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TYRANAËL - Une grande saga en cinq volumes

Volume 3

« MON FRÈRE L'OMBRE »

Tyranael 3 - Mon frere l'ombre Les habitants de Virginia n'ont plus de contacts avec la Terre depuis des siècles. Dans les villes et les villages du continent principal, un nouvel ordre et une paix apparente règnent. Ce qui n'empêche nullement l'existence de ghettos où survivent des "têtes-de-pierre", descendants des Terriens venus essayer de reconquérir la planète longtemps auparavant.

Mathieu, qui croit être l'un d'eux, s'est évadé d'une École où il était séquestré et drogué. Feignant l'amnésie, il réussit à s'insérer dans cette société virginienne où, espère-t-il, il arrivera à comprendre pourquoi on l'a ainsi traité.

Sa quête obstinée l'amènera à prendre parti dans la guerre secrète qui oppose depuis des siècles deux factions de mutants, les "Gris" et les "Rebbims", et, surtout, à découvrir le pont menant vers le monde des Anciens...
© Illustration :
Jacques Lamontagne

(Extrait : Chapitre 1, p. 1-3)

« Il y a très longtemps, au temps où les Ékelli marchaient encore sur Tyranaël, une grande joie advint en la demeure de Karaïd Tsaludar, à Hleïtzer qui était alors la capitale des Paalani sur Hébu. Longtemps le roi et son épouse Mirnaë avaient attendu un enfant, et par trois fois déjà leur espoir avait été déçu. Or, pendant la nuit de l'éclipse d'été, alors que la lune épousait le soleil, il leur naquit un fils. L'enfant avait les yeux violets de son ancêtre Ktulhudar, et tous les mages déclarèrent que par lui se réaliserait sûrement la prédiction de l'Homme-Dieu aux Paalani, lors de leur ultime défaite : "Vous serez grands de nouveau, non par les armes et dans la guerre, mais par l'amour et dans la paix."

Cette grande joie se changea pourtant bientôt en une grande peine. Ce ne fut d'abord qu'un chuchotement dans les couloirs du palais, puis un murmure de bouche à oreille, mais enfin la nouvelle éclata dans la ville royale consternée : le regard du divin soleil ne s'arrêtait pas sur le prince héritier ! Le fils du roi, le descendant de l'Homme-Dieu Ktulhudar, Oghim Karaïdar, n'avait pas d'ombre !

Karaïd Tsaludar était un roi juste et bon, aimé de tout son peuple, et tout son peuple s'affligea avec lui. Non seulement l'enfant n'avait pas d'ombre, mais il n'avait pas non plus de reflet : ni l'eau ni le métal ne renvoyaient son image ! On essaya tout pour le guérir ­ mais ce n'était pas une maladie. On essaya tout pour le désensorceler ­ mais si c'était une malédiction, d'où venait-elle ? Tous les guérisseurs, tous les mages, tous les sages appelés au palais demeurèrent impuissants à expliquer la condition du petit prince.

Mais c'était le seul enfant de Karaïd Tsaludar, le prince héritier, et son père décida que, dans la mesure du possible, il serait élevé comme tel.

Les années passèrent, et l'enfant sans ombre grandit en force et en beauté. Par ordre du roi, on avait banni tous les miroirs du palais, et l'on ne laissait sortir le jeune prince dans les jardins intérieurs que pendant les heures obscures où nul astre nocturne ne brillait dans le ciel. Le jour, il dormait dans une partie du palais dont toutes les fenêtres avaient été murées, éclairée seulement par la lumière de la pierre dorée, qui ne fait pas d'ombre. Ainsi le prince put-il vivre jusqu'à sa quinzième saison sans jamais soupçonner qu'il n'était pas comme les autres. Il apprit le maniement des armes et toute l'histoire glorieuse de ses ancêtres. Il apprit à jouer des instruments de musique qui convenaient à un jeune prince des Paalani. Il apprit toutes les grâces de la cour, et toutes les subtilités du combat. Il apprit aussi, sous les voûtes sonores des cours et des jardins qu'on avait aménagés pour lui seul, à chevaucher de petits aski ; on n'avait en effet pas osé le présenter aux tovik qui résidaient à Hleïtzer, et on les tenait soigneusement à l'écart de la partie du palais où vivait le prince. Il l'ignorait et ne pouvait donc s'en affliger, mais il n'aurait pas de compagnon tovker quand il deviendrait roi : comment les grands unicornes auraient-ils pu le choisir, sans ombre ?

