« Ma pratique est généralement
axé sur la peinture mais côtoie aussi la sculpture et la photo. Lorsqu’un
projet est lancé, le niveau formel est aussi sujet à plusieurs genres
; je fais, par exemple, interagir dans ma peinture différentes approches picturales.
On y retrouve des techniques propres à la peinture réaliste et d’autres
plus brutes où intervient un style qui se rapproche de la bande dessiné
par ses aplats, ses lignes accentuées et ses couleurs vives.
Cette idée de croisement est aussi impliquée au niveau thématique
et s’effectue par l’utilisation d’images de corps dénaturé mis en relation
avec les codes du kitsch. L’idée de corps dénaturé intervient
de façon crue et violente, dans le but de créer une trame dramatique,
ce qui explique l’utilisation d’une technique réaliste et de sujets aussi
divers que la pédophilie, le suicide ou le cannibalisme. L’idée du
kitsch infiltrée par le biais de tapisserie décorative ou d’icône
de la culture de masse ramènent au ridicule de cette culture, à sa
manipulation et à son assujettissement par la sphère politique et médiatique.
Le corps, dénaturé par la maladie, la mutation, la guerre ou la perversion,
se voit aussi dénaturé par la mode, le maquillage ou la chirurgie,
mais encore une fois par les différents styles que j’emploie pour le représenter.
Le dessin brut intervient donc comme un élément de mutation du corps,
ces dessins réalisés de façon impulsive accompagnent et s’entrechoquent
à ma technique réaliste afin de créer un effet de contraste.
Mon travail a pour but de déjouer
le consensus socioculturel de et renégocier l’idée du mal et du tabou.
Il vise à déplacer la tare et le handicap des marges et des normes
et faire épine aux concepts de bien et d’absolu. Ce déplacement peut
s’avérer constructif tant au niveau symbolique qu’esthétique, en altérant
les grandes vérités de la culture occidentale homogénéisée
par des standards de beauté et de réussite. La tare et le mal peuvent
donc être déjoués et devenir des phénomènes positifs
où sont célébrés le vulgaire, l’handicap et le mauvais
goût. La naïveté, les archétypes et les clichés de
la culture de masse s’insèrent dans ma pratique comme les signes d’une civilisation
grotesque et futile. Je m ’intéresse à l’homme viscéral, à
sa perversité et à ses pulsions ; l’être comme animal-humain
encadré dans un carcan socio-économique.
Se basant sur l’idée que la donnée primitive de la race humaine provient
d’une relation incestueuse et que l’inceste quant à lui, est générateur
du monstrueux, il paraît logique de penser que la race humaine se définisse
en tant que monstre. Je tente donc de déjouer les archétypes du mal
afin d’afficher l’hypocrisie du consensus socioculturel et sa capacité à
faire des victimes et des tyrans. Renégocier l’idée de mal et de tabou
afin de mettre à nu le vrai visage du monstrueux, celui du quotidien : l’aliénation
de la réussite, de la performance et du paraître. L’absurdité
de la civilisation, le regard grotesque qu’elle affiche sur le bien, le beau et l’absolu.
Sa prétention à vouloir définir la vérité et les
règles morales qui doivent la régir. Son hypocrisie, quant au mythe
du bien, qui ne sert qu’à manipuler la masse. » |