Sainte-Rose-du-Nord QC Canada


« JE NE TE DIRAI
JAMAIS ADIEU !
»

Éditorial de
Christiane Laforge

1913-2006 - Décédé le 20 mai 2006

« En trois décennies de carrière journalistique principalement consacrée aux artistes de la région, j'ai souligné plusieurs grands départs. Qu'un peintre de la région aborde un nouveau monde, je ne pourrais l'ignorer. Au contraire, je lui consacrerais cette chronique.

À la mort du peintre Jean Laforge je n'ai pas seulement perdu un père. Permettez-moi de dire que, comme vous, je suis aussi en deuil d'un de nos artistes.

Né dans une famille où l'art était perçu comme une tentation du diable entraînant ses adeptes à la paresse, voire la débauche, c'est envers et contre tous que ce fils de cultivateurs, et plus tard jeune officier dans l'armée belge, s'est obstiné à peindre. Après la guerre, il a choisi de quitter l'uniforme et ses contraintes dans l'espoir de pouvoir se consacrer à la peinture. Mais il trouvait davantage de contrats pour la restauration des œuvres des autres que pour ses créations.

Incapable de renoncer à son rêve, il a immigré au Québec. Terre choisie pour sa langue française et ses grands espaces où tout était encore possible. L'art n'était pas au premier plan des projets de développement économique, aussi a-t-il fait bien des détours avant de trouver son propre langage pictural. Les paysages ont été longtemps sa première source d'inspiration, jusqu'à ce qu'il s'entête à mettre au point une technique, marginale à l'époque, celle du relief.

Lorsqu'il a quitté pour toujours son lieu de vie à Sainte-Rose-du-Nord, il ignorait vivre un départ définitif. C'est ainsi que dans le grand silence de la maison désertée, j'ai constaté, quelques jours plus tard, déposé sur la dernière toile en chantier, le pinceau encore imbibé de peinture bleue. Le geste inachevé. Figé. Suspendu à jamais.

Sans le savoir, il me léguait sa dernière leçon de vie: ne jamais renoncer, ne jamais s'arrêter.

La mémoire

C'est ainsi que dans la nuit de mardi, en pleine lecture, je me suis longuement arrêtée à cette phrase troublante: « Être vraiment seul c'est n'avoir personne pour nous oublier. »

Adieu sommeil, alors qu'un raz-de-marée de pensées a envahi le territoire de ma nuit. J'ai pensé inévitablement à l'importance de la mémoire collective que je revendique souvent au nom de nos artistes.

À l'urgence, non seulement de préserver ce qu'ils ont créé, mais plus encore de les faire connaître, et d'en assurer l'accès aux générations présentes et futures. J'ai pensé à des grands disparus dont le souvenir s'étiole au fur et à mesure que s'en vont les témoins de leur vie.

Je me souviens des regrets éprouvés lors de certaines recherches sur des artistes décédés, John Hugh Barret, Léo-Paul Tremblé, René Bergeron, devant la rareté des informations disponibles, à moins d'être une initiée de longue date. Ne devrait-on pas trouver le moyen de rassembler le plus de documents possibles, écrits, visuels et sonores des artistes de la région et d'en livrer le contenu sur l'océan Internet ? Dans le fantasme de mes insomnies, on peut y voir ce rituel culturel propre à certaines ethnies qui consiste à livrer aux flots de minuscules embarcations illuminées. La flamme ne meurt plus sur Internet. À ce sujet, soulignons la pertinence et la générosité du travail de Raymond-Marie Lavoie de Interaction Qui, lequel veille à développer et maintenir à jour le
Portail Arts et culture du Saguenay-Lac-Saint-Jean, ouvert gratuitement aux artistes des différentes disciplines.

Soulignons également l'initiative de
La pulperie qui travaille à réaliser des expositions rétrospectives de nos artistes, alors que Guy Barbeau succédera à René Gagnon en 2007. Sans oublier la mise en œuvre d'un projet de longue haleine, piloté par le duo Marie-Claude Simard et Clément Tremblay de l'Ensemble Bouffon: « Témoignages vivants ». Ce projet consiste en la recherche, l'analyse, la classification et la mise en valeur de la richesse du patrimoine oral du Saguenay-Lac-Saint-Jean et s'inscrit dans la mission de La pulperie de Chicoutimi.

C'est le moment où jamais de le vivre : Je me souviens... Et donc, ne te dirai jamais adieu!
»
© Christiane Laforge
- Texte publié dans l'hebdomadaire Progrès-Dimanche du 4 juin 2006, page B-14

« Jean Laforge Maître du relief »
Texte de Christiane Laforge

Le grand chêne est mort.
On le croyait indestructible

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