Porte-Folio


Saguenay Arr. Chicoutimi QC Canada


TYRANAËL - Une grande saga en cinq volumes

Volume 1

« LES RÊVES DE LA MER »

Tyranael 1 - Le jeu de la perfection Eïlai Liannon Klaïdaru était encore enfant lorsqu'elle a "rêvé" pour la première fois des Étrangers. Elle ne se doutait pas alors qu'ils changeraient le destin de sa planète, Tyranaël.

La Terre surpeuplée va enfin essaimer : Virginia, dans la constellation de l'Aigle, est ouverte à la colonisation. Mais qui sont les constructeurs des singulières villes qui la parsèment ? Et pourquoi ont-ils disparu ?

Au soir de sa vie, Eïlai a rassemblé toutes les plaques mémorielles racontant la dramatique arrivée des Étrangers. Hélas, aucune ne dit clairement dans combien de temps elle aura lieu.
Et voilà le Nostos qui se place en orbite, et le premier drame : qu'est-ce que cette "Mer" qui, surgie de nulle part, annihile toute énergie dès qu'on l'approche... et toute vie à son contact ?
© Illustration :
Jacques Lamontagne
 

(Extrait : Chapitre 6, p. 71-76)

« Il y a des rires, des conversations animées, le cliquetis des verres... Est-ce donc une fête ? Presque tout l'équipage du Nostos est là, ainsi que les délégués des colons, la plupart des membres de la première expédition (un élancement douloureux dans la poitrine : Joris, discutant avec Golheim). Comment peuvent-ils rire, sourire ? Ont-ils déjà oublié les tombes vides autour de la Base, et celles qui ne le sont pas autour des colonies ? L'histoire d'Alpha est bien commencée : elle a ses martyrs, ses pionniers, des noms sur des tombes. On peut coloniser, maintenant. Les premiers occupants du sol, c'est le cas de le dire : les anciens indigènes n'avaient pas de cimetières, ou en tout cas pas depuis plusieurs milliers d'années, s'il faut en croire les fouilles parcellaires des archéologues. Ils ne jugeaient même pas la mort digne d'être commémorée : on meurt parfois dans les fresques plus récentes, mais il n'y a pas de cadavre paré, pas de pleureuses, pas de procession funèbre, pas de bûcher ardent... Ou de tour à vautours, ou l'équivalent local des oiseaux de proie. Pas d'autre vie, pour eux ? Pas d'âme, pas de fantôme, pas de regrets ? Et pourtant si, d'autres fresques en font foi, des sculptures, quelques objets trouvés dans des tombes archaïques...
David hausse les épaules : une énigme de plus. Ou bien non : les anciens indigènes étaient... si anciens. L'évolution de la vie intelligente a commencé tard ici ­ elle a dû attendre le déchaînement à la bonne distance des radiations produites par la fusion de l'étoile binaire qui est devenue Altaïr. Mais alors, quelle explosion : cinquante millions d'années terrestres seulement pour évoluer des animaux pélagiques aux humanoïdes. Les premiers explorateurs marins venus du continent Ouest avaient depuis longtemps abordé aux rives du grand continent principal quand Ur et Babylone n'étaient sur Terre que des hameaux poussiéreux ; à ce moment-là, sur le pourtour du lac Mandarine, la civilisation nordique avait déjà près de trois mille années terrestres. Les anciens indigènes ont eu le temps d'apprivoiser la mort, sans doute. Le temps de dépasser tous ces rituels puérils par lesquels se rassurent ceux qui restent.
Quelqu'un se met à rire derrière David, il s'oblige à ne pas se retourner. Rituels. Comment ne voient-ils pas que c'est une veillée funèbre ? Ils se serrent les uns contre les autres pour se protéger des images funestes, apaiser les fantômes. Les Grecs appelaient "bienveillantes" les déités préposées à la vie et à la mort : on s'est arrangé aussi pour euphémiser la réapparition de la chose bleue. C'est le début de l'année virginienne ­ l'anniversaire pour les colons du jour 0 de l'An 0 où la Mer est venue les naufrager. Ce sera un autre anniversaire, désormais. On va envoyer à la Terre, par communication instantanée WOGAL, le résultat positif du vote sur la colonisation. Sont-ils déjà en train de faire la fête aussi, là-bas sur Terre, au quartier général du ComSec, et Bounderye dans la grande arcologie de la BET ?
Croient-ils que ce vote positif est une revanche, les colons, les naufragés ? Entendent-ils la nervosité de leur voix, la note rauque parfois dans leurs rires un peu trop forts ? Ont-ils conscience de leur obstination à tourner le dos au ciel où Prime encore lumineuse est suspendue comme une boule de Noël ? Personne ne regarde pour voir où en est l'éclipse. On n'a pas vraiment besoin de cette ultime confirmation, on a attendu jusque-là pour faire plaisir à Evans, la périodicité du phénomène n'est plus à prouver : la "Mer" arrive avec la lune noire, repart avec le soleil noir. Oh, on enverra des équipes refaire les examens et les expériences des colons ­ avec les mêmes résultats ; on sait déjà sur la "Mer" tout ce qu'on peut savoir : presque rien. Mais ils sont tellement à cheval sur les rituels, eux autres Terriens. Les gestes. Le vote pour décider la colonisation : un geste. Quel pouvoir a-t-on réellement ici, quel choix ? La Terre veut Alpha ­ le BIAS, le ComSec et Bounderye ­ ils le savent, ce sont ces désirs pour une fois convergents qui ont voté, pas eux. Et ceux qui ont voté contre ont fait un geste aussi, ils savaient très bien qu'ils étaient une infime minorité. Ils l'ont fait pour l'Histoire, pour que ce soit consigné dans les documents au cas où quelque chose tournerait mal. Mais personne ne veut vraiment penser à cela. D'ailleurs, personne n'a vraiment voté "contre". Certains des archéologues voulaient que la colonisation soit retardée de quelques années pour continuer leurs fouilles ; et certains des psychologues ont des doutes sur les réactions futures des colons : défricher une planète sauvage, c'est une chose, chausser les pantoufles d'indigènes mystérieusement disparus trois siècles avant l'arrivée de la première expédition, c'en est une autre. Qu'arrivera-t-il par exemple dans les grandes villes des indigènes, qu'on a l'intention d'habiter mais qu'on ne pourra peupler à capacité avant longtemps ? Comment réagiront les nouveaux citadins au contact permanent de tous ces quartiers-fantômes ? Mais ni Shandaar ni Golheim n'ont réussi à convaincre beaucoup de monde. Ils n'ont même pas vraiment essayé : eux aussi, en réalité, ils veulent la colonisation. Même Evans a voté pour, lui qui n'a pas encore mis les pieds sur la planète.

