu plus tard. Grande première le 2 février 1852. Ce fut un succès immédiat que ce drame en cinq actes mêlé de chants. Un genre de drame musical, un aspect très contemporain si l'on veut. Cette histoire servit de canevas à Francesco Maria Piave pour l'opéra de Giuseppe Verdi : « Violetta ossia la Traviata ». On connaît la suite.
Pour le théâtre, c'est autre chose. Peu de metteurs en scène ont tenté une incursion dans ce spectacle très typé, très ancré dans la grande période dite romantique où le sentiment et l'émotion étaient poussés au paroxysme.
Passons sur le triangle amoureux, thème de prédilection du romantisme, et celui de la mauvaise femme réhabilitée par l'amour. On voudrait bien y croire mais les temps étant ce qu'ils sont...
Terriblement lourd, étouffant, souvent pompeux aussi que ce texte de Dumas dit le fils. Oui, il faut une bonne dose de courage et de témérité pour s'attaquer à une oeuvre semblable.
Eric Jean a réussi à présenter un spectacle vivant, malgré de terribles longueurs. Je pense à la finale qui n'en finit plus de finir. Il aurait fallu couper, cisailler, élaguer même si la mise en scène vivante, originale donne un côté pervers et contemporain à ce drame. Jean a su montrer le cynisme et la cruauté d'un milieu revenu de tout. Avec peu de moyens. L'hypocrisie, la manipulation, le mensonge, nous connaissons.
Les Varville aussi.
Il fallait bien des artifices pour faire passer le morceau et Eric Jean ne s'est pas gêné. Des bonheurs de mise en scène, une scénographie plus qu'intéressante. Tellement que je me suis surpris à guetter la prochaine surprise, oubliant cette histoire connue. D’autant que la performance des comédiens et comédiennes ne nous poussait pas sur le bord de notre fauteuil.
Bon !
Spectacle sauvé par la mise en scène, par les efforts pour adapter ce drame à nos préoccupations contemporaines. Heureusement parce que Marguerite et Armand m'auraient ennuyé terriblement. J'ai apprécié sans y trouver le bonheur des autres spectacles des Têtes Heureuses.
C'est la faute à Dumas fils.

Yvon Paré

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Dernière révision : 5 mai 2000

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