Quelques oeuvres recentes


(1925-2005)
Saguenay-Lac-St-Jean QC Canada


« SAISONS DE BOHÈME »

© Les Éditions Caritas

À LA VIEILLE QUI M'APPRIT
LA VERTU DES HERBES ET QUI M'ATTEND
AU CARREFOUR DE LA MORT


Sur « Sa Bohème », en manière de
Préface ...

J'ai les yeux couleur de bluets.
En moi couve le feu qui vaine
Dix mois d'hiver et, quand advient
Le soleil, je suis toute fleur ...

Lutins et feux follets me hantent :
Jouets des grandes poudreries,
Qui sarabandent à la lampe
Et se tourmentent sous le faîte.

J'ai vingt ans, et je suis plus vieille
Que les sorcières de jadis :
J'ai distillé toutes les herbes,

Je jette des sorts à midi
Et traîne, lune sous mon châle,
Des contes d'or pour les enfants.

Hyacinthe-Marie Robillard, o.p.,
Lewiston, le 20 mai 1954.



«
Les premiers poèmes de Carmen »

L'auteur d'un premier livre traverse toujours une période d'anxiété à la fois délicieuse et torturante. La venue d'un premier-né s'accompagne d'espoirs et d'incertitudes. Quelle figure prendra, au soleil de la vie, l'être qu'on met au monde? On épie sur les visages l'impression de l'entourage; on tend l'oreille aux commentaires. Mais, ni le blâme ni la louange ne sauraient altérer à fond la quiétude maternelle si son enfant est né viable. Et pour une femme, une maternité normale est un grand bonheur.

Avec Carmen Lavoie nous nous sommes réjouis à la parution de son premier livre. Cette poétesse saguenayenne ne s'était révélée qu'à petits pas au monde des lettres canadiennes. Lauréate à deux concours de la Société des poètes, elle nous est apparue comme une étoile de belle grandeur au ciel de la poésie inspirée. « Saisons de Bohème », son premier recueil de vers, confirme tous les espoirs qu'elle avait fait naître.

Les saisons se déroulent sous neuf signes poétiques : La Mer, Chapelle, Chemins, Lueurs, Saisons noires, Cimetières, Villages, Divertissements et Sorcellerie. Rien d'étonnant que l'immensité solennelle des flots l'obsède encore quand on apprend que dans son âme renaît sans cesse la pensée de son lointain ancêtre, Abraham Martin, premier pilote canadien. Sa chapelle scintille d'étoiles, autour de l'Arche d'Alliance et dans l'ombre apaisante des cloîtres. Elle suit, sur les chemins, les passants inattendus qui vont, sans nul itinéraire, on ne sait où. Aux lueurs du jour qui tombe elle perçoit les fantômes du rêve, les souvenirs tristes et joyeux de l 'enfance tôt disparue. Les féeries de la lumière aux saisons noires ressuscitent les spectres des grands deuils que le temps et l'histoire enregistrent. Aux cimetières le fossoyeur exhume des sépultures antiques des trésors et des visages que la Bible et que Rome gardent sous des ruines aux troublants mystères. Lors, elle nous ramène aux villages simples et paisibles où mendiants, poètes, savetiers, flâneurs et petits ânes se croisent et se bonjourent de l'aube au soir. Et ce sont des divertissements à la Vilion, à la Rimbaud, jusqu'à nos mardis-gras et nos hoquets d'ivrognes. Puis apparaissent dans les décors des vieux moulins et par les bois et les étangs, les sorcières aux yeux maléfiques que redoutent encore les enfants et les poètes :

« Mais, nous n'y perdons rien, car votre vieille peau
Servira quelque jour à relier le livre
Qu'en signets marqueront vos cheveux de corbeau. »

Le premier recueil de Carmen Lavoie nous révèle une poétesse d'une trempe nouvelle parmi les nôtres. Pour qui ne la connaît pas, elle apparaîtra toute autre qu'à son naturel. Richement férue d'études bibliques et de lectures anciennes, elle affectionne particulièrement les vieux auteurs de la légende, les mystères, la mythologie et l'histoire. Son style tout personnel répond admirablement à sa tournure d'esprit et de pensée. Son genre poétique peut sembler étrange; elle-même n'a rien de mystérieux. Elle est maître absolu de sa langue. Et la forme classique de son vers en rend l'intelligence accessible au lecteur cultivé. On s'étonne un peu qu'elle ait accepté, sous prétexte de préface, un sommet fantaisiste, de forme irrégulière, qui n'avantage ni le livre ni le préfacier. Sans présumer de la critique honnête et compétente, nous croyons que des poèmes de Carmen Lavoie passeront aux anthologies de la poésie française la meilleure. Et pour illustrer sa manière personnelle et son inspiration variée, il nous semble qu'un choix judicieux s'arrêterait, par exemple, aux pièces intitulées : « Les Moines », « Les gueux au Paradis » et « L'enfant d'Israël ». Arrêtons-nous-en là puisqu'on ne peut pas tout citer!

Texte de M. Alphonse DESILETS, Chancelier de la Société des Poètes

Au sujet de sa démarche

Photos-Souvenirs


Vers le haut

Partenariat avec www.sagamie.org

Droit d'auteur
Dernière révision : 13 septembre 2006

Raymond-Marie Lavoie
Webmestre
Raymond-Marie Lavoie