Il deviendrait roi un jour, cependant, il n'en avait jamais douté : son père le traitait comme tel, sa mère le traitait comme tel, tous les maîtres et les compagnons qu'on lui avait choisis avec soin le traitaient comme tel. Il l'avait appris avec chacun de ses souffles et le croyait sans questions. Tout comme il croyait que l'immense palais où il vivait n'avait pas de limites, et constituait le monde.

Mais vers le milieu d'une nuit d'études, de jeux et de combats (c'était pour lui la journée), il advint que tous les compagnons d'Oghim s'endormirent, terrassés par la fatigue. Seul Oghim ne parvenait pas à trouver le sommeil. Il décida d'aller se promener dans le palais. Ses compagnons, qui étaient ses gardiens, avaient toujours été là pour le détourner des endroits où il ne devait pas se rendre. Mais comme ils dormaient d'un profond sommeil ­ et comme tout le monde dormait aussi dans le palais à cette heure, même les gardes, qui savent dormir les yeux ouverts ­ Oghim se trouva bientôt dans une partie du palais inconnue de lui. Il y avait là des tapisseries et des tableaux comme il n'en avait jamais vu, dépeignant de vastes étendues d'arbres et d'eau semblables à celles des jardins intérieurs du palais, mais sans murailles pour les délimiter. Et au-dessus de ces grands espaces s'ouvrait un ciel comme il n'en avait jamais vu, bleu pâle, où flottaient des morceaux de coton blanc.

Déconcerté mais curieux, Oghim poursuivit son chemin. Et d'escaliers en corridors, de cours en jardins, il arriva sans le savoir à la limite du palais, sur l'ancien chemin de ronde. Au-dessus de lui, le ciel nocturne s'arrondissait, fourmillant d'étoiles, mais c'était un spectacle familier pour Oghim. Ce qui l'était moins, c'était que le ciel fût si vaste. Et ce qui l'était moins encore, ce qui lui fit retenir son souffle avec un mélange de stupeur et d'excitation un peu effrayée, ce fut de voir au-dessous de lui, lorsqu'il s'accouda au parapet du chemin de ronde, un espace apparemment infini constellé de lumières, et qui n'était pas le ciel, qui se trouvait en fait là où s'étendait normalement la terre ! Il en montait des bouffées de musique et des rires, et des voix qui s'interpellaient. Il y avait des gens là-bas ! Et pourtant, le palais semblait bien s'arrêter là où se tenait Oghim.

Oghim descendit l'escalier qui menait dans la cour principale du palais, se glissa dehors par une petite poterne, dans le dos d'un garde qui ronflait, appuyé sur sa lance, et descendit le long chemin qui menait vers la grande cité de Hleïtzer...»

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Tyranaël III «Mon frère l'ombre», 353 pages, 14,95 $
© 1996 Éditions Alire & Élisabeth Vonarburg

TYRANAËL - Une grande saga en cinq volumes

Volume 1

« Les Rêves de la Mer »

Volume 2

« Le Jeu de la Perfection »

Volume 3

« Mon frère l'Ombre »

Volume 4

« L'Autre Rivage »

Volume 5

« La Mer allée avec le soleil »

Publié aux Éditions Alire


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Dernière révision : 26 septembre 2006

Raymond-Marie Lavoie
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