| L’Art réseau n’est pas une
esthétique portant sur les contenus de la communication mais bien sur la communication
elle-même, c’est à dire la mise en contact, le dispositif d’échange
ou la construction d’un système d’appréhension du sensible comme l’entendait
Mc Luhan («Le média est le message»). Fred Forest parle d’esthétique
de la relation, c’est d’ailleurs ce qui me semble le plus près de ce que peut
être ce système de communication artistique. Pour bien saisir la dynamique,
il faut occulter les deux éléments fondamentaux de ce qu’il est convenu
d’appeler l’Art réseau. Le premier, est le dispositif de communication et
le second, la stratégie d’échange. |
| Le dispositif de communication
se doit d’être un ou plusieurs médias ayant la capacité d’établir
un dialogue, en tout temps et en temps réel. L’œuvre se présente dans
la constitution du réseau même, c’est à dire dans son organisation.
Par exemple le téléphone (extension de la bouche et de l’oreille) ou
un système de téléphones (Forest), rendent possible la production
d’une œuvre car ce dispositif technologique permet la rencontre en direct d’intervenants
désireux de communiquer. Plus, avec l’avénement des satellites de communication,
une véritable «peau planétaire» se tisse, permettant de
«toucher» n’importe qui possédant
un terminal. Le «touché» est le propre de l’Art réseau
car les signaux qui sont véhiculés à travers des milliers de
câbles, sorte de systèmes nerveux numériques, n’ont comme objectif
que d’entrer en contact. L’organisation de ces contacts ou l’architecture politique
de l’œuvre, suffit comme l’affirme Anne Cauquelin à constituer le réseau comme œuvre.
La stratégie d’échange est toujours critique car elle remet en question
le résultat de la communication, les comportements des utilisateurs, la hiérarchie
de l’organisation, la gouverne du réseau, etc.... L’œuvre agit comme miroir
de notre société. Non comme une copie fidèle des relations établies
dans nos communautés réelles, mais comme la constitution de communautés
virtuelles inventant leur propre système d’organisation. Les Cafés
électroniques, lieux publics où les cybernautes peuvent échanger
sur la question des réseaux, sont en sorte des espaces équivalents
aux galeries et aux musées des arts traditionnels. |