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| Les travaux artistiques (CyberZèbre,
Guernic@NET,
Moz@ïque, «Paysage-Portrait» et «Portrait-Paysage»,
À la manière d'Arcimboldo, «Comme
dans un prisme aquATIc»), que les élèves d’Arts et technologies informatisées ont réalisés depuis quelques années
dans le cadre du cours Téléprojet participent au développement du concept d’Art
réseau. Cet esthétique des technologies de l’information et des communications
trouve ses prémisses dans les travaux de Fred Forest
(esthétique des communications) et de Roy Ascott (la Télénoïa).
Ces deux artistes ont contribué à ma réflexion sur la nature
interactive de l’infographie et influencé ma démarche artistique et
pédagogique. |
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| L’Art réseau n’est pas une esthétique
portant sur les contenus de la communication mais bien sur la communication elle-même,
c’est à dire la mise en contact, le dispositif d’échange ou la construction
d’un système d’appréhension du sensible comme l’entendait Mc Luhan
(«Le média
est le message»). Fred Forest
parle d’esthétique de la relation, c’est d’ailleurs ce qui me semble le plus
près de ce que peut être ce système de communication artistique.
Pour bien saisir la dynamique, il faut occulter les deux éléments fondamentaux
de ce qu’il est convenu d’appeler l’Art réseau. Le premier, est le dispositif
de communication et le second, la stratégie d’échange. |
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| Le dispositif de communication se doit d’être
un ou plusieurs médias ayant la capacité d’établir un dialogue,
en tout temps et en temps réel. L’œuvre se présente dans la constitution
du réseau même, c’est à dire dans son organisation. Par exemple
le téléphone (extension de la bouche et de l’oreille) ou un système
de téléphones (Forest), rendent possible la production d’une œuvre
car ce dispositif technologique permet la rencontre en direct d’intervenants désireux
de communiquer. Plus, avec l’avénement des satellites de communication, une
véritable «peau planétaire» se tisse, permettant de «toucher»
n’importe qui possédant un terminal. Le «touché»
est le propre de l’Art réseau car les signaux qui sont véhiculés
à travers des milliers de câbles, sorte de systèmes nerveux numériques,
n’ont comme objectif que d’entrer en contact. L’organisation de ces contacts ou l’architecture
politique de l’œuvre, suffit comme l’affirme Anne Cauquelin
à constituer le réseau comme œuvre. La stratégie d’échange
est toujours critique car elle remet en question le résultat de la communication,
les comportements des utilisateurs, la hiérarchie de l’organisation, la gouverne
du réseau, etc.... L’œuvre agit comme miroir de notre société.
Non comme une copie fidèle des relations établies dans nos communautés
réelles, mais comme la constitution de communautés virtuelles inventant
leur propre système d’organisation. Les Cafés électroniques,
lieux publics où les cybernautes peuvent échanger sur la question des
réseaux, sont en sorte des espaces équivalents aux galeries et aux
musées des arts traditionnels. |
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| Selon Cauquelin «Il
suffit, en entrant sur le réseau, de «déclarer» que nous
sommes artistes pour l'être».
Cette affirmation donne une bonne idée des intentions de l’Art réseau
comme nouvelle esthétique. La «déclaration» de Forest dans «Radio Babel» décrivant
le dispositif de communication et manifestant sa présence sur le réseau
affirme le caractère processurel de l’Art réseau. |
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| Roy
Ascott aborde différemment l’Art
réseau, et pour en comprendre les fondements, il faut se référer
à la totalité de son manifeste «Télénoïa»
et retenir une clé qui nous est fournie en introduction «L’art ancien était fait pour être
vu de l’extérieur. Le nouveau est fait pour être construit
de l’intérieur». Ascott
voit dans l’Art réseau une rupture du paradigme artistique fondé sur
le visuel. Pour lui, l’avènement des technologies de l’information et des
communications dans le champ de l’art, marquent la fin d’une idéologie dominante
issue de la Renaissance «glorifiant
l’aliénation de l’expérience et le solipsisme de la conscience auxquels
nous condamnait l’ère industrielle».
Tout en comprenant l’esprit de son discours, il est difficile de croire que le “visuel”
disparaîtra de notre quotidien. J’opterais plus pour la thèse de la
«poupée russe» où un nouveau système plus complexe
que le précédent vient l’emboîter et voir ainsi un enrichissement
culturel de notre société. Ceci dit, Ascott nous donne des pistes très
pertinentes à la compréhension de ce nouvel art “construit” sur les
processus d’interaction des réseaux télématiques. |
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| Qui est cet artiste travaillant dans un système
de télécommunication? Ascott y répond par le concept «d’auteur distribué»
expression qu’il a introduite en 1983 pour
décrire le processus de création en réseau. L’artiste dans la
«La plissure du texte,
conte de fées planétaire» (1983)
c’est quatorze noeuds qui sont à la fois lieux et collectifs d’individus «distribués» sur quatre continents. Chaque noeud représente
un personnage, un archétype tiré du répertoire de contes de
fées jouant un rôle qu’il aura à définir au fur et à
mesure de l’évolution du processus de création du texte. Pendant 72
heures, les noeuds ont téléversé et téléchargé
du texte entre eux. Ils ont lu, improvisé, reformulé et retranscrit
les textes échangés. Le «noeud Ascott» pendant toute cette
activité, jouait son rôle de «Magicien» depuis le Musée
d’art moderne de Paris. Ce que je tire comme conclusion à l’analyse de ce
projet, c’est que le véritable artiste dans ce contexte est à mon avis
le «Magicien” qui a mis en place le système complexe. Et j’en reviens
au concept de la «poupée russe», les auteurs distribués
d’Ascott, sont en soit des artistes de l’art de la Renaissance. |
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| Où est l’œuvre dans un système de
télécommunications? «La plissure du texte» n’a pas créé
un nouveau conte de fées... même électronique! Le texte qui a
été produit n’avait pas le potentiel nécessaire pour être
édité et encore moins être diffusé sur le marché
grand-public. Alors que construit cet art? Ascott y répond très
bien en écrivant «La
technologie télématique est la technologie de la conscience, elle est
spirituelle avant d’être utilitaire de quelque façon que ce soit.». Il complète en affirmant que «...l’artiste ne s’occupe plus
de créer du contenu mais de construire un contexte...» et que «...l’interface
est entièrement contexte, comme le contenu est entièrement interface
entre spectateur et l’interface-comme-art. C’est dans ce sens que je dis que l’artiste
est un système par lequel et en interaction avec lequel du sens est généré.»
Le concept de la «poupée russe» (La
toile dans la toile) s’applique encore
ici, l’œuvre est avant tout le construit qui emboîte le propos
(œuvre d’art de la Renaissance) tenu par l’auteur
distribué. Ce qui fait sens, c’est
le contexte qui se construit. |
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par
Alain Laroche
artiste
et professeur
Arts et technologies informatisées,
Collège d’Alma - 2003
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