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© Les Éditions
Caritas
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À LA VIEILLE
QUI M'APPRIT
LA VERTU DES HERBES ET QUI M'ATTEND
AU CARREFOUR DE LA MORT
Sur « Sa Bohème », en manière de Préface
...
J'ai les yeux couleur de bluets.
En moi couve le feu qui vaine
Dix mois d'hiver et, quand advient
Le soleil, je suis toute fleur ...
Lutins et feux follets me hantent :
Jouets des grandes poudreries,
Qui sarabandent à la lampe
Et se tourmentent sous le faîte.
J'ai vingt ans, et je suis plus vieille
Que les sorcières de jadis :
J'ai distillé toutes les herbes,
Je jette des sorts à midi
Et traîne, lune sous mon châle,
Des contes d'or pour les enfants.
Hyacinthe-Marie Robillard, o.p.,
Lewiston, le 20 mai 1954.
« Les premiers
poèmes de Carmen
»
L'auteur d'un premier livre traverse toujours une période d'anxiété
à la fois délicieuse et torturante. La venue d'un premier-né
s'accompagne d'espoirs et d'incertitudes. Quelle figure prendra, au soleil de la
vie, l'être qu'on met au monde? On épie sur les visages l'impression
de l'entourage; on tend l'oreille aux commentaires. Mais, ni le blâme ni la
louange ne sauraient altérer à fond la quiétude maternelle si
son enfant est né viable. Et pour une femme, une maternité normale
est un grand bonheur.
Avec Carmen Lavoie nous nous sommes réjouis à la parution de
son premier livre. Cette poétesse saguenayenne ne s'était révélée
qu'à petits pas au monde des lettres canadiennes. Lauréate à
deux concours de la Société des poètes, elle nous est apparue
comme une étoile de belle grandeur au ciel de la poésie inspirée.
« Saisons de Bohème », son premier recueil de vers, confirme
tous les espoirs qu'elle avait fait naître.
Les saisons se déroulent sous neuf signes poétiques : La Mer, Chapelle,
Chemins, Lueurs, Saisons noires, Cimetières, Villages, Divertissements et
Sorcellerie. Rien d'étonnant que l'immensité solennelle des flots l'obsède
encore quand on apprend que dans son âme renaît sans cesse la pensée
de son lointain ancêtre, Abraham Martin, premier pilote canadien. Sa chapelle
scintille d'étoiles, autour de l'Arche d'Alliance et dans l'ombre apaisante
des cloîtres. Elle suit, sur les chemins, les passants inattendus qui vont,
sans nul itinéraire, on ne sait où. Aux lueurs du jour qui tombe elle
perçoit les fantômes du rêve, les souvenirs tristes et joyeux
de l 'enfance tôt disparue. Les féeries de la lumière aux saisons
noires ressuscitent les spectres des grands deuils que le temps et l'histoire enregistrent.
Aux cimetières le fossoyeur exhume des sépultures antiques des trésors
et des visages que la Bible et que Rome gardent sous des ruines aux troublants mystères.
Lors, elle nous ramène aux villages simples et paisibles où mendiants,
poètes, savetiers, flâneurs et petits ânes se croisent et se bonjourent
de l'aube au soir. Et ce sont des divertissements à la Vilion, à la
Rimbaud, jusqu'à nos mardis-gras et nos hoquets d'ivrognes. Puis apparaissent
dans les décors des vieux moulins et par les bois et les étangs, les
sorcières aux yeux maléfiques que redoutent encore les enfants et les
poètes :
« Mais, nous
n'y perdons rien, car votre vieille peau
Servira quelque jour à relier le livre
Qu'en signets marqueront vos cheveux de corbeau. »
Le premier recueil de Carmen Lavoie
nous révèle une poétesse d'une trempe nouvelle parmi les nôtres.
Pour qui ne la connaît pas, elle apparaîtra toute autre qu'à son
naturel. Richement férue d'études bibliques et de lectures anciennes,
elle affectionne particulièrement les vieux auteurs de la légende,
les mystères, la mythologie et l'histoire. Son style tout personnel répond
admirablement à sa tournure d'esprit et de pensée. Son genre poétique
peut sembler étrange; elle-même n'a rien de mystérieux. Elle
est maître absolu de sa langue. Et la forme classique de son vers en rend l'intelligence
accessible au lecteur cultivé. On s'étonne un peu qu'elle ait accepté,
sous prétexte de préface, un sommet fantaisiste, de forme irrégulière,
qui n'avantage ni le livre ni le préfacier. Sans présumer de la critique
honnête et compétente, nous croyons que des poèmes de Carmen
Lavoie passeront aux anthologies de la poésie française la meilleure.
Et pour illustrer sa manière personnelle et son inspiration variée,
il nous semble qu'un choix judicieux s'arrêterait, par exemple, aux pièces
intitulées : « Les Moines
», « Les gueux au Paradis » et « L'enfant d'Israël ».
Arrêtons-nous-en là puisqu'on ne peut pas tout citer!
Texte de M. Alphonse DESILETS, Chancelier de la Société des
Poètes
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