Et moi aussi. Que Christian ne soit pas mort pour rien.

Il y a quelqu'un, pourtant, près de la fenêtre. David fait un effort pour ne pas se détourner. Makori. Il ignore le sourire un peu timide de la jeune fille, s'approche du panneau transparent, y appuie son front. Le croissant de Prime s'amenuise rapidement à mesure que les deux systèmes arrivent en conjonction.

" Six minutes ", dit Makori.

David regarde malgré tout son bracelet, agacé. Il a dû amorcer le geste, inconsciemment, et Makori aura deviné son désir de savoir l'heure. Les circonstances n'impliquent guère d'autre possibilité : on est là, on regarde les planètes s'aligner, inutile de faire appel à des pouvoirs spéciaux pour expliquer cette clairvoyance. C'est une coïncidence. Les tests PES de Golheim... Ça ne veut pas dire grand-chose. Et puis, ils n'ont rien donné du tout, avec Makori.
Mais les résultats n'étaient-ils pas trop mauvais ? Se peut-il qu'il ait fait exprès de rater les tests avec Makori ?
Il écarte résolument cette idée. Les tests de perception extrasensorielle ont toujours eu de bons résultats quand l'émetteur était Christian, voilà tout. Ça ne pouvait pas marcher avec quelqu'un d'autre. Christian est mort. Le lien est brisé. Inutile de revenir là-dessus. Stupide de s'être prêté à ces tests. Stupide de s'être obstiné dans ces salles. Rien à voir avec la PES. Hallucinations. Des radiations inconnues émises par le métal. Ils ne les ont pas encore repérées, mais c'est sûrement quelque chose de cet ordre. Ou la fatigue. Le travail du deuil qui se termine. Christian est mort, bien mort. Et l'anniversaire de sa mort sera celui de la colonisation.
Deux autres personnes près de Makori, il les voit du coin de l'il, Yvan Kulhevich, Reina Delgado. Il sent qu'ils le regardent. Les autres petits cobayes de Golheim. Ils passent tout leur temps libre avec lui, il n'a pas abandonné son idée idiote. Il doit leur faire faire des tests aussi. Et alors, est-ce que ça marche avec eux ? Les trucs avec les vieilles cartes de Zenner, croix, carré, cercle, étoile, vagues, tellement confus tout ça (seulement avec Christian...) ; ou bien il leur fait faire les trucs plus sophistiqués, avec les bips électroniques et tout. Golheim et sa marotte, ridicule...

Et les salles, est-ce qu'il leur a fait essayer les salles ?

David se tourne brusquement vers le petit groupe et les trois jeunes gens se rapprochent les uns des autres, comme effrayés par son brusque mouvement. "Déjà visité une salle à A-dix, Makori ?"

Prise au dépourvu, la jeune fille commence à hocher affirmativement la tête, se mord les lèvres en détournant les yeux. Golheim leur a dit de ne pas lui en parler. David ne sait comment, mais il en est certain. Il désigne les autres du menton : "Eux aussi." Il n'interroge pas : ils ne répondent pas. Mais il sait. "Combien d'autres ?

« Une dizaine », souffle Makori ; "Rien que des jeunes", ajoute Kulhevich, et Reina Delgado, très vite : "Ça ne nous fait pas autant d'effet qu'à vous." Qu'est-ce qu'ils ont tous à s'excuser, à se serrer les uns contre les autres ainsi, comme s'ils avaient peur, de quoi ont-ils peur ? Et soudain, très claire de nouveau, la certitude : ils ont peur pour lui ; ils essaient de le ménager. Pendant un instant de parfaite lucidité détachée, il a l'impression de se voir de très loin, ou de pas si loin peut-être : par leurs yeux. Dommage qu'il ne soit pas plus loin, au moins il ne se rendrait pas compte (un éclair froidement amusé : mais ça ne tardera pas). Un peu plus loin. Un peu plus bas. Où ? Là-bas, en bas, près des tombes vides que le bleu va de nouveau recouvrir ?

Il se tourne vers la fenêtre, entend vaguement le silence qui se fait derrière lui dans la salle, mais il est seul avec la lente mécanique céleste. L'éclipse arrive à son apogée. Ça n'a pas l'air réel, tout d'un coup. L'espace n'a plus de profondeur, c'est une toile noire devant laquelle deux grosses boules tournent, les trois autres petites boules tournent aussi, des rouages invisibles s'enclenchent, comme dans un ballet la lumière et la nuit échangent leur place, et soudain, un déclic secret, le diable sort de la boîte, la chose est de retour, l'une des grosses boules est d'un violet vaguement fluorescent et l'autre est soudain gainée de bleu.

Mais David ne va pas à l'autre fenêtre, comme certains, pour voir le brouillard revenu dans le ciel, du côté des quais. Un brouhaha de voix satisfaites s'élève derrière lui ; il voudrait ne pas les entendre mais il n'y arrive pas ; il appuie de nouveau son front à la vitre : un cercle brûlant est en train de se resserrer autour de son crâne. »

CE QUE LA PRESSE EN DIT

« Le monde qu'elle réussit à créer est saisissant... C'est probablement le meilleur roman que j'aie lu de ma vie... et j'en ai beaucoup lu. »
Proxima

«Fascinant de par son écriture et sa composition structurelle. Un chevauchement entre la réalité et la science-fiction.»
La Puce à l'Oreille, CKRL

 «C'est ainsi le travail de toute une vie qui se manifeste dans cette grandiose saga.»
Le Fleuve

 «J'ai peur des superlatifs [...] mais je dirais que c'est l'un des meilleurs romans de l'auteure.»
Solaris

 «Un édifice de la science-fiction qui pourrait bien devenir la première pièce d'un véritable monument.»
Québec français

 «L'ensemble me fait pense, par la structure du roman, à la série de Dune (c'est là un compliment voyez-vous! ).»
La souris d'Amérique

«Et puis quelle souffle, quelle inspiration !
Il faut saluer cette écriture ample et souvent lyrique.»
Lettres québécoises


Logo de Alire Édition

Tyranaël I «Les rêves de la mer», 363 pages, 14,95 $
© 1996 Éditions Alire & Élisabeth Vonarburg

TYRANAËL - Une grande saga en cinq volumes

Volume 1

« Les Rêves de la Mer »

Volume 2

« Le Jeu de la Perfection »

Volume 3

« Mon frère l'Ombre »

Volume 4

« L'Autre Rivage »

Volume 5

« La Mer allée avec le soleil »

Publié aux Éditions Alire


Vers le haut

Partenariat avec www.sagamie.org

Droit d'auteur
Dernière révision : 26 septembre 2006

Raymond-Marie Lavoie
Webmestre