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« À
l’été 2004, heureux d’être de retour dans notre belle région
(pour une “ixième” fois), j’ai choisi de m’établir à Ville d’Alma
et de m’y investir, tant au niveau professionnel que personnel. Jouer, mettre en
scène, se perfectionner, enseigner et vivre du théâtre, ici comme
ailleurs, n’est pas toujours de tout repos et non plus sans apporter son lot d’insécurité.
Souvent, à l’origine de toute démarche créatrice, il y a une
blessure. Cette blessure nous a séparé de quelque chose qui était
vital pour nous et, ce faisant, elle a marqué une partie de nous qui reste
en exil au plus profond de nous-même. Le temps, parfois, transforme notre blessure
en cicatrice qui ne fait plus mal. Dans l’exercice de notre métier, nous retournons
continuellement vers cette blessure intime, pour la refuser ou lui rester loyal.
Tout cela n’a rien à voir avec l’esthétique, les théories, ni
avec le besoin de communiquer avec l’autre. Il s’agit plutôt du désir
de retrouver une sensation de plénitude, une entièreté perdue.
Pour se rencontrer soi-même, il faut se mesurer à l’autre, l’autre en
nous ou l’autre en dehors de nous.
L’ACTEUR, SUJET ET OBJET DE SA CRÉATION ...
Quand un acteur joue, il ne devient pas quelqu’un d’autre. Il ne peut se dissimuler
derrière le personnage. La fiction n’a d’existence que par lui. Son jeu est
unique et laisse transparaître - qu’il s’en défende ou non - la réalité
toute entière de sa personnalité. L’interprétation d’un rôle,
c’est d’abord une comédie que l’acteur se donne à lui-même. L’illusion
commence par lui, par ce besoin qu’il éprouve de prendre l’apparence d’un
autre pour se sentir vivre pleinement. Jacques Copeau écrit : “ l’acteur (...)
ne peut rien donner qu’on se donne à soi-même (...) À la fois
sujet et objet, cause et fin, matière et instrument, sa création, c’est
lui-même. Là gît le mystère : qu’un être humain puisse
se penser et se traiter comme matière de son art, agir sur soi-même
comme un instrument auquel il faut qu’il s’identifie sans cesser de s’en distinguer,
en même temps s’agie et être ce qu’il agit, homme naturel et marionnette”.
Toute création part d’une contrainte acceptée. Pour se réaliser
complètement dans son art, l’acteur doit renoncer aux prérogatives
de son moi. Il doit abdiquer l’image qu’il se fait de sa personnalité et du
personnage pour toucher le plus profond de lui-même, pour trouver une vérité
au-delà de lui-même, c’est-à-dire pour être “créateur”.
L’acteur qui cherche à plier les impératifs du personnage au gré
de ses désirs ne parvient qu’à des formes d’expressions réduites.
La richesse inventive se paie d’une abnégation initiale, d’un renoncement
aux idées préconçues, à tout ce qui entrave le surgissement
de l’innatendu. La part la plus précieuse de l’acteur n’est pas dans ce qu’il
veut, mais dans ce qui émane de lui à son insu. Aussi longtemps qu’un
acteur s’intérroge sur la représentation de son moi - comment est-ce
que je souhaite être vu par les autres? -, tant qu’il veut prouver son existence
scénique par des arguments volontaristes, rien de primordial n’advient dans
son jeu.» |
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