RÉFLEXION SUR L’ART RÉSEAU

par Alain LarocheEspace

Les travaux artistiques (Guernic@NET, en 1998 - Moz@ïque, en 1999 - " Paysage-Portrait " en 2000, - " À la manière d'Arcimboldo" en 2001, - " Comme dans un prisme aquATIc " en 2002, - " Proverbes Québécois " en 2003, - " Insectarium " en 2004, « L'étrange Noël de M. Jack », Hommage à l'univers fantastique de Tim Burton , en 2005 et maintenant en 2006 « Ti-Jean et le Radeau Volant », Hommage à l'univers su conteur jeannois Bertrand Bergeron que les élèves d’Arts et technologies informatisées ont réalisés depuis quelques années dans le cadre du cours Téléprojet participent au développement du concept d’Art réseau. Cet esthétique des technologies de l’information et des communications trouve ses prémisses dans les travaux de Fred Forest (esthétique des communications) et de Roy Ascott (la Télénoïa). Ces deux artistes ont contribué à ma réflexion sur la nature interactive de l’infographie et influencé ma démarche artistique et pédagogique.
L’Art réseau n’est pas une esthétique portant sur les contenus de la communication mais bien sur la communication elle-même, c’est à dire la mise en contact, le dispositif d’échange ou la construction d’un système d’appréhension du sensible comme l’entendait Mc Luhan («Le média est le message»). Fred Forest parle d’esthétique de la relation, c’est d’ailleurs ce qui me semble le plus près de ce que peut être ce système de communication artistique. Pour bien saisir la dynamique, il faut occulter les deux éléments fondamentaux de ce qu’il est convenu d’appeler l’Art réseau. Le premier, est le dispositif de communication et le second, la stratégie d’échange.
Le dispositif de communication se doit d’être un ou plusieurs médias ayant la capacité d’établir un dialogue, en tout temps et en temps réel. L’œuvre se présente dans la constitution du réseau même, c’est à dire dans son organisation. Par exemple le téléphone (extension de la bouche et de l’oreille) ou un système de téléphones (Forest), rendent possible la production d’une œuvre car ce dispositif technologique permet la rencontre en direct d’intervenants désireux de communiquer. Plus, avec l’avénement des satellites de communication, une véritable «peau planétaire» se tisse, permettant de «toucher» n’importe qui possédant un terminal. Le «touché» est le propre de l’Art réseau car les signaux qui sont véhiculés à travers des milliers de câbles, sorte de systèmes nerveux numériques, n’ont comme objectif que d’entrer en contact. L’organisation de ces contacts ou l’architecture politique de l’œuvre, suffit comme l’affirme Anne Cauquelin à constituer le réseau comme œuvre. La stratégie d’échange est toujours critique car elle remet en question le résultat de la communication, les comportements des utilisateurs, la hiérarchie de l’organisation, la gouverne du réseau, etc.... L’œuvre agit comme miroir de notre société. Non comme une copie fidèle des relations établies dans nos communautés réelles, mais comme la constitution de communautés virtuelles inventant leur propre système d’organisation. Les Cafés électroniques, lieux publics où les cybernautes peuvent échanger sur la question des réseaux, sont en sorte des espaces équivalents aux galeries et aux musées des arts traditionnels.
Selon Cauquelin «Il suffit, en entrant sur le réseau, de «déclarer» que nous sommes artistes pour l'être». Cette affirmation donne une bonne idée des intentions de l’Art réseau comme nouvelle esthétique. La «déclaration» de Forest dans «Radio Babel» décrivant le dispositif de communication et manifestant sa présence sur le réseau affirme le caractère processurel de l’Art réseau.
Roy Ascott aborde différemment l’Art réseau, et pour en comprendre les fondements, il faut se référer à la totalité de son manifeste «Télénoïa» et retenir une clé qui nous est fournie en introduction «L’art ancien était fait pour être vu de l’extérieur. Le nouveau est fait pour être construit de l’intérieur». Ascott voit dans l’Art réseau une rupture du paradigme artistique fondé sur le visuel. Pour lui, l’avènement des technologies de l’information et des communications dans le champ de l’art, marquent la fin d’une idéologie dominante issue de la Renaissance «glorifiant l’aliénation de l’expérience et le solipsisme de la conscience auxquels nous condamnait l’ère industrielle». Tout en comprenant l’esprit de son discours, il est difficile de croire que le “visuel” disparaîtra de notre quotidien. J’opterais plus pour la thèse de la «poupée russe» où un nouveau système plus complexe que le précédent vient l’emboîter et voir ainsi un enrichissement culturel de notre société. Ceci dit, Ascott nous donne des pistes très pertinentes à la compréhension de ce nouvel art “construit” sur les processus d’interaction des réseaux télématiques.
Qui est cet artiste travaillant dans un système de télécommunication? Ascott y répond par le concept «d’auteur distribué» expression qu’il a introduite en 1983 pour décrire le processus de création en réseau. L’artiste dans la «La plissure du texte, conte de fées planétaire» (1983) c’est quatorze noeuds qui sont à la fois lieux et collectifs d’individus «distribués» sur quatre continents. Chaque noeud représente un personnage, un archétype tiré du répertoire de contes de fées jouant un rôle qu’il aura à définir au fur et à mesure de l’évolution du processus de création du texte. Pendant 72 heures, les noeuds ont téléversé et téléchargé du texte entre eux. Ils ont lu, improvisé, reformulé et retranscrit les textes échangés. Le «noeud Ascott» pendant toute cette activité, jouait son rôle de «Magicien» depuis le Musée d’art moderne de Paris. Ce que je tire comme conclusion à l’analyse de ce projet, c’est que le véritable artiste dans ce contexte est à mon avis le «Magicien” qui a mis en place le système complexe. Et j’en reviens au concept de la «poupée russe», les auteurs distribués d’Ascott, sont en soit des artistes de l’art de la Renaissance.
Où est l’œuvre dans un système de télécommunications? «La plissure du texte» n’a pas créé un nouveau conte de fées... même électronique! Le texte qui a été produit n’avait pas le potentiel nécessaire pour être édité et encore moins être diffusé sur le marché grand-public. Alors que construit cet art? Ascott y répond très bien en écrivant «La technologie télématique est la technologie de la conscience, elle est spirituelle avant d’être utilitaire de quelque façon que ce soit.». Il complète en affirmant que «...l’artiste ne s’occupe plus de créer du contenu mais de construire un contexte...» et que «...l’interface est entièrement contexte, comme le contenu est entièrement interface entre spectateur et l’interface-comme-art. C’est dans ce sens que je dis que l’artiste est un système par lequel et en interaction avec lequel du sens est généré.» Le concept de la «poupée russe» (La toile dans la toile) s’applique encore ici, l’œuvre est avant tout le construit qui emboîte le propos (œuvre d’art de la Renaissance) tenu par l’auteur distribué. Ce qui fait sens, c’est le contexte qui se construit.
Les œuvre collectives que les élèves d'A.T.I. ont réalisé , au cours des divers téléprojets, s’inspire de ces principes.

par Alain Laroche
artiste et professeur
Arts et technologies informatisées, Collège d’Alma - 2006

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Dernière révision : 20 janvier 2012