« Parler de ma démarche
artistique c’est raconter une histoire de " cent " bon sens avec la lumière
: énergie et néant. Johanne Itten disait : «Quelle que soit la façon
dont la peinture se développera, la force d’expression des couleurs restera
toujours un élément essentiel de la création. »
Je ne m’aventurerai pas dans un discours conceptuel pour légitimer l’acte
de peindre qui porte à lui seul tout son sens. Je n’ai pas non plus la prétention
de détenir l’art du propos où les mots définissent et mettent
des limites structurales. Je vous propose donc des balises vers l’infinissable, dans
l’espace limitrophe d’une pensée qui recrée le monde.
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Je vous amène à parcourir
mes territoires imaginaires qui se font et se défont sans drame. L’art me
donne cet univers sans limite et sans contrainte. La conscience d’être et d’exister
dans un monde en dérives où se côtoient catastrophes humaines
et écologiques m’oblige à percer une brèche dans ce barrage
existentiel.
Pour donner un sens au non-sens, pour exorciser tous phénomènes angoissants,
je suggère une vision émergente de survie où l’émerveillement
et l’intériorité font encore partie intégrante de cette nature
qui nous porte. Exaltation pour la couleur et mouvement parlent d’un univers en mutation.
L’atmosphère colorée où se noie la forme diffuse un langage
accessible.
Toucher la vie dans le flux de sa mémoire et du temps qui est un courant perpétuel
pour inscrire un instant de vie. Mes hiéroglyphes n’inventent rien. Mon individualité
ancrée dans l’environnement actuel contient le parcours de l’humanité
fait de mille autres gestes de même nature, répétés au
cours des âges.
Dérives et détours pour en arriver à écrire au pinceau
les trajets de ma pensée qui témoignent de métamorphoses, d’éclatements,
de clarté, d’éclaboussures, de paysages déformés.
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Dans une toile se trouvent enfermés
tour à tour un sentiment, une séquence temporelle, une interrogation
métaphysique. Des traits au long cours fluïdes effleurent ma toile. Des
empreintes fragiles commencent à vibrer, à frémir, à
prendre forme. La peinture devient présence et l’énergie se transforme
en matière colorée.
Les couleurs cherchent dans le contraste du chaud-froid ou des complémentaires,
intensité et profondeur. En épaisseur ou par soustraction les couleurs
s’accumulent ou se diluent. Des espaces blancs sont laissés comme des silences,
des points, des arrêts, des lieux de sortie. Le geste cerne parfois des formes,
contourne une masse comme le trait d’une cartographie.
Si une forme vague prend un sens distinct dans la confusion c’est pour mieux repartir
vers le hasard d’une voie qui n’a de limite que dans la matérialité
de la toile. Tout semble vouloir s’échapper, se déverser, rompre les
limites du contenu.
Toute cette configuration de signes altérés
ne parle que de vie. Ma matière d’expression puise dans l’environnement les
éléments indissociables et équilibrants de la vie humaine. Méta-langage
pour conjurer le monde, pour donner un sens à être. Quand l’esprit s’essouffle
dans un manque d’être, la seule alternative reste encore dans la mouvance de
l’acte de peindre.
Au fil des jours, des traits de couleurs et des lignes s’accumulent dans le plaisir
de la construction. Par ces jeux d’amplification et de décantation la peinture
prend forme et occupe des territoires d’une aventure vécue fascinante et passionnante.
Ces morceaux de réalité se promènent sur les voies de l’œil
captant l’essentiel dans une résurgence interne où le regardeur crée
alors ses propres résonnances légitimes.
Au nom de l’errance des signifiants, au nom de la dégénérescence
de la matière, au nom de ma sensibilité.» |