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« Tenez, je vous fais une confidence
: ma mère m'a appris à lire et à écrire quand j'avais
quatre ans pour avoir la paix. Non pas que j'étais turbulent, pas vraiment.
Mais maman travaillait à temps double dans ce temps-là, à l'école
Maria-Chapdelaine où elle enseignait puis à la maison où elle
veillait sur l'éducation de ses quatre monstres - mes grands frères
adolescents Gérald et Steve, ma cousine Joëlle et moi - auxquels s'ajouterait
bientôt Reynald, le p'tit dernier. En me montrant à lire, elle espérait
d'abord se défiler à l'obligation de me raconter les aventures des
Spiderman, Batman, Captain America et autres super-héros qui peuplaient les
comics pour lesquels je me passionnais. Ma pauvre maman ne se figurait pas qu'il
lui faudrait tout de même endurer mes compte-rendus exhaustifs de chaque épisode
de ces bandes dessinées.
Vous connaissez l'adage : offrez un poisson à un affamé et vous lui
aurez fourni un repas ou deux; apprenez-lui à pêcher et il ne devrait
plus jamais connaître la faim - à condition de lui indiquer également
l'emplacement des cours d'eau qui auraient échappé au fléau
de la pollution! Il en va de même pour la lecture : lisez un conte à
un gamin et vous l'aurez distrait le temps d'un « il était une fois
» et d'un « ...ils vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants
»; apprenez-lui à lire, initiez-le plaisir du texte et vous lui aurez
remis les clés d'un univers merveilleux où il ne sera jamais plus seul.
J'ai grandi dans une maison dont le sous-sol abritait une réserve inépuisable
de joyaux précieux : la bibliothèque de mon père, garnie de
livres de toutes sortes : des BD, des romans d'aventures, des encyclopédies
pour la jeunesse, des ouvrages littéraires, des dictionnaires, j'en passe.
Je n'ai aucun mérite, j'ai eu beaucoup de chance, c'est tout. Passionné
par le langage et enclin à la rêverie dès mon plus jeune âge,
j'ai pu puiser dans cette caverne d'Ali Baba de véritables trésors
: les rêves consignés sur papier par des écrivains, illustres
ou inconnus, issus de tous azimuts!
Aujourd'hui, je gagne ma vie à écrire des histoires et à commenter
celles des autres, et je m'amuse à faire mentir l'idée reçue
selon laquelle on ne peut mélanger le travail et le plaisir. »